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07/12/2016

EPISODE 01

MA VIE DE SALTIMBANQUE

                                                          par Ranky

EPISODE 1

 

En guise d'introduction
Composé de photos, dessins, documents divers, articles de presse, vidéo, ce blog est la récapitulation de la carrière de magiciens de Ranky et Blondine ainsi que leur actualité.
  
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueLa France est le pays des étiquettes et des catalogues.
Le temps que l'on cherche à me répertorier, je suis déjà ailleurs.
Je mène mon chemin selon mes envies, mes fantaisies, mes propres possibilités, et ma conscience.
                                                                           Ranky

(Photo Magicus)

Années 1975-78 nous créons la petite boutique des magiciens au 86 avenue Philippe Auguste à Paris et au 84, souvent je me rends  dans un bistrot aujourd'hui disparu. Je suis seul au comptoir, comme d'habitude. Un homme est seul, au fond de la salle. D'un geste de la main, il m'invite à sa table. C'est ma rencontre avec un immense poète injustement oublié. Nous parlons pendant une heure, surtout lui. Fascinant ! Ses paroles sont le reflet de mes pensées, comme s'il me connaissait.

 

La Vidéo de l'émission "Le grand échiquier" de Jacques Chancel (1972) : Léo Ferré, accompagné du groupe Zoo a été supprimée. Léo Ferré parlait, entre autre choses, dans le prologue de cette chanson, du rapport entre la poésie et l'argent. Les censeurs ont préféré, pour quatre sous non gagnés, baillonner cet immense poète.Lamentable !

Heureusement il reste la chanson

Pour en savoir plus, cliquez sur ce lien : (durée 5 minutes 16)

http://www.youtube.com/watch?v=QRMJngZ6G5A&fe

magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueForce est de reconnaître que la biographie-express me concernant que l'on retrouve sur plusieurs sites et blogs, en préface de quelques livres ou comme élément inspirateur de quelques reportages radio, télé ou magazines est parfaitement exacte. Et cette vérité satisfait très largement mon goût pour l'honnêteté, la droiture, autant qu'elle conforte la répulsion que j'éprouve pour le mensonge.

C'est avec la même conscience que j'écris la bio-express en hommage à  la femme qui deviendra mienne  :

La biographie de Blondine

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Blondine est née le 27 décembre à Autun, Saône-et-Loire, région Bourgogne située aux portes du Morvan. Déjà, petite fille, elle se distingue par une bouille ronde et facétieuse qui fait l’unanimité. Elle est adorable. Ses parents, Jeannette et Marcel ne perdent jamais une occasion de l’habiller en costume Morvandiau. Et elle adore ça. Dès ses quatre ou cinq ans, comme si le destin semblait déjà lui tracer une ligne de vie publique, c’est au cours d’un grand discours politique qui avait fait se déplacer à Autun, une énorme population bourguignone qu’elle connut son premier contact avec la foule. Jeannette, sa maman, m’a raconté dix fois la scène, non sans fierté : « La place était noire de monde. Nous avions inscrit notre fille à un concours ou elle devait se présenter en costume de morvandelle. Le tribun célèbre descendit du podium afin de choisir celle qui aurait l’infime honneur de poser près de lui sur le fameux calendrier du département. Un silence impressionnant s’abattit sur la place. Et l’homme se fraya un chemin parmi les dizaines de petites filles postulantes, toutes plus mignonnes les unes que les autres, attendant son verdict. Puis le Colonel de La Rocque tourna subitement sur la droite, se planta devant notre fille, lui tendit élégamment la main qui lui donna la sienne. Et tous deux gravirent les marches du podium sous les applaudissement nourris des citoyens.

 

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 Le colonel De La Rocque et Blondine. (Photo reproduction interdite sans autorisation)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 LE COLONEL FRANÇOIS DE LA ROCQUE C'EST QUI ?

François De La Rocque né le 6 octobre 1885 à Lorient et mort à Paris le 28 avril 1946 est un militaire et homme politique et résistant. Dans les années 1930 il devint une personnalité politique de premier plan en tant que président général des Croix de Feu puis du parti social français.

A mon avis, le mouvement Croix de Feu a simplement rendu service aux Français, en leur redonnant le goût d'une mystique nationale, en les détournant du fascisme, de l'hitlérisme et du bolchevisme qui écrasent l'individu sous une sorte de religion de l'Etat.» Tenus en mai 1936, ces propos du colonel de La Rocque rendent assez bien compte des conclusions auxquelles parvient le très long essai que Jacques Nobécourt, ancien journaliste au Monde, consacre au dirigeant des Croix de Feu. En soixante-cinq chapitres assez denses et toujours très informés, l'auteur s'est en effet engagé dans une vaste entreprise de réhabilitation du colonel de La Rocque, reposant sur deux idées principales: l'absurdité de l'étiquette de «fasciste» qui, d'emblée, lui colla à la peau, et le caractère «respectable» d'un projet politique et social fondé sur le «nationalisme chrétien».

Sur le premier point, il faut avec Nobécourt rendre justice à La Rocque qui, de toute évidence, ne fut jamais un «fasciste». Tant au sein des Croix de Feu, association d'anciens médaillés de la Grande Guerre qu'il rejoignit en 1929, qu'à la tête du Parti social français qu'il constitue après la dissolution des ligues en 1936, François de La Rocque ne versa jamais dans la provocation ou dans la sédition. Républicain, légaliste, il dispersa ses troupes avant l'émeute le 6 février 1934, refusa toujours le «chahut» ou l'activisme subversif, récusa officiellement l'antisémitisme et la xénophobie haineuse, et ne professa aucune admiration pour les modèles italien ou allemand. Il n'eut de surcroît aucune fonction officielle sous Vichy, pencha en 1942 vers la Résistance (transmission de renseignements), et fut finalement arrêté par les nazis, qui l'emprisonnèrent de 1943 à 1945. Les véritables factieux, ceux des ligues ou de l'Action française, ne s'y trompèrent pas, qui le vilipendèrent en permanence pour l'inertie de ses «froides queues» (contrepet très prisé à l'extrême droite). L'analyse de Nobécourt est d'autant plus convaincante que, fondée sur une impressionnante masse documentaire, elle restitue avec une extrême minutie la biographie de La Rocque, l'évolution des Croix de Feu, puis celle du PSF.

C'est peut-être là d'ailleurs que pêche l'entreprise. Utile pour disculper La Rocque, le souci de l'exhaustivité et le pointillisme qui en résulte masquent l'absence d'une véritable analyse de l'idéologie Croix de Feu, comme si le mouvement, tout à la mystique du Front et à ses principes moraux, échappait précisément à toute idéologie. Or, si La Rocque et ses proches ne furent pas des fascistes, ils donnèrent corps à une philosophie profondément réactionnaire, marquée par le respect des hiérarchies, la discipline, la tradition, la défense des l'Occident chrétien où le rôle de la femme au foyer. Une sorte d'ordre moral où se lit toute la culture politique de La Rocque, fortement imprégnée du culte de l'armée et des chefs militaires, et dont on sent combien il constitua la matrice d'un fascisme virtuel. Ce qui explique pourquoi des Croix de Feu furent mêlés à tous les coups de force (y voir comme Nobécourt l'effet d'un «complot» conjoint de la gauche et de l'extrême droite laisse perplexe). Ce qui explique aussi pourquoi, de Pucheu à Vallat ou Darquier de Pellepoix, bien des chantres de la collaboration avaient transité par les rangs des Croix de Feu. Ce qui explique encore pourquoi La Rocque accepta toutes les mesures de Vichy, de la collaboration «pragmatique» aux lois d'exclusion, et pourquoi, fidèle jusqu'au bout au vieux maréchal, il défendit l'idée que Pétain avait évité le pire.

Source: Dominique Kalifa Libération
 
Une adolescente studieuse et déterminée
Ecole, travail, Blondine sait déjà ce qu'elle veut. Aussitôt son certificat d'études primaires obtenu elle entre en apprentissage dans un salon de coiffure où elle apprend aussi la manucurie et les soins esthétiques. Pendant ses trois années d'apprentissage elle donne des "coups de peigne" les soirs et les week-end à une petite clientèle qu'elle se crée parmi la population féminine Autunoise. C'est ainsi que son apprentissage couronné par un certificat d'aptitude professionnel (le fameux  CAP) elle annonce à ses parents stupéfaits qu'elle possède suffisamment d'argent pour  monter à Paris travailler dans une grande maison de coiffure. Elle ne doute de rien, c'est la force de la jeunesse. Cependant son père qui est très dur avec elle parce qu'il l'aime si fort qu'il pense la protéger ainsi, exige que la maman accompagne sa fille. Blondine qui est une fille respectueuse accepte avec joie.
Le temps de la vache enragée
Bien qu'à l'époque le travail était nettement plus facile à trouver qu'aujourd'hui, il ne faut pas s'imaginer pour autant que celui-ci tombait, selon l'expression populaire, tout roti dans le bec, surtout que notre héroine visait plutôt ce que l'on appelle "les hautes sphères de la société". Elle frappa à différentes portes sans succés jusqu'au jour ou un coiffeur qui souhaitait l'intégrer dans son équipe qui était malheureusement complète lui proposa une place de vendeuse à domicile d'articles de maroquinerie.
Et voilà notre jeune fille chargée en bandoulière d'une valise de démonstration pesant une dizaine de kilogs garnie de ceintures et divers accessoires en cuir luxueux. Elle apprend le dur métier du démarchage à domicile avec ses refus vexatoires, ses claquages de portes au nez, quelques fois des rejets avec insultes, les sandwiches et les oeufs durs au bout des comptoirs de bistrots et souvent, le soir en cachette de sa maman, les crises de larmes dans leur chambre de bonne.
Et puis un matin, miracle, une lettre l'invite à se présenter dans une maison prestigieuse : Carita, qui est aujourd'hui la propriété du groupe l'Oréal. On lui promet la lune. Elle commencera petitement, c'est-à dire shampouineuse et pourra assez vite,  disons deux ou trois mois, selon ses capacités, gravir les échelons jusqu'à devenir coiffeuse esthéticienne, son rêve ! Quatre mois plus tard, elle est encore shampouineuse. Cinq mois plus tard elle est toujours shampouineuse, six mois après aussi. Déjà que ce milieu adepte du rince-doigt et des airs pincés ne plait pas particulièrement à notre patiente candidate voilà qu'elle prend conscience qu'on la met au rang d'une machine shampouineuse professionnelle de moquette, et cela peut durer ad vitam aeternam. Et bien non, elle va réparer elle-même le préjudice que Carita lui fait subir en perte de temps : elle se servira du prestige de la marque qui la trompe pour étoffer son curriculum vitae. Son plus beau souvenir chez Carita est celui de ses collègues car ce sont elles qui lui trouvent son pseudonyme : Blondine.
Elle contacte sous ce pseudo deux directions de salons de coiffure du seizième arrondissement et un à Neuilly-sur Seine en annonçant : je travaille chez Carita et j'aimerai trouver un emploi dans un salon ou je serais plus près de la clientèle parce que j'aime les gens.
Dans le même mois elle reçoit trois réponses positives. Et cette fois c'est-elle qui choisit la place qu'elle préfère et rejette les candidatures des deux autres. Non mais...
Blondine choisit Neuilly. Le salon est d'assez petite dimension. Il est surtout très convivial est fréquenté par une clientèle composée entre autre de commerçants et de femmes de célébrités du spectacle et du sport.
Auguste (toto) Veuillet.
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueBlondine est de suite adoptée par Simone, l'épouse de Auguste Veuillet dit Toto, coureur automobile, premier pilote et importateur de Porsche.
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueCréé en septembre 1961 à l’initiative de Auguste dit Toto Veuillet, l’importateur Porsche et fondateur de Sonauto, le Club Porsche de France  fêtait donc, cette année, ses 54 printemps.
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Toto VEUILLET AUX 24 heures du MANS
(Photo collection privée Ranky et Blondine)
 

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Blondine  entourée de Toto Veuillet et Simone en promenade.
(Photo collection privée Ranky et Blondine)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  Charles Rigoulot
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueMagdaléna Roche, gymnaste, artiste de music-hall et de cinéma, épouse de Charles Rigoulot champion du monde de catch, coureur automobile, artiste de cinéma et de cirque.
 
 
 
 
 
Achille Zavatta
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueMonique, seconde épouse du clown Achille Zavatta et bien d'autres, élargissant ainsi sans le chercher, le cercle de ses connaissances auxquelles elle restera fidèle toute sa  vie.
 
                                                                                          

 
 
 
 
 
 
 
 
Les années défilent. Bien sûr, le petit salon de coiffure disparaitra un jour et comme il est hors de question pour Blondine de replonger dans le milieu sophistiqué de la "grande coiffure" elle étudie la mécanographie et l'informatique ou ses  capacités et bientôt ses compétences lui verront offrir des places très enviées mais manquant une fois de plus de contacts humains sincères.
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueElle se lance malgré tout dans la mise en route des machines Burroughs et IBM où son goût naturel pour la convivialité et le contact avec la clientèle peut se donner libre court.
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueDe plus, très belle femme, elle possède une classe naturelle d'une simplicité désarmante et elle est rapidement sollicitée pour représenter  dans divers salons nationaux et internationaux, magazines, dépliants et catalogues publicitaires les prestigieuses sociétés qui l'emploient.
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(Photos reproduction interdite sans autorisation.)
 
 
 
 
 
 
 
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Salon de la porte de Versailles PARIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Blondine1er rang debout à droite. 
 
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 BLONDINE ma partenaire sur scène et dans la vie, le plus grand bonheur qui m'est arrivé.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Blondine "La fleur vivante" entre RANKY et Le chanteur Francis LEMARQUE
 
 
 
 
 
 
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En animation commerciale pour les chaussures SALAMANDER. Salon de la porte de Versailles. Paris
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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LA FLEUR VIVANTE (détail)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Blondine accompagne son magicien de mari qui vient de jouer un bon tour à l'ex-ministre de la Culture Douste Blazy. Salon du livre de Nancy.
 
 
 
 
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Et dans ses numéros les plus déjantés...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 Je voudrais terminer cette bio express sur une note d'humilité, de gentillesse et d'humanité, telle que mon épouse concevait la vie. Mon ami photographe Bernard Thébault avait tout compris et il avait tenu à photographier Blondine pour un reportage paru dans un célèbre magazine, dans sa simplicité, sans artifice, sans maquillage, telle qu'elle était dans la vie de chaque jour, une femme lumineuse.
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Au vu des bio-express de nos deux personnages, comment le destin va-t-il réunir deux êtres, chacun semblant construit pour une vie indépendante et plutôt solitaire. C'est ce que nous allons découvrir au cours des prochaines pages.
 
         
 
 
(Photo Bernard Thébault)
 
 
 
 
 
 
 
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EPISODE 2
 

LES FACÉTIES DU DESTIN

Au vu des bio-express de nos deux personnages que nous avons découvert dans l'épisode 1 comment le destin va-t-il réunir deux êtres, chacun semblant construit pour une vie indépendante et plutôt solitaire ? C'est ce que nous allons découvrir au cours des prochaines pages.

 4148028353.jpgJe suis né à Berck-Plage le 24 décembre 1939 d'une mère bretonne Finistérienne et d'un père ardéchois ce qui fait de moi, du moins je le suppose, un pur produit d'avant-guerre, donc le meilleur qui soit, n’ayons pas peur des mots. Le mélange détonnant de ces origines opposées est probablement à l’origine de ma vocation de saltimbanque.
De mon enfance je garde le souvenir d'un père musicien, accordéoniste, chef d'orchestre, organisateur de bals populaires, ayant débuté en jouant de son instrument, juché sur une chaise posée sur le billard des bistrots de campagne. C'est d'ailleurs ce père facétieux, imaginatif, d'une gaieté maladive, comme le clame aux quatre vents son épouse que nul ne veut entendre, qui m’entraîne à taper sur la batterie de la petite formation musette qu'il a créée dans la région Berckoise.

L'accordéon de mon père.

L'ACCORDÉON.DE MON PÈRE.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est également à cette époque que tout gamin je découvre que les baguettes de batterie pouvent aussi être des baguettes magiques. Et je ne me gêne pas, à la plus grande joie des danseurs, de faire apparaître au cours de mes prestations, un foulard par-ci, une boule par-là. De là à transformer des bongo en boîtes à apparitions de guirlandes ou à utiliser des cymbales qui prenaient feu, il n'y a qu' un pas que j’ai vite fait de franchir.
J’ invente des gags, mon père m’encourage, le public aussi, tandis que ma mère et les maîtres d'école manifestent leur réprobation.

PREMIER IMPRESARIO
Je n'ai pas encore dix ans, lorsqu'un jour, j’ouvre la porte à un impressionnant personnage qui me dépasse en taille d'au moins soixante centimètres. Vêtu d'un pantalon chamarré et d'une veste de clown, du col duquel émerge une tête allongée, aux yeux noirs perçant derrière de monumentales lunettes en écaille, Jean Merlo semble sortir d'une bande dessinée.
De sa grosse et belle voix d’homme sûr de lui, il dit au gamin ébahi que je suis, qu’il m’a remarqué lors du dernier bal communal et que, surpris par mon talent, il souhaite me prendre en mains pour faire de moi un grand artiste, riche et célèbre.
Fils d’un cafetier de Berck, Merlo n’est pas un inconnu. Malgré la réticence de ses parents, il avait transformé le bistrot familial en café-cinéma. Devant le succès mitigé de son entreprise, il s’était alors improvisé imprésario, parcourant la région en quête de jeunes talents.
L’agent artistique a de l’allure et de l’allant : physique avenant, mi-artiste mi-voyou, sourire enjôleur, un brin d’excentricité, un charisme étourdissant. Ayant tout pour séduire la galerie, du gamin à la rombière, de la fille de ferme à la châtelaine, il n’abolit pas la méfiance des paysans et des commerçants réfractaires à ses boniments de saltimbanque.
En tout cas, il m’épate. Il faut bien dire que je ne demande qu’à être épaté ! Prétendant être le plus grand imprésario du Nord Pas-de-Calais; il ajoute dans la même phrase qu’il se propose de faire de moi le plus extraordinaire magicien du XXe siècle !
Cette double allégation certes flatteuse, concoctée par une imagination fertile, exige pour passer du rêve à la réalité, un élément palpable sur quoi asseoir ces certitudes.

PLUS JEUNE MAGICIEN DE FRANCE
images.jpgD’abord un nom qui plaise et accroche le public. Ce détail est réglé sur le champ : mon prénom de jeune prodige étant François, mon mentor l'américanise en l’adoubant "Franky le plus jeune magicien du monde". Cette formule me plait mais me parait tout de même un peu abusive. Il est vrai qu'étant le plus jeune artiste de Berck-Plage j’en suis sans doute l'unique magicien!
Avec une lucidité plutôt étonnante pour mon âge, je coupe la poire en deux, comme on dit : le maître et l'élève tombent d'accord pour : "Franky le plus jeune magicien de France".
L’affabulation sans doute encore bien grosse n’est pas déplaisante pour autant. Il est vrai qui si on n’affirme pas soi-même que l'on est célèbre, personne ne le saura jamais. Et puis, n’est-il pas vrai vrai que chaque magicien est le plus grand magicien du monde ?
Alors, allons-y comme ça ! Il ne reste plus qu'à construire des numéros magiques présentables, ce qui est réalisé en deux mois. Le délai est impératif car l'agent artistique a déjà vendu le programme, avant même qu'il ne soit conçu, à de petites salles communales, des patrons de cafés, et consécration suprême, à quelques cinémas, pour leur jour de relâche.

PREMIÈRE REPRÉSENTATION
La première représentation a lieu à Conchil-le-Temple, village qui compte à l'époque, quelques centaines d'habitants et où la salle du Grand café est bondée : au moins vingt spectateurs. Après ce triomphe, le manager qui posséde un sens aigu de la mise en scène et un peu d'argent, confie à son magicien en herbe le soin d'imaginer un fond de scène beau et pratique et de le faire fabriquer par le menuisier du coin.
Sitôt dit, sitôt fait. Si ma technique ne culmine pas toujours au zénith de la perfection, l’ imagination ne me fait guère défaut.
La troupe qui s'est enrichie d'une chanteuse d' à peine quatorze ans me servant également de partenaire, de deux clowns guère plus âgés, d'un raconteur d'histoires drôles et d'un conteur poète, tous recrutés parmi mes copains d'école se produit dorénavant devant un décor symbolique : quatre cartes à jouer en contre-plaqué de deux mètres de haut sur un mètre cinquante de large, reliés par des gonds, formant paravent.
En plus de leur fonction décorative, l’arrière de ces as géants sert de loge aux artistes lorsqu'ils changent de costume ou ne se trouvent pas en scène.
Je ne suis pas peu fier de ce fond de scène universel qui me permet de présenter ma première invention personnelle, ma première "grande illusion" comme on dit dans le métier.
En effet, l'attraction finale garde tout son mystère dans la région, nul ne parvenant à en percer le secret, ce qui augmente la notoriété de la petite troupe.
Qu'on en juge plutôt. Devant les quatre as, visibles tout au long du spectacle et disposés de gauche à droite dans l'ordre suivant : pique, coeur, trèfle, carreau, est installé un rideau permettant de les dissimuler pendant trois secondes.
Le public se met d'accord sur un ordre différent des as géants, par exemple : trèfle, coeur, carreau, pique. Les deux clowns ferment le rideau durant quelques secondes et à sa réouverture l'ordre des as a miraculeusement changé.
L'effet a beau être répété trois ou quatre fois de suite, jamais les personnes invitées à vérifier le matériel de la scène ne peuvent expliquer le phénomène ou imaginer le truc utilisé.

LES GOLDEN STARS
C'est à partir de cette époque que ma mère commençe à suivre dans ses pérégrinations son satané gamin et à s'interroger sérieusement sur ses capacités bizarres qu'elle n'est pas loin de considérer comme un peu surnaturelles.
A l'âge de douze ans, deux ans après mes débuts, je dirige une troupe baptisée Les Golden Stars, qui ne comporte pas moins de 20 artistes amateurs : clowns, imitateur, comiques en tous genres, chanteurs, pianiste, qui se donnent en spectacle les samedis, les dimanches, les jours de fête.
Les autres jours, chacun mène sa vie comme il l'entend et après avoir obtenu avec bien des difficultés mon certificat d'étude primaire, le fameux CEP de l'époque, j’apprends, sur les conseils de mes parents, le métier d'horloger.
Apprenti horloger, membre junior du club cycliste local, j’ apprends aussi le piano auprès de Mademoiselle Cochet, une vieille dame que je rétribue avec mes gains de manutentionnaire chez un grossiste en fruits et légumes de la ville.
Toujours passionné par la magie, l’illusionnisme, l’étrange et le bizarre, Je m’exerces à faire tourner les tables !

SERVICE MILITAIRE
Cette vie d’artiste et d’artisan, agréable et pleine de surprises, aurait pu se prolonger longtemps, si le service militaire n’était venu interrompre la féerie.
Cette période passée en Afrique du Nord, fut plutôt mouvementée. Forte tête, réfractaire à toute discipline imposée, je connais plus souvent qu’à son tour les douceurs du cachot, les délices du mitard, l’agrément de la compagnie des puces et des morpions ! Amuseur public par nature, magicien devenu soldat par obligation je décide spontanément de m’opposer à la bêtise ambiante en entraînant quotidiennement deux de mes camarades dans des farces entrelardées de facétie et de gags hilarants. Cet attentat au moral des troupes par la voie du rire nous rend tous trois suspects à la hiérarchie et indésirables sur le sol algérien.Cette expulsion programmée vaut aux joyeux drilles que nous sommes, d’être à notre tour victimes d’un curieux tour de passe-passe. Prétextant que trois soldats doivent être mutés en RANKY SOLDAT .jpgAfrique noire, une sorte de tribunal militaire décide de les tirer au sort, présentant à la troupe réunie dans la cour, un sac de toile rempli de petits papiers portant les noms de tous les soldats du camp. Un officier est chargé d’extraire au hasard du mystérieux sac à malices trois papiers soigneusement pliés en quatre.

Par un extraordinaire concours de circonstance, ils portent chacun le nom d’un des trois réfractaires ! C’est ainsi que je suis muté au Congo et débarque à Pointe-Noire avec un arriéré de huit jours de prison à la clé.

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Ranky, rang du milieu, 2ème à gauche.(Photo Ranky)


En Afrique noire l’armée française ne met pas les soldats blancs punis dans la même prison que les autochtones. Refusant tout passe-droit, allant jusqu’à menacer de me donner la mort, plus forte tête que jamais, j’exige de purger la totalité de ma peine, comme les autres !
Opposé à la ségrégation, Je partage donc ma geôle avec des Noirs, découvrant à mes dépens dans un cul de basse fosse les joies de la mixité sociale !
Ce n'est  pas, à vrai dire, l’épisode le plus heureux de ma vie !
A mon retour en France, je choisis la capitale où je fais tous les métiers : photographe ambulant, ouvrier dans une usine de papier, tapissier, vernisseur de meubles, installateur de bureaux métalliques, etc ....

PARIS
Mais voilà que le virus de la magie sommeillant au fond du “mirlitaire” démobilisé se réveille à nouveau, plus virulent qu' avant. Sur les conseils de Sanas, un magicien à la retraite qui avait beaucoup bourlingué, je désaméricanise mon nom Franky, qui devient Ranky en supprimant le F.

UNE SCÈNE PORTATIVE
Parallèlement à l’exercice de mes "trente six métiers, trente six misères", je fabrique une valise en bois de 60 cm sur 40 et 25 de haut, en forme de podium, que je présente à mes spectateurs, après être monté dessus, comme "la plus petite scène du monde"
Ce gag déclenche immanquablement les rires et les applaudissements de l’assistance. Je n’attend pas plus de succès que cela pour me lancer dans la grande aventure.

 Un mini-rideau de scène, un éclairage succinct et un magnétophone s’escamotent dans la valise. Une fois le matériel rangé en cinq minutes, il n’y a plus qu’à prendre le métro pour se rendre d’une représentation à une autre.
A l'aide de ce matériel démontable je me lance dans les séances de "bistrots" où je fais la "manche", organise des tombolas entre les numéros d'illusion présentés et, au cours
desquels, pour la plus grande joie des spectateurs, ce sont toujours les chauves qui gagnent des peignes. 

Vincino dans son fameux numéro du spectateur

magicien malgré lui.                                            

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L'illusionniste Vincino s'est lancé, lui aussi dans les séances de bistrot et a à son actif un modeste fichier d'une quinzaine de  lieux de représentation ce qui est largement insuffisant pour espérer vivre de son art. Quand à moi, mes clients n'arrivent pas au chiffre dix, ce qui est pire encore pour espérer faire chauffer la gamelle. Nous avons alors l'idée d'additionner notre clientèles quitte à gagner moins mais à augmenter le

nombre de représentations. Le démarchage devient ainsi plus productif notre programme étant plus riche.

Vincino me conseille, l'ayant fait lui-même, de passer l'examen obligatoire à l'époque, du Ministère de l'Education Nationale pour donner des spectacles  aux enfants des écoles, ce que je fais avec succès. Nous pouvons ainsi en quelques mois constituer un fichier suffisamment bien garni pour donner pratiquement deux séances d'illusionnisme de bonne tenue pédagogique par semaine tout au long de la période scolaire  annuelle.

VINCINO 4.jpgUne grande partie du temps restant est consacré à tenter de mettre au point chacun une tournée de spectacle dans les hôtels de cure thermale, personnellement dans toute la région vosgienne, sur les conseils d'un ami magicien Billiman et de son épouse et partenaire Luce Nora qui souhaitent se retirer du circuit, et Vincino avec les conseils de notre collègue José Garcimore qui galère depuis déjà près de vingt ans dans le métier et n'est pas encore la grande vedette que tout le monde connait maintenant.

Mon but est d'organiser et obtenir une totale indépendance en devenant un artisan de l'illusion.

Mon ami Vincino et moi faisons partie du cercle magique French-Ring. Aussi passionné l'un que l'autre nous oeuvrons même un certain temps dans le bureau de l'association et même si je connais quelques désillusions quand à certaines relations un peu sèches avec certaines stars du club,  ce qui perdure d'ailleurs encore aujourd'hui dans leur cervelle étriquée prouvant ainsi  que les imbéciles ne changent jamais d'avis, cette période reste pour moi un grand bonheur. Nous ne sommes plus tout à fait en culottes courtes mais tout de même des gamins facétieux, inventifs et souvent inventeurs de nouveaux tours et gags destinés à déchainer les applaudissements de spectateurs à venir, et à faire de nous tous les futures stars de la magie, ce qui s'est d'ailleurs s'avérera exact pour quelque-uns d'entre-nous. Bien sûr, je quitterai un jour ce cercle d'amis afin d'honorer mes contrats d'artiste passé au rang de professionnel mais j'ai toujours une pensée émue pour mes camarades qui me le rendent bien.

MYSTAG 1.jpgJe pense souvent à mes collègues disparus et particulièrement à l'un d'eux, Mystag pour qui j'avais beaucoup d'estime et pas seulement parce qu'il était décrié par une certaine catégorie de magiciens aigris et jaloux qui apparemment n'ont pas encore compris aujourd'hui que la  notoriété qu'il avait acquise l'avait été à force de courage et de travail. Bien sûr c'est beaucoup plus facile de se mettre à l'abri du besoin en pratiquant un métier alimentaire, si je puis dire, et de faire le magicien des dimanches et des jours de fête en cassant les prix pour se faire engager sans se soucier du préjudice causé aux artistes professionnels.

 

MYSTAG ET DANIELLE FRANCOIS.jpgMystag était coiffeur de métier et plutôt que d'acheter un salon de coiffure il avait préféré  investir dans du matériel de scène  et organiser un circuit de travail, quitte à forcément gagner moins d'argent mais au moins à satisfaire son goût pour l'art magique. Pour avoir connu moi-même les difficultés à vaincre afin de devenir un saltimbanque respectable  mon respect envers cet homme demeure indéfectible.

 

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Mystag, qui luttait contre les charlatans de la voyance et des phénomènes paranormaux en général et avait aussi monté un comité de défense de l'illusionnisme, et moi qui cherchait plutôt à démêler le vrai du faux dans ce même domaine et n'ayant toujours pas compris de qui et de quoi il voulait défendre l'illusionnisme, était respectueux des idées de chacun. Jamais notre amitié n' à eu à pâtir de divergence d'opinion.

Lui aussi a construit sa vie avec son épouse, Danielle François une très belle femme, heureuse de partager toute son existence avec son artiste de mari.

MYSTAG 8.jpgJe ne résiste pas à vous raconter les circonstances extraordinaires de son décès qui ne sont peut-être que des coïncidences  mais qui n'en demeurent cependant pas moins troublantes.

Par une fin d'après midi printanière je reçois un coup de téléphone de notre ami Mystag.

-Mon cher ami, pourriez-vous me rendre un service. Je suis très contrarié car je dois assurer un spectacle en province  demain avec le numéro du couteau à travers le bras. C'est sur le contrat et j'ai cassé mon couteau. Je pourrais le ressouder mais je ne sais pas pour quelle raison il m'est impossible de supporter la flamme du chalumeau. Ce n'est pas un éblouissement mais une sorte de malaise qui me gagne dès que je l'allume. Je ne comprends pas. Pouvez-vous faire cette réparation ?

-Aucun problème Mystag, venez demain après-midi.

Et comme convenu, le lendemain, notre ami est à la maison.

Le travail n'est pas compliqué et j'ai toujours en mémoire la scène où j' installe son matériel sur le rebord en béton d'une jardinière. Je présente une allumette près du bec du chalumeau, la flamme jaillit et s'éteint instantanément dans un claquement sec. Je m'aperçois que notre ami Mystag a détourné la tête avec une petite grimace à l'apparition de la flamme.

-Qu'est-ce qui arrive  lui demande t-il ?

-Je ne sais pas, je ne supporte pas le feu. Ça fait plusieurs jours que c'est ainsi.

Effectivement pendant toute la durée de la réparation, Mystag n'a pas pu, malgré ses tentatives supporter la vue du feu.

Mystag dans un numéro de feu. (Photo Ranky)

MYSTAG 18.jpg-Je ressens une sorte de mal-être, au point que je m'interroge si je vais être capable d'assurer demain mon numéro de mangeur de feu. Bon, faudra bien, je fermerais les yeux s'il le faut.

Le lendemain, Mystag et son épouse  sont sur une route de Normandie en vue de rejoindre la salle de spectacle où ils doivent donner leur récital de magie. Arrêtés au stop d'une départementale, le destin les attend. La voiture s'engage prudemment sur la nationale quand un camion citerne déboule à toute allure et percute violemment la voiture. Sous le choc d'une violence inouie le camion s'enflamme instantanément, la citerne explose littéralement et la voiture s'embrase. Par un miracle extraordinaire Danielle François est épargnée. Mystag est carbonisé. Ses malaises à la vue du feu étaient-ils la matérialisation d'une prémonition ? Personne ne peux pas apporter de réponse à cette question.

Et comme pour confirmer cette hypothèse Mystag a été incinéré et repose au columbarium du Père Lachaise. à Paris.

SIGNES ET RENCONTRES
Ma vie est pleine de “signes et rencontres” qui m’ont profondément marqué. Je ne résiste pas, pour la bonne compréhension de ma rencontre avec la femme qui deviendra mienne de vous narrer quelques unes de ces rencontres incroyables et profondément mystérieuses. Les anecdotes qui suivent sont rigoureusement authentiques et on comprend aisément que celles-ci aient pu influencer fortement ma personnalité et pour le moins, m’obliger à me poser quelques questions.
Durant ma carrière d’illusionniste, je rencontre évidemment de très nombreux artistes, ce qui est normal. Ce qui l’est moins c’est que ces “signes et rencontres” qui se produisent dès mon adolescence sont fortuits et aucunement liés à l’exercice de mes occupations du moment. Pourtant, il est remarquable de constater que ces anecdotes concernent toujours des artistes de toutes catégories auxquels je voue une admiration sans borne.

MAXENCE VAN DER MEERSCH.

Tout jeune adolescent, je suis mis en présence dans une pâtisserie de l’écrivain Maxence Van der Meersch qui se soigne à Berck. Cette rencontre est auréolée de mystère. En effet, l’immense écrivain, accompagné de son épouse et de sa fille Sarah, sont attablés dans les salons de “l’Impératrice” quand je pénètre dans les lieux, porteur d’un mot destiné à la fille des patrons de la célèbre pâtisserie Berckoise. Sans un mot, je me dirige vers Maxence Van der Meersch que je ne connais pas, je l’avais jamais vu auparavant et n’avais jamais entendu parler de cet homme pourtant célèbre. Je me plante devant la table, comme tétanisé, l’enveloppe à la main. Sans un mot non plus, Van der Meersch, qui ne me connaît pas plus me prend l’enveloppe des mains, au moment même où la fille de la maison apparaît au fond du salon, et la lui remet sans prononcer une seule parole. Je tourne alors les talons et quitte la pâtisserie. La missive est passée de main en main sans qu’une seule parole soit prononcée de part et d’autre, à moins qu’il ne s’agisse d’un phénomène de divination ou de télépathie
Une autre fois, jeune apprenti horloger, je livre les montres réparées en atelier à la boutique de la rue de la mer. Maxence Van der Meersch est présent, impérial, tenant un discours devant mon patron horloger subjugué. J’ouvre le coffret et renverse son contenu, une quinzaine de montres desquelles j’en extrait deux que je fait glisser sur le comptoir en direction de Van der Meersch. Chaque montre portant un numéro, il était impossible, sans le cahier correspondant, d’en connaitre le propriétaire. Et pourtant, ce sont les deux montres que je venais de poser devant leur propriétaire.
Après le départ de Maxence Van der Meersch j’étonnerai encore mon patron en lui annonçant : je ne connais pas le nom de ce monsieur, c’est trop compliqué. Mais si je ferme les yeux, je le vois en train d’écrire. Il écrit tout le temps, C’est un écrivain.
Après la mort de cet auteur, je verrai passer entre mes mains plusieurs autres montres qu’il avait laissées à l’horlogerie Marc Duplessis pour que nous les réparions.

BIO EXPRESS : Maxence van der Meersch.jpgMaxence Van der Meersch écrivain est né à Roubaix le 4 mai 1907 et décédé le 14 janvier 1951 au Touquet. Il exerce très peu son métier d’avocat et décide de vivre de sa plume en consacrant son oeuvre à la description de la vie des gens du Nord.

MAXENCE  VAN DER MEERSH  2 ET SA FEMME.gifEn 1934 il épouse une ouvrière après cinq années de concubinage, Thérèze Denis, qui sera l’unique amour de sa vie et la clef de la compréhension de son oeuvre.
Prix Goncourt en 1936 pour son livre “L’empreinte du Dieu” et prix de l’académie française en 1943, il est l’auteur de 15 romans dont “Corps et âme “qui sera traduit en 13 langues.
Cet auteur connaît un énorme succès de son vivant. Il est aujourd’hui injustement presque oublié.
Son roman intitulé “La maison dans la dune fût porté au cinéma en 1988 par Michel Mees.

 GROCK
A la même époque, Grock, le célèbre clown en tournée à Berck vint à la boutique porter ses montres à réparer. Touché par mon dynamisme et l’admiration que je lui porte, Grock me dit qu’avant de devenir artiste de cirque, il avait failli devenir horloger ! Je ne suis pas peu fier lorsque qu’il demande à mon patron de confier le travail à l’ apprenti que je suis !
- Avant que votre excellent jeune ouvrier n’abandonne l’horlogerie pour devenir artiste, lança Grock, la bouche fendue jusqu’aux oreilles.
Mais quelle émotion lorsque cet immense clown me fixant droit dans les yeux m’ octroie, rien que pour moi tout seul son extraordinaire et célèbre :”sans blâàâgue” avec cette voix grave et profonde qui faisait trembler tous les chapiteaux.

GROCK.jpgBIO EXPRESS : Grock, clown musical est né le 10 Janvier 1880 en Suisse. Il décède le 14 Juillet 1959 en Italie.
Tour à tour professeur de français, ouvrier dans une fabrique d’instruments de musique, caissier dans un cirque, accordeur de piano, il fait ses débuts d’artiste avec le clown Brick. Leur duo se nomme tout naturellement “Brick et Brock”. Mais pour ne pas tomber dans la facilité il change le nom Brock en Grock.
Grock obtient le succès avec tout ce qu’il touche. Les numéros auquels il participe connaissent le triomphe. En 1914 “l’Olympia” est au bord de la faillite. Il est engagé, le succès est immédiat, “l’Olympia” est sauvé.
Le musicien Léon Silbermann souhaite une association commerciale et artistique avec Grock. Affaire conclue, une maison d’édition “L. Silbermann and Grock” est fondée pour laquelle Grock écrira 2500 chansons.
Grock participe à des tournées mondiales. Partout son extraordinaire talent est reconnu : Grande Bretagne, Italie, France, Allemagne, Hollande, Russie, Amérique...
Il parlait couramment six langues, jouait de 24 instruments.
Il était également sourcier-radiésthésiste et aussi inventeur. Il a fait construire une scène de cirque tournante de 9 mètres de diamètre qu’il installait dans son chapiteau à quatre mats de 4500 places et qui permettait de voir les attractions de tous les côtés à la fois.
Il a eu l’idée de l’accordéon à touches-piano construit par la société Hohner et mis au point une machine à mélanger les cartes à jouer ainsi que bien d’autres inventions, toutes à l’image d’un homme de génie.

GÉRARD SÉTY

GERARD SETY.jpgLe spectacle itinérant de Radio-Luxembourg affiche son programme pour la saison d’été des plages. Encore tout gamin à l’époque, pour rien au monde je n’aurai manqué ce rendez-vous, moi qui travaillais mes projets magiques pour devenir artiste.

  1. La troupe avait investi le quartier de la gare routière de Berck, ma ville de naissance. Des camions encerclaient la place et faisaient un écrin au véhicule-podium central qui allait bientôt accueillir les artistes.
    Les hauts parleurs diffusaient des musiques joyeuses, des annonces vantant les talents des artistes et les projecteurs magnifiaient les lieux.
    La foule remplissait rapidement la place mais j’étais déjà au premier rang depuis au moins deux heures. J’avais même réussi à me poster près du passage par où les comédiens, regagneraient leur loges après leur prestation.
    21 heures, l’heure magique. Le podium s’illumine, un accordéoniste chamarré emballe la foule dans une houle sonore éblouissante. Je suis enchanté : chanteurs, mimes, raconteurs d’histoires défilent à tour de rôle dans le programme entrecoupé de gags et de jeux.
    Gérard Séty jokey (Photo DR)

GÉRARD SÉTY JOKEY.jpgEt puis, soudain, une révélation. Un bonhomme singulier débarque sur la scène. Un pitre-poète! Pierrot, Arlequin, Guignol, conteur, raconteur, il est tout en même temps. L’homme se déshabille, s’accoutre, enfile un tee-shirt comme un pantalon, se fait un chapeau d’une cravate. De ses propres habits attachés, pliés, froissés, roulés en boule, transformés, naissent des personnages : un ouvrier, un avocat, Don-Camillo, un coureur cycliste, un toréador. L’artiste commente ses créations dans l’autodérision. C’est irrésistible, inénarrable, tout simplement génial. Je suis ébahi, transporté, subjugué, émerveillé par une pureté magique.
“L’homme qui zappe avec ses fringues” termine transformé en jokey... avec son cheval... et quitte la scène sous des applaudissements infinis.
Il va passer devant le gamin ébloui qui ne doute de rien et l’interpelle :
- Monsieur, monsieur, le jokey ?
Et le jokey se plante devant moi, Je parviens à articuler quelques mots qu’il avale, les yeux tout ronds, peut-être surpris par le culot du gamin.
- J’apprends à être artiste. Je recommence beaucoup mes tours de magie. Est-ce que c’est comme çà qu’il faut faire ?
- Oui, c’est comme çà qu’il faut faire, travailler. Et un jour, quand je serais vieux, c’est moi qui viendrait vous applaudir.
Et il s’éloigna en mettant son cheval de chiffon au galop.

Je ne revis plus jamais Gérard Séty, sauf au cinéma et à la télévision, jusqu’au jour où le père Jean Barthélemy, aumônier du centre médical de Forcilles qui organisait des spectacles pour les pensionnaires, m’appela afin de donner mon récital de magie.
- Il y aura Gérard Séty, en convalescence, m’annonçe t-il tout joyeux.
Ces mots réveillent en moi instantanément mes souvenirs d’enfance. Incroyable ! Depuis la tournée RTL de passage à Berck-Plage, Gérard Séty avait bourlingué à travers le monde, ma femme et moi également. Nous avions tous connu les lieux de spectacle depuis le plus petit village de France jusqu’au plus grand théâtre d’Italie, du Maroc ou des USA... pour nous retrouver dans un centre hospitalier perdu en pleine nature du Val de Marne.

15 heures, l’heure magique. La salle est bondée et bourdonne de la rumeur impatiente des spectateurs. Les guéridons chargés des accessoires magiques donnent à la scène tendue de rideaux rouges un côté mystérieux et je sais que Gérard Séty, installé dans la rangée de droite, soupçonne la présence de l’oeil de l’artiste épiant le public, tel que nous le faisons tous, par le trou secret pratiqué dans le rideau. L’homme attend les trois coups, apparemment heureux.
La particularité de notre spectacle est qu’il s’agit d’un récital, c’est-à-dire du passage en revue d’une multitude de techniques illusionnistes : cartes, boules, cordes, liquides, fleurs, soieries, phénomènes extrasensoriels etc... et non pas d’un simple numéro de prestidigitation.
En tout cas cette formule semble plaire à Gérard Séty qui vient, au final, nous féliciter et nous dire sa joie.
- C’est incroyable, un tel nombre d’effets, mais comment faites-vous ? Je n’ai jamais vu ça ! C’est magnifique !
- Je tiens le secret d’un très grand artiste, que j’ai croisé à Berck-Plage au cours d’une tournée des plages du podium RTL et qui m’avait dit, déguisé en jokey, son cheval de chiffon étant témoin :”Il faut travailler”. J’ai simplement retenu le message.
Le sourire de Gérard Séty s’élargit encore un peu. Puis il s’éloigna après nous avoir encore applaudi, tout seul, et disparut par la petite porte du fond en nous gratifiant d’un dernier signe de la main.

GERARD SETY 1.jpegBIO EXPRESS : Gérard Séty, comédien parodiste, né le 13 décembre 1922 à Paris et décédé le 1er février 1998 à Maisons Laffite. Il débuta très jeune dans les cabarets parisiens. Créateur d’un numéro de transformisme qu’il donna dans le monde entier pendant cinquante ans, et qu’il ne cessa jamais de peaufiner, il fût surnommé “L’homme qui zappe avec ses fringues”. En se servant de ses propres éléments vestimentaires : cravates, chaussures, chapeaux, il créait des personnages et des animaux. Reconnu unanimement par les plus grands artistes et tous les publics, ses spectacles touchaient souvent au génie.

 

 GERARD SETY2 .jpgIl fût aussi comédien de théâtre et tourna dans 30 films pour le cinéma et la télévision : Le rouge et le noir, Les espions de Henri Georges Clouzot, Van Gogh de Maurice Pialat, Les visiteurs de Jean-Marie Poiré...
Frédéric Séty a créé un site officiel à la mémoire de son père.

Ma rencontre avec Jacques BREL et une star du cinéma

JACQUES BREL
JACQUES BREL 1.jpegBase aérienne de Cambrai-Epinoy. Je termine le supplément de mon temps de régiment dû à cause de mes nombreuses journées de « gniouf » et tente des escapades de permission dès que je ne suis pas à nouveau à l’ombre des cachots militaires Cambraisien.
Ce vendredi est pluvieux, glacé, et je progresse en faisant de l’auto-stop sur la route déserte qui mène d’Epinoy à Cambrai où je dois prendre le train.
Enfin une voiture s’arrête dans un bruit de ferraille, une 2 cv au bord de la retraite. Indifférent à la pluie qui redouble un homme dégingandé sort du véhicule pour ouvrir la portière côté passager.
- Monte, mon gars.
La voiture redémarre. Le moteur ronronne depuis dix minutes lorsque la voiture tousse deux ou trois fois et s’arrête.
- C’est rien, fait le conducteur. C’est le carbu. Il ouvre le capot, bidouille dessous, et on repart. La pluie cesse subitement de tomber. Alors, le conducteur entame la conversation.
- Alors, comme ça, tu es aviateur ? Tu pilotes ?
Mais volubile, le conducteur n’attend pas les réponses et enchaîne :
- Moi, j’aimerais bien piloter un avion, mais j’ai pas les moyens, plus tard peut être, quand je serai riche. L’armée, tu vas en faire ton métier, non sans doute. Moi je voudrais faire des chansons, mais avec la gueule que j’ai c’est pas facile. En ce moment, je suis représentant, et en fin de semaine des amis m’emploient comme barman, enfin je fais un peu de tout. Et toi que vas-tu faire ?
Je n’ai pas le temps de répondre : “ boum-boum- ploc-ploc-ploc.
- On est crevé dit en riant le conducteur,
Je riais aussi tout en me demandant si nous allions arriver à Paris avant la fin de la permission. Changement de roue dans un calme impressionnant, et une bonne humeur sous-jacente, témoin le sourire fendu jusqu’aux oreilles du mécano improvisé.
- Oui, alors, que vas-tu faire, après le service militaire ?
- Je fais le magicien, j’aimerais devenir professionnel.
- T’as raison. Toi tu peux. Je le sais. Je le vois. Tu verras. Moi chanter, je ne pourrai pas. En plus avec mon nom, c’est râpé, grillé, carbonisé : je m’appelle “Brel” et dans le nord- Pas de Calais, tu le sais, on dit “con comme une brêle” Ha ! Ha ! Ha!.
Pour l’heure, la représentation, ça marche. Cà m’emmerde mais çà marche ! Je vends du carton. Je vais peut-être élever des poules. J’aime bien les poules. Ah ! si, je chante, un peu, à Montmartre, mais les gens s’en foutent, ils bouffent.
Aux portes de Paris, nous prenons deux cafés puis nous nous séparons sur une chaleureuse poignée de mains .
Le grand bavard d’automobiliste a pour nom Jacques Brel. A l’époque il donne un coup de main dans un cabaret de Montmartre.
Le petit aviateur deviendra Ranky.

Jacques Brel (Photo DR)

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BIO EXPRESS : Jacques Brel, auteur, compositeur, chanteur, né le 8 avril 1929 près de Bruxelles et décédé le 9 octobre 1978 à Bobigny. Sans avoir étudié la musique il compose des mélodies sur le piano et la guitare.
A partir de 1952 il compose ses premières chansons, textes et musique, qu’il chante à sa famille qui tente de le décourager à suivre cette voie.
Il se rend souvent à Paris en 1953 et loue une chambre d’un confort limité à l’hôtel Stevens à Pigalle. Les temps sont très durs et le succès ne commencera à poindre qu’en 1956.
Jacques Brel est auteur de près de deux cent chansons.
Prix de l’académie Charles Cros en 1958.
En 1966, en pleine gloire, il abandonne la chanson pour se consacrer au cinéma pour lequel il tournera une dizaine de films.

JUNIE ASTOR (Photo magazine Mon film)

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Je ne suis pas peu fier pas de ma dauphine bleue, ma première voiture, une quatre vitesses, sportive, nerveuse, rapide, que j’ai hâte de conduire sur route, au cours d’un long trajet afin d’en apprécier toutes les qualités. Cette occasion m’est donnée par une copine d’enfance qui envisage de se rendre dans la région grenobloise pour affaire. Disposant moi-même de quelques jours, je propose donc à Louisette de passer par Paris d’où nous pourrions partir dans ma belle auto d’occasion.
Affaire conclue le voyage tient ce que j’espèrais. La route du retour s’annonçe aussi agréable . La radio de bord déverse en sourdine ses chansons et nouvelles. Le temps est beau et chaud, les paysages bourguignons magnifiques.
Mais depuis un certain temps, la circulation est légèrement ralentie. La vitesse générale se situe entre 60 et 70 km à l’heure, mais peu importe, la joie est dans l’air.
Avant notre départ de Paris n’ayant pas pu voir le dernier film de Junie Astor, cette grande vedette que je tiens en admiration nous nous promettons de nous rendre à cette séance dès notre retour. Surtout moi... Je connais une bonne partie de la filmographie de cette actrice et suis plutôt prolixe sur sa carrière, ses projets, au point que je semble à certains moments, fatiguer ma compagne de route avec mes commentaires. Je lui serine plusieurs fois :
- Je suis sûre de la rencontrer un jour. Je ne sais pas pourquoi je dis cela, mais je le sais.
Le long convoi des véhicules continue à s’écouler en direction de Paris sur une nationale 6 à trois voies de circulation qui me parait bien dangereuse car les véhicules pouvent doubler dans chaque direction.
Aussi, cela fait dix minutes que je reste bien sagement derrière un gros camion bâché qui me barre l’horizon.
Malgré les véhicules qui défilent dans la circulation d’en face, une 404 Peugeot entreprend de me doubler. Il n’y a ni cesse ni fin qu’elle puisse prendre ma place derrière le camion. J’entends ses coups de klaxon impatients ! Je serre donc bien sur ma droite et laisse passer cet imprudent.
Et c’est à ce moment qu’une explosion effroyable retentit, accompagnée d’un nuage étincelant de débris métalliques , comme un feu d’artifice qui monte dans le ciel a au moins 20 mètres sur le côté gauche et au-dessus du camion.


L’avant broyé de la Maserati (photo DR)

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La 404 qui vient de prendre place devant ma Dauphine part en vrille et disparait dans l’explosion.
Un bolide de course, venant de Paris, une Maserati, voulant doubler sa file de voiture s’est soudainement trouvée derrière une autre voiture qui doublait aussi. La vitesse de la Maserati est telle qu’elle ne peut plus ni freiner ni se rabattre. Le chauffeur s’est donc engagé sur la chaussée de gauche au moment précis ou un camion surgit en sens inverse. Le choc est inévitable. Le camion se met à zigzaguer, navigue sur toute la route, puis se renverse en travers laissant échapper une multitude de melons qui éclatent sur le bitume. La scène est hallucinante. Le bruit insoutenable dure des secondes interminables. Je freine mon véhicule par à coups, en serrant sur le côté droit. Louisette était tétanisée.
Un silence s’installe, lourd, presque irréel. La vision est dantesque. Plus rien ne bouge. Le temps est suspendu.
Ranky est le personnage de gauche du groupe (Photo DR)

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 Alors, des gens émerge des voitures stationnées des deux côtés de la route. D’autres bougent dans des amas de ferraille. Les passagers de la 404 sont tous grièvement blessés. Le chauffeur du camion erre de point en point, perdu dans un cauchemar.
Des personnes s’agitent, tente de secourir des voyageurs. Je les rejoins et arrive rapidement près de la Maserati. Tout l’avant du bolide est pulvérisé. Le long moteur est broyé, fumant. Les deux sièges de la décapotable sont vides. Seule, une chaussure est coincée sous une pédales. Les deux passagers ont été éjectés à une dizaine de mètres. L’homme a une jambe arrachée. Il est mort, tué sur le coup.

Le camion renversé (photo DR)

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Et puis je vois la femme, couchée sur le dos, la jupe relevée jusqu’au pubis, une blessure en haut d’une cuisse, et une bosse énorme sur le front qui a doublé de volume.
Soudain, je reste perturbé en regardant ce visage, comme s’il s’agissait d’un membre de ma famille, ou d’une amie. Je connais cette femme. J’en suis sûr ! Je saisis son poignet pour tâcher de distinguer le poul... rien ! Je pose mes mains de chaque côté du cou pour détecter un battement cardiaque... rien ! Elle a été tuée sur le coup, elle aussi.
Quelqu’un apporte une couverture et nous recouvrons le corps.
Un autre homme vient d’arriver, équipé d’un appareil photo. Il se met à prendre des clichés, fébrilement. Je remonte dans ma voiture et parviens à quitter les lieux non sans difficultés.
En bas de la côte nous atteignons Sainte Magnance où nous nous réfugions dans un petit restaurant, incapables de reprendre de suite la route. Le visage de cette femme morte ne quitte pas ma mémoire. Je la connais, c’est sûr !

La 404 accidentée.(photo DR)

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Ce n’est que bien des heures plus tard que nous apprenons l’identité des deux passagers de la voiture de sport : l’homme s’appelait John Simone. Il était exportateur des voitures Maserati pour la France et sa compagne, tuée en même temps que lui, en cette après-midi du 22 Août 1967, était la célèbre actrice de cinéma de l’époque : Junie Astor. (Photo DR)

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Une coïncidence étrange a lieu en cette fin du mois de Juillet 2010 alors que j’écris ces lignes. L’homme qui prenait les photos le 22 Août 1967 était à l’époque de l’accident, gérant de la station service de Sainte Magnance.
Par un hasard incroyable, plus de 40 ans après l’accident, il met en ligne ces photos sur un site internet consacré aux accidents spectaculaires de la route. C’est ainsi que par hasard, encore, je tombe sur celles-ci, moi, dont les accidents de voitures photographiés ne constituent pas vraiment ma passion première.
Je découvre en cette année 2010, ébahi, être le jeune homme que l’on voit près de la Maserati sur une de ces photos.

BIO EXPRESS : Junie Astor comédienne française née à Marseille le 21 décembre 1911 et décédée à 55 ans le 22 août 1967 dans un accident de voiture.

Junie Astor et Jean Gabin dans Les bas-fonds

images.jpgJunie Astor tourna dans 55 films sous la direction des plus grands réalisateurs de l’époque : Jacques Deval, Jean Renoir, Henri Decoin, et en compagnie de célèbres acteurs : Fernandel Raimu, Danielle Darieux, Claude Dauphin, Jean Marais, Madeleine Sologne, Louis Jouvet, Jean Gabin, etc. Elle était l’épouse du réalisateur Bernard Latour avec lequel elle devint productrice de la société Astor films. Elle dirigea deux salles de cinéma sur les grands boulevards parisiens l’Astor et le Rio-Opéra.

Ma rencontre avec Michel SIMON et un célébrissime cuisinier

MICHEL SIMON (Photo DR)

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De tous les artistes Michel Simon est indéniablement celui à qui je voue la plus grande admiration. Manquant assez souvent d’argent pour m’offrir une place de cinéma, alors âgé de treize ou quatorze, ans je réussis à me faire engager les samedis et dimanches comme placier au Rex de Berck-Plage, à seule fin d’admirer mon idole.

Lorsqu’après le régiment je “monte” à Paris où je loue un deux pièces minuscule au 17 faubourg Saint Denis, je suis loin d’imaginer que je rencontrerai l’idole de mon adolescence.
Michel Simon loue une chambre de “dépannage” passage du Prado, exactement en face de chez moi. Une rencontre semble donc fort possible et pas extraordinaire en soi. C’est la suite des événements qui l’est.
Faisant mes courses auprès des innombrables marchands de quatre saisons de la porte Saint Denis, je reste soudainement tétanisé devant un personnage imposant, habillé d’un long manteau et tenant un sac à provisions bien fatigué. L’homme est parfaitement immobile, comme statufié, et me semble sur le moment mesurer pas loin de deux mètres. C’est Michel Simon.
L’acteur doit ressentir mon émoi et c’est là que l’inexplicable se produit. Pourquoi m’adresse t-il la parole alors qu’il ne me connait pas ? Pourquoi m’invite t-il à le suivre jusqu’à un bistrot situé de l’autre côté de la porte Saint Denis, l’Ecrevisse, ou nous nous rendrons ensuite assez souvent ? Pourquoi s’est-il mis en tête de me présenter ses copines prostituées, de me raconter comment il a “fait” le clown à ses débuts, servi de compère à un prestidigitateur, de me parler de sa collection de montres, de ses séjours en prisons militaires (comme vous, me disait-il) Incroyable ! Il ne sait rien de moi et me parle des passions qui m’habitent : les clowns, la prestidigitation, l’horlogerie.
Le mystère demeure total.

6a01310f5e9dae970c0133edb0ee1a970b-800wi.jpgBIO EXPRESS : Michel Simon est né le 9 avril 1895 à Genève. Il décède le 30 mai 1975 à Bry sur Marne. Très jeune il abandonne ses études et “monte” à Paris où il loue une chambre à l’hôtel Renaissance, rue Saint-Martin dans le 10ème arrondissement. Il exerce de nombreux métiers pour subsister: professeur de boxe, vendeur de briquets à la sauvette, assistant d’un magicien, clown, photographe etc. Il s’instruit en lisant un nombre phénoménal de livres et deviendra ainsi une encyclopédie vivante de Courteline.
Appelé à l’armée il passe le plus clair de son temps en prison militaire pour le motif : indiscipline chronique.
En 1915, assistant à une pièce de Georges Pitoëff, il décide sur le champ qu’il sera comédien, ce qu’il deviendra en débutant en 1920 chez....Pitoëff qu’il quitte au bout d’un an pour se lancer dans le théâtre de Boulevard.
A l’époque du cinéma muet sa laideur fait merveille et il joue de son corps avec une géniale virtuosité. L’avènement du cinéma parlant sera une autre révélation : son timbre de voix et son élocution rajoute encore à son physique et son jeu d’acteur incroyables.
Michel Simon tourna dans 118 films. La télévision lui consacra 11 documentaires. Il fût à l’affiche de 31 pièces de théâtre.


BERNARD LOISEAU (Photo DR)

4847313-7260563.jpgSaulieu, Bourgogne, il est midi. Je stationne notre caravane sur la place et me mets en quête de glaçons pour regarnir notre garde-manger. Tous les commerces alentours sont fermés sauf “l’Hôtel de la Côte d’Or” dont la porte est ouverte, comme une invitation. Gravissant les quelques marches, je frappe au carreau.
Derrière un comptoir en boiserie rustique, un homme, visage glabre, cheveux rares me lance dans un sourire avenant :
- Que puis-je pour vous ?
- Beaucoup, monsieur, je suis à la recherche de glace, pour conserver beurre, charcuterie .. .et prendre l’apéro.
- Ca fait trois bonnes raisons de chercher, me dit-il. Je vais vous arranger çà. Mais ici, je n’ai plus rien. On casse tout. De passage à Saulieu ?
- Oui, oui c’est notre caravane que vous voyez. Nous allons à Autun où nous devons donner un spectacle.
- Ah ! vous êtes artiste ?

- Oui, magicien.
- Oh là, là ! quelle merveille ! expliquez-moi, vous allez pouvoir m’aider.
- Avec plaisir, si je peux.
- J’attends vos conseils. Figurez-vous que je viens de signer l’achat de ce bâtiment pour en faire un restaurant à moi. Je collectionne les critiques. Il parait que je vais me planter en changeant la façon d’exploiter les lieux. Qu’en pensez-vous ?
Il s’ensuivit une description détaillée des travaux à accomplir: Là, on casse la salle, on refait tout, l’accueil aussi, les cuisines seront enfin fonctionnelles. Dans un deuxième temps, je vois une piscine, peut-être un hammam, et le plus beau jardin de la région...
L’homme semble évoluer dans un état second. Soudain, il se lève de son siège et me tient, d’une voix étonnamment claire et ponctuée, un discours rempli de rêves, de projets, de certitudes. Je commence à me poser intérieurement quelques questions car il est extraordinairement sympathique mais me semble quelque peu illuminé. Toutefois, je n’ai pas trop de place pour la réflexion car il me noie dans un flot de paroles entrecoupées de la même interrogation : Qu’en pensez-vous ?
- Mais monsieur, je ne suis pas spécialiste, je suis magicien.
- Justement, les magiciens ne sont pas des hommes comme les autres. Vous avez une sensibilité particulière. Vous “savez” les choses. Dites-moi ?
Le bonhomme n’est pas, lui non plus comme les autres. Loin s’en faut. Décidément, il est attachant et plutôt poète, avec le même grain de folie qui m’a permis de lâcher les trente six métiers “aléatoires” que j’ai déjà pratiqués pour un métier “pas sérieux”: le métier de magicien.

Le restaurant de Bernard Loiseau. (Photo DR)

23032_-B.PRESCHESMISKY-ateliers-Apicius-2010-09-50-facade-du-Relais-Bernard-Loiseau-1.jpgJe suis subitement persuadé que cet homme va réussir, que çà ne peut pas être autrement, qu’il deviendra célèbre et son restaurant fréquenté par des artistes le sera aussi
- Et je donnerai des dîners spectacles ?
- Non, jamais, surtout pas, et pour une seule et bonne raison. Parce que, ici, l’artiste ce sera vous. Ces paroles prononcées en toute franchise semblent provoquer un effet quasi-miraculeux. Portant la main à son visage il me fixe, pensif, intensément
- Je vous confie ma maison trois minutes, me dit-il en descendant les marches du perron.
Cinq minutes plus tard il me tend un sac en plastique rempli de glaçons qu’il a récupéré je ne sais où. Il me dit sa joie , m’affirme que mes paroles sont vraiment magiques car il m’assure être “regonflé à bloc” et que lorsque nous repasserions par là, nous n’aurions qu’à demander Bernard Loiseau pour que la porte nous soit ouverte toute grande.
Depuis cette époque, avec mon épouse Blondine, nous stationnons notre camping-car trois ou quatre fois par an devant le restaurant Bernard Loiseau , mais jamais nous n’avons cogné à sa porte.

BIO EXPRESS : Bernard Loiseau est né le 13 Janvier 1951. Il décède le 24 Février 2003. Génie de la Gastronomie, travailleur infatigable et doté d’une ambition sans limite il n’a eu cesse de réaliser son rêve : devenir un grand chef de cuisine, sinon le plus grand.
D’abord engagé par le chef Claude Verger à Paris celui-ci, devant les qualités étonnantes de son employé en fait le gérant d’un restaurant “La côte d’Or” qu’il vient d’acheter à Saulieu en Bourgogne.
Bernard Loiseau, après 7 années de gérance, contracte de lourdes dettes pour acheter ce restaurant et en faire un haut lieu de la gastronomie mondiale. En 1991 il reçoit 3 étoiles au guide Michelin.
Il devient l’un des chefs les plus médiatisés au monde.
En 1995 il ouvre une boutique près du restaurant, où on trouve des produits du terroir, des vins prestigieux, des livres de cuisine.
Des plats cuisinés Bernard Loiseau sont proposés dans les grands magasins et il gère deux autres restaurants à Paris “Tante Louise” et “Tante Marguerite”.
En 1998 il fonde la société Bernard Loiseau et sera le premier chef à être côté en bourse.
Il se suicide d’un coup de fusil de chasse le 24 Février 2003.


Ma rencontre avec BLONDINE

BLONDINE (Photo Ranky)

 BLONDINE PORTRAIT AUX GETS.jpeg

Vers les années 1970 je cherche à décrypter les mystères de la voyance. En effet, depuis mon plus jeune âge je suis bénéficiaire, à moins que ce ne soit victime, de flashes plutôt troublants. Je “sais” certaines choses avant qu’elles ne se produisent. Les“coïncidences”sont insuffisantes à fournir des explications. Je sais aussi que  le domaine de la voyance pullule  de voyous  toujours à l'affût d'exploiter les personnes dans la douleur. Les magiciens sont les mieux placés pour déterminer qui triche ou non car bien évidemment ils connaissent une multitude de subterfuges et de techniques que s'accaparent souvent les escrocs du paranormal, d'où la création de ce cabinet expérimental de voyance afin de tenter de démêler le vrai du faux. Je développe ce sujet dans un de mes livres intitulé : "Le paranormal de mes yeux vu" paru aux éditions Trajectoire.

Par annonces publicitaires dans les journaux gratuits ou spécialisés, je propose une “voyance” par téléphone afin de trouver des consultants susceptibles de collaborer à une recherche sur les phénomènes divinatoires.

Je reçois des centaines de consultants et connais ainsi des expériences quelquefois incroyables dont j’ai parlé dans un précédent livre : Le Paranormal de mes yeux vus. Aujourd’hui, je suis en mesure de fournir, en ce qui concerne ma relation avec Blondine, quelques explications à certaines de ces “voyances”. J’en connais le mécanisme que je révèle en fin de cet épisode.

Il est bien connu que les premiers clients des voyants sont souvent les voyants eux-mêmes. Et un matin, Yolande de Majestry, une tarologue habitant le Val de Marne, à St Maur la Varenne me contacte :
- Je suis embarquée dans une affaire administrative très importante et compliquée qui traîne depuis cinq ans. Il me manque une lettre qui n’arrive pas et qui seule me permettrait de mettre fin à cette succession de procès. Vais-je enfin recevoir cette lettre ?
Il se passe alors à cet instant précis un événement particulier et inexplicable. Un mot s’impose à mon esprit, ce mot : vendredi est associé à la vision d’une enveloppe grise. Je ne cherche même pas à refouler cette information aléatoire. Au contraire, je suis poussé à déclarer à ma correspondante :
- La lettre est partie. Elle sera dans votre boite vendredi.
- Non, mais ça fait cinq ans que j’attends.
- Oui, mais la lettre est partie. Elle sera dans votre boite vendredi. Rappelez-moi quand vous l’aurez reçue.
Ebahie ou incrédule, Yolande raccroche sans un autre mot.
Quand à moi, je commence dès cet instant à me poser quelques questions sur ma santé mentale. Vraiment ça ne tient pas debout! Comment puis-je affirmer de telles imbécillités ? Je tente de chasser cette idée plutôt saugrenue de ma mémoire.
Mais le vendredi suivant à midi mon téléphone sonne. C’est Yolande de Majestry qui m’annonçe :
- Monsieur Ranky, j’ai reçu le courrier espéré depuis 5 ans.
Je demeure abasourdi par la nouvelle. Je n’ai aucune explication à cette “coïncidence” qui est, de surcroît, le détonateur d’une série invraisemblable d’autres “voyances” du même type.
Il va s’en dire que pour Yolande de Majestry je ne suis pas loin d’être le plus extraordinaire voyant du monde. Elle souhaite alors ardemment collaborer à mes investigations surtout qu’elle aspire en plus à participer à un travail de ménage dans le milieu de la voyance qu’elle considère, à juste titre fréquenté par bon nombre de margoulins. Du coup, elle dirige sur moi quelques personnes intéressées parmi lesquelles une jeune femme blonde répondant au prénom de Andrée, qu’elle considère des plus sensibles, curieuse de savoir, parfaitement honnête et avide de participer à ce travail d’étude.

Mon appartement au 5ème étage

dans l'immeuble du milieu.(Photo Ranky)

PARIS 7  20 RUE DU FG.JPGRendez-vous est donc pris dans mon petit appartement  parisien situé au numéro 20 de la rue du Faubourg Saint Denis qui me sert aussi de bureau.
Dès notre première entrevue le contact s’établit positivement.
- Andrée n’est pas votre prénom usuel ? lui-dis-je.
- C’est vrai je ne supporte pas ce prénom. On m’appelle Blondine.
Selon la technique que j’ai mise au point, je dois développer le sujet d’après un indice qu’elle me donne sur sa vie actuelle.
- Le divorce avec mon mari est engagé depuis longtemps et ça traîne ! dit-elle.
- Robert ? lui dis-je encore.
Je suis époustouflé. Je connais les lieux, les noms, les circonstances des événements. Je n’en reviens pas et de peur d’en faire trop mais aussi pour me ménager un temps de réflexion avant de poursuivre dans cette voie, je lui propose de nous revoir après son voyage à Lyon.
- Mais je ne vais pas à Lyon me dit-elle.
- Ah ?
Nous nous quittons sur ces mots et quatre jours plus tard, je reçois un coup de téléphone de.... Lyon où cette femme à été appelée pour du travail.

Sous la porte Saint-Denis (Photo Ranky)
PARIS 1 FG ST DENIS.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dès son retour de province nous convenons d’un nouveau rendez-vous, chez moi, à la porte Saint Denis.

Ma nouvelle collaboratrice se révèle d’une efficacité surprenante dans le travail et de plus le phénomène mystérieux qui s’est instauré entre nous continue de fonctionner : chaque fois qu’elle me parle d’une anecdote la concernant je lui raconte la suite.
C’est ainsi que je lui donne des précisions sur une voiture dont elle ne sait pas ce qu’elle est devenue, son mari qui se trouve en Italie avec sa future femme, un membre par alliance de sa famille qui à monté à Berck-Plage une entreprise de bijoux fantaisie et un magasin d’antiquité. Je lui parle de toute une succession d’événements qui se révèlent rigoureusement authentiques. Il va sans dire que ma nouvelle associée ne s’attendait pas à de telles révélations. Moi non plus !
Voici l’explication qui semble rationnelle :
1) Concernant la voiture et les événements qui l’accompagnent, c’est un certain monsieur Delaunay que j’avais rencontré il y a plusieurs mois dans un hôpital où j’étais venu passer un bilan de santé qui m’en avait donné une description (une 404 Peugeot noire, intérieur rouge et noir) et m’en avait raconté l’itinéraire qui s’avéra parfaitement exact.
2) Concernant le mari parti en Italie, c’est la propre maman du mari qui travaillait comme serveuse dans un restaurant self-service du Boulevard Sébastopol à Paris où je dînais deux à trois fois par semaine qui m’avait confié ses soucis et ses inquiétudes sur l’ avenir de son fils. Cette femme était donc la belle mère de Blondine !
3) Pour le membre par alliance de sa famille dont je connais tant de choses, c’est ma propre mère qui m’en avait parlé il y a fort longtemps. En effet cet homme employait les malades de l’hôpital Hélio-Marin où ma mère travaillait.

Ces renseignements concernant Blondine m’étaient parvenus par l’intermédiaire de personnes qui ne se connaissaient pas et n’avaient aucun rapport entre elles. Curieusement ils m’ont été racontés alors qu’ils ne me concernaient pas non plus.

Le mystère qui reste entier c’est bien celui de savoir pourquoi ces anecdotes et bien d’autres que je ne cite pas ici, se rapportaient chaque fois à Blondine qui m’avait contacté dans le seul but de travailler ensemble ?
Mystère, mystère !

PARIS 9  LE MAYOL.JPGCes faits plutôt insolites commençaient à établir entre Blondine et moi un lien tissé de curiosité, d'interrogations et d'une envie respective de tenter d'expliquer ce mystère. Pour la première fois j'invitais donc ma collaboratrice à prendre un apéritif au café Le Mayol afin d'en parler. Et je vais m'apercevoir que les photos de mon très modeste appartement, celle de la porte Saint Denis, quartier modeste, que j'ai évidemment hésité à publier sachant bien qu'elles n'intéresseraient pas vraiment le lecteur plus le whisky servi à Blondine dans un verre sentant le Ricard sont à mes yeux pourtant devenus des souvenirs idéaux.    

 

        STAVISKY m'ouvre les yeux

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Je m'aperçois que les photos de mon très modeste appartement, celle de la porte Saint-Denis, quartier populaire, que j'ai évidemment hésité à publier sachant bien qu'elles n'intéresseraient pas vraiment le lecteur, plus le whisky servi à Blondine dans un verre empoisonnant le Ricard sont à mes yeux pourtant devenus des souvenirs idéaux.    

BLONDINE PORTRAIT.jpgCompte tenu de l'emploi du temps dans les mises en route de machines et les démonstrations en informatique de Blondine et le mien concernant les séances de prestidigitation pour les écoles et les bistrots nous parvenons  à nous mettre d'accord pour animer trois après-midi par semaine mon cabinet expérimental de voyance.
Blondine s'avère une collaboratrice  incroyablement efficace. Elle reçoit les visiteurs avec une gentillesse désarmante et dorénavant les comptes rendus écrits que je remets à chacun des consultants sont rédigés et postés dès le lendemain.

Le succès de ma petite "entreprise" dépasse vite nos capacités à recevoir la "clientèle". Je dois me rendre à l'évidence : il est plus facile de développer une affaire comprenant des possibilités d'exploitation douteuse, comme la voyance par exemple, qu'un métier honnête. Il faut bien admettre aussi que ce développement subit et dû en grande partie aux consultations qui sont gratuites, nos seuls revenus étant ce que nous donnent, sans obligation, les consultants. Désirant cependant mener à terme mes recherches, je sollicite l'aide d'un ami magicien Claude Stavisky, qui accepte avec enthousiasme mon offre surtout qu'entre la réception et le raccompagnement des consultants il aura tout loisir pour peaufiner ses tours de close-up sur un coin de table. En effet, Claude donne des séances de magie de table dans les restaurants et sa joie déborde quand je lui propose en plus de m'accompagner selon sa disponibilité dans mes séances de bistrot.

Quelle n'est pas la surprise de Blondine lorsque qu'elle nous voit  répéter les mises en scène et quelques canevas de dialogues dans la salle de séjour, chaque soir après la fermeture du cabinet de "voyance". C'est ainsi que Blondine apprend, une quinzaine de jours après notre rencontre, que je suis aussi magicien. Cette révélation l'amuse beaucoup et surtout l'incite à vouloir participer.

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 Claude Stavisky et moi mettons au point une séquence d'hypnose simulée en vue d'une prestation dans quelques cabarets.

 

(Photo Gérard Géry Paris-Match 1974)

 

 

 

 

 

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Claude répète une prestation qu'il doit donner dans les locaux de Paris-Match pour un reportage qui lui est consacré lors de la sortie du film STAVISKY dont le personnage principal est interprété par Jean-Paul Belmondo.

 

(Photo Gérard Géry 1974)

 

 

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Au café LE MAYOL rue du Fg Saint-Denis.

(Photo Gérard Géry 1974)

 

Le café LE MAYOL est notre lieu de détente et c'est là que Claude me surprend par quelques révélations que moi le "voyant" n'avait pas vu !

-François je voulais te dire que j'apprécie beaucoup Blondine. C'est une femme adorable.  Je sais que je ne t'apprends rien, mais tu ne vois rien non plus ?"

Surpris par ces propos j'avoue que je ne saisis pas le sens de ses paroles.

-Mais enfin, dès qu'elle arrive chez-elle elle te téléphone. Les jours de fermeture du cabinet de voyance elle te téléphone. Tu me dis que le soir elle te téléphone et le matin aussi pour te souhaiter une bonne journée. Non, tu ne vois pas ? Mais voyons, elle est amoureuse !

-Claude, tu plaisantes ? Blondine est une star et tu ne m'as pas bien regardé : je suis petit,  maigrichon, pas beau, sans grande classe, étriqué dans ma petite veste en suédine à deux balles. Quand à l'environnement, c'est pas mieux, l'immeuble est minable, il faut grimper cinq étages sans ascenceur avec le risque de rencontrer des rats dans l'escalier. Et j'ai attendu une bonne quinzaine de jours avant de l'inviter à prendre l'apéritif au Mayol car je n'ai rien chez moi. Pour couronner le tout, le whisky servi empoisonnait le Ricard. Même si j'ai exigé qu'on change son verre,  comme dit Gainsbourg : "c'est pas très classieux !"

 Trois jours plus tard, à l'ouverture du cabinet, Blondine arrive avec un joli cadeau : un presse papier constitué d'un petit volant de voiture de course faisant ressort sur un piédestal en onyx destiné à tenir les papiers plutôt dispersés de mon bureau. Je suis très touché de cette attention et les paroles de Claude me reviennent à l'esprit. Blondine est magnifique, vêtue d'un ravissant ensemble de velours côtelé vert pistache juste un peu délavé comme le veut la mode du moment. Je n'oublierai jamais cette après-midi et je me promets de l'inviter dans un bon restaurant le dimanche suivant. Mais elle me devance et le lendemain c'est elle qui m'appelle au téléphone, car elle tient absolument à m'offrir, dimanche prochain...le restaurant. Comme je souhaite me déplacer en métro, ma voiture étant en réparation, elle viendra me chercher à la station la plus proche de son domicile.

 Il n'y a pas un quart d'heure que je suis à la sortie du métro que Blondine arrive, cheveux au vent dans sa superbe 304 décapotable bleu-métallisé. Sa conduite, pieds nus, est très sportive. Je suis impressionné, et subitement enhardit je lui adresse des compliments chaleureux et parfaitement mérités.

-Je vous emmène  au "Moulin de ma tante" un excellent restaurant me dit-elle joyeuse. Mais une petite déconvenue l'attend, le resto est fermé le dimanche.

-Ce n'est pas grave, lui dis-je, nous irons un autre jour et cela me permettra de vous l'offrir. Nullement désarçonnée elle conclut en riant :

-Allez, d'accord. Et bien allons chez-moi.On trouvera bien quelque chose à manger.

 Blondine est en location dans un ravissant pavillon situé à Bonneuil-sur-Marne, le long d'un parc. Je n'ose plus penser à l'immeuble délabré que j'habite, je n'ose plus penser à rien. En toute simplicité elle cuisine une pièce de viande rouge.

Nous échangeons des idées, faisons connaissance une bonne partie de l'après-midi. A quatre heure nous prenons le thé. Je me rapproche d'elle. Je lui dit qu'elle est belle. Je lui dit que j'ai envie de l'embrasser. Elle ne me répond pas et tourne son beau visage vers moi. Je l'embrasse. Nous nous embrassons. Ce n'est que fort tard que je repartirai chez-moi, transformé, amoureux, heureux.

La semaine suivante  je fais part à Blondine de mon projet de revendre mon appartement que je paie depuis cinq années et mon désir de m'installer dans un village, en investissant soit dans un camping-car, soit dans un chalet en bois, sur un terrain équipé d'un point d'eau et d'un branchement électrique. Cette idée l'amuse beaucoup.

-Et pourquoi pas  dans mon pavillon pour laisser le temps à la réflexion, me dit-elle.

-Et pourquoi pas !

La décision est prise immédiatement.  Le déménagement est fixé à la semaine suivante, le temps de prévenir la clientèle du cabinet.

Malgré ma réticence à voir Blondine participer  à ce travail de force il n'y a ni cesse ni fin  pour que nous fassions tous les deux le transfert de Paris à Bonneuil, avec sa voiture équipée d'une remorque, de mon bureau, livres, bibelots  et même un canapé et un réfrigérateur qu'elle entend descendre avec moi des cinq étages sous le prétexte indiscutable que c'est plus facile de descendre que de monter.

C'est notre vie privée, conclue-t-elle.

COUPURE PRESSE.jpg

 

 

 

Peu de temps après, mon appartement est vendu et je propose à Blondine le choix d'investir la somme récupérée, soit dans un petit salon de coiffure soit dans une boutique de matériel pour illusionnistes que nous ouvririons trois jours par semaine, le reste du temps étant consacré à nos spectacles.

Son choix est instantané : "Je veux travailler avec toi, c'est la boutique !"

Blondine continuera à assumer encore quelque mois son travail dans les machines électroniques et moi dans les bistrot et les écoles avec mon ami Vincino, tout en assumant l'ouverture de la boutique et la fabrication de matériel dans un petit atelier au fond du jardin du pavillon. Et puis viendra la période de ma tournée annuelle dans les hôtels de cure. Le choix de Blondine est alors net et définitif : "nous partirons en tournée tous les deux." Et elle démissionne de son travail en électronique.

                                               EPISODE

On ne choisit pas sa famille, heureusement on peut choisir ses amis.

Un changement imprévu et fort désagréable vient alors perturber la vie  tranquille qu'entretenait Blondine avec sa famille : la majeure partie de celle-ci n'admet pas son "saltimbanque" de compagnon parmi elle.

Dessin cram-cram-5 (DR)

 cram-cram-5-magicien.jpgL’enthousiasme de Blondine à vouloir s’intégrer dans les numéros que je produisais auparavant seul au cours de ma tournée annuelle des hôtels de cure, sa facilité d’adaptation et la joie qu’elle éprouve à l’apprentissage du métier de magicienne me transportent de joie. Nous allons monter un programme d'une heure trente de magie techniquement très varié que nous annoncerons du titre ronflant : « Récital de magie ». Ce programme devrait plaire au public car il comporte une multitude de techniques avec des foulards multicolores, des boules, des liquides, des cartes, des ombrelles, des fleurs, la dernière demi-heure étant consacrée à des numéros de divination, de transmission de pensées et de présentation de phénomènes paranormaux.

R AND B  MAGIE 1.jpgBlondine sera vêtue d’une ravissante petite robe imitation soie ou d'un pantarobe en cas de seconde séance dans le même établissement et moi je porterai un costume noir de coupe italienne.

Je me lance dans la fabrication d’un podium de trente centimètre de hauteur entièrement démontable et Blondine confectionne le rideau de scène qui l’équipera, rouge comme il se doit.

 

 

 

 

 

 

Citroen Type H.jpgNous terminons l'aménagement de ma vieille camionnette brinquebalante Citroën à la carrosserie en tôle ondulée et la décore derrière les vitres d'affiches pimpantes, fabrication garantie à la main, annonçant notre Show. Enfin, au bout de deux mois de répétition nous sommes opérationnels.

 

Et c’est à ce moment que Blondine s’ouvre à sa famille de sa nouvelle orientation professionnelle. Elle annonce qu’elle a cessé son activité chez son employeur informaticien et souhaite présenter son compagnon de vie qui est magicien. Ce changement imprévu et fort désagréable aux  yeux de cette famille vient alors perturber la vie tranquille de ma compagne  : la majeure partie de celle-ci ne tolère pas son "saltimbanque" de compagnon parmi elle.

Blondine découvre avec stupéfaction l'état d'esprit étriqué d'une partie de sa famille qu'elle s'imaginait intelligente sinon aimante, tolérante sinon imbécile, et il s'ensuit quelques entrevues familiales édifiantes aussi bien dans notre maison qu'à l'extérieur ou elle prend conscience d'une haine injustifiée pour l'homme qu'elle a choisi, une haine sourde, insidieuse, qui durera quarante années et dont elle prend immédiatement la mesure. Heureusement on peut faire le tri dans une famille toujours désignée au hasard et en garder quelques membres comme étant des amis, car en vérité, les amis sont la famille que l'on choisit. Estimant que les enfants n'ont rien à voir  dans les égarements de leurs géniteurs elle continuera à se rendre dans les réunions de famille dites importantes et moi-même l'accompagnerais en tant que "chauffeur de taxi".

Mais sa décision est prise :  plus jamais elle ne leur parlera de la vie qu'elle a choisi de vivre avec l'homme qu'elle a  aussi choisi, et ce choix débute le soir ou elle a prévu d'annoncer, heureuse, qu'elle part pour la première fois en tournée dans les hôtels de cure.

Ce soir là, je vois, attristé, le regard assombri par une terrible déception de cette femme qui croit fermement en la bonté des êtres et pour le moins de sa propre famille.

Je tente de lui expliquer que le mot saltimbanque connait un étrange destin mais Blondine pense que cette partie de sa famille devrait avoir tout de même évolué depuis le moyen-âge.

Et bien non ! Créée au XVIIème siècle, l'expression désignait à l’époque des amuseurs de rue, de foire, situés entre les artistes de cirque et de théâtre. Le petit Poquelin (futur Molière) adorait se rendre avec son père sur le Pont-Neuf voir ces artistes qui venaient d’Italie comme le nom-saltimbanque ce qui signifie celui qui saute sur le banc, c’est-à-dire l’estrade. Déjà au moyen-âge ces amuseurs étaient partagés dans l’esprit public entre la réprobation et la fascination et on ne les appelait pas saltimbanque mais plutôt en rapport avec leur personnage burlesque ou grotesque et de leur caractère outré : Trivelin, bobèche, Paillasse, etc. De nos jours encore les mots saltimbanque ou bouffon sont toujours utilisés pour désigner des personnes dont le comportement est ridicule, gesticulatoire ou exagérément maniéré. L’argot des jeunes d’aujourd’hui utilise ces mots comme des insultes et l’expression d’un profond mépris.

Mais aux yeux de presque tous je suis principalement l'horrible manipulateur qui a détourné leur membre familial d'une profession lucrative et ô combien "honorifique" pour en faire un bouffon vivant de la charité publique. Pour une large catégorie d'imbéciles l'artiste qui a du talent et qui est donc "respectable" est celui qui gagne des sommes considérables. Mais ces mêmes imbéciles savent-ils que ces artistes "arrivés" ont souvent galéré pendant des années. Je ne citerai qu'un exemple, celui de mon ami Garcimore : sait-on qu'avant d'accéder au vedettariat il a galéré 20 ans. Ces imbéciles parlent avec suffisance de métier aléatoire, alors je leur pose cette question qui demeure toujours sans réponse : citez-moi un métier qui n'est pas aujourd'hui aléatoire ?

Être artiste c'est plus qu'un métier, c'est une vocation, et la vocation ne s'encombre pas du  côté lucratif. Et Blondine est une artiste née que je réjouis de ce texte qui ne relève pas de la manipulation.

Huile sur toile Ranky

 LES ROULOTTES.jpegSaltimbanque : Ces artistes arrivent du fond des âges qu’ils traversent en riant. Ils sont immortels. Parfois, ils s’arrêtent et laissent des souvenirs, mais seulement aux spectateurs qui auront su les voir.  

Approchez, approchez, mesdames et messieurs. Voici les demi-anges, voici les demi-bêtes. Ils déboulent dans la rue. Ils déballent du rêve, la fête de l’esprit, la bouche en étoile, la lune en bandoulière. Voici les saltimbanques. Et vous verrez m’sieur dames, de fieffés truqueurs, du culot à revendre, de drôles d’oiseaux mélomanes et des simples d’esprit remplis de problèmes pas encore inventés. Et vous verrez encore, de joyeux funambules jouer au cerceau sur des rayons de lune, des acrobates en caoutchouc rebondir dans le soleil, des trapézistes en équilibre sur le fil du temps, du théâtre total et vertical, joué sans mode d’emploi. Et vous verrez, m’sieur dames, des rires éclater, de toutes les couleurs. On cherchera des poux dans les poils du barbu, les hommes auront des idées et les poules des dents. Le diabolique, le cocasse, le désopilant, le surréaliste décoifferont le monde. Les saltimbanques, étoiles du trottoir, miroir multiple et à paillettes de notre vie, pommadent nos petites misères, dorent la pilule à nos travers, trampolinent sur nos rêves. Vous verrez tout ce que vous n’avez jamais vu : un bandit enrubanné associé à une fée, un chef indien au père Noël, un général d’armée à un bonhomme de neige.

Approchez, approchez, mesdames et messieurs. Voici les demi-anges, voici les demi-bêtes. Ils déboulent dans la rue. Voici les saltimbanques.

EPISODE


Une si jolie tournée de spectacle.        

Photo DR

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 Notre vaillant "tube" Citroën va nous faire serpenter juillet et août à travers les magnifiques paysages vosgiens, au gré de nos engagements magiques, et je vous dois, chère lectrice, cher lecteur,  qui êtes en droit de vous demander comment il est possible d'organiser un tel circuit de travail, une explication. Je n'utilise ni de coach, ni placier, ni imprésario, et ma ligne de conduite et d'être une sorte d'artisan de l'illusion. C'est ainsi que j'ai vite abandonné mes interventions dans les cabarets parisiens qui, s'ils sont une bonne école du spectacle, n'en constituent pas moins une sorte d'escroquerie. Quand on pense que certains patrons de ces lieux de "plaisirs nocturnes" demandent aux artistes de téléphoner afin de savoir s'ils doivent venir ou non, suivant qu'il y ait ou non des clients dans la boutique. C'est intolérable !

Il s'agit donc de proposer aux directions des hôtels de cure un programme de divertissement de leur clientèle, d'une très bonne tenue,  durant une heure trente environ et complètement gratuit. Ce dernier argument est parfaitement convaincant, à condition de se présenter bien habillé et muni d'un press-book éloquent et rempli de références de collègues hôteliers. Je propose simplement de procéder à une tombola aux trois-quarts du spectacle et encore celle-ci se doit-elle d'être la plus amusante possible. En deux années, je réussis à constituer un fichier de près d'une centaine de clients qui deviennent souvent des amis. C'est aussi simple que cela.

Sans titre.jpg J'ai une pensée émue pour mes collègues et amis magiciens Bilimann et Luce Nora qui m'ont facilité la tâche en me communiquant leur vingtaine d'adresses lorsqu'ils ont cessé leurs propres tournées hôtelières.

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 Ce n'est pas sans une douce nostalgie que j'évoque ces quelques références parmi la centaine consignée dans mes press-books. Par-dessus tous ces souvenirs, je garde au plus profond de moi l'image radieuse de ma partenaire sur scène et dans la vie, Blondine, la femme qui deviendra bientôt mon épouse. En effet, elle apprécie cette façon élégante d'être reçus par les patrons des établissements et aussi la gentillesse et la sensibilité d'une clientèle de qualité. Nos prestations sont applaudies chaleureusement et nous vivons dans le bonheur de donner de la joie et d'en recevoir chaque jour.

Cet épisode serait peut-être peu intéressant sans une dose de suspense. Alors, chère lectrice cher lecteur, voici le récit incroyable et pourtant authentique de ce qui, normalement, ne peut se lire que dans les romans. Lisez plutôt !

En fin de mois d'août, donc en fin de tournée, Blondine et moi nous nous posons simultanément la question : puisque nos prestations ont tant de succès dans les hôtels de cure, pourquoi en auraient-elles moins dans les palaces d'Île-de-France ?

C'est décidé, dès notre rentrée à la maison, nous les proposerons à l'aide de dépliants glacés et multicolores.

Deux mois plus tard, nous obtenons quelques engagements pour des programmes de trente minutes à l'occasion de conférences, séminaires et différentes manifestations où un intermède-spectacle est offert aux participants.
Nous concluons même, à ce moment, un accord avec le célèbre orchestre Albert Uzan qui nous engage lors des mariages et barmitzva qu'il organise précisément dans divers palaces de la capitale.

 HOTEL MERIDIEN.jpgEt c'est à ce moment que naît cette extraordinaire histoire, cette incroyable coïncidence, je dirais même en fin de compte, ce couronnement de l'imbécillité humaine triomphale.
Tout débute par une conversation téléphonique insolite. L'ambassadeur d'un riche pays, que ne ne suis pas autorisé à citer, nous appelle chez nous. En cure à l'hôtel Beau Rivage de Gerardmer où il a assisté à l'un de nos programmes et mariant une de ses filles, il désire que nous nous produisions dans les salons "Aiglon" de l'Hôtel Inter-Continental de Paris avec un cachet faramineux qui ne sera d'ailleurs jamais dépassé de toute notre carrière. Marché conclu.

Nous nous produirons devant 400 invités conquis par notre nouveau numéro féerique d'apparitions et disparitions de soieries, ombrelles, et d'une vingtaine de colombes. Nous terminerons par "l'emprunt" et la "destruction" à coups de marteau de colliers et bracelets précieux de belles dames de la société et de  magnifiques montres de beaux messieurs. Tous ces bijoux prestigieux seront retrouvés intacts, par Monsieur l'ambassadeur lui-même, dans une série de 17 coffrets emboîtés les uns dans les autres et suspendus près d'un lustre depuis le début du spectacle. Bref, je ne l'écris pas par forfanterie, mais c'est le succès...

HOTEL INTER CONTINENTAL.jpgOr, il se trouve que dans les mois suivants, un membre par alliance et fortuné de la famille de Blondine organise le mariage de son fils, précisément dans les mêmes salons "Aiglon" de l'Inter-Continental. Et Blondine, dans un élan du coeur auquel elle avait pourtant promis de ne plus céder, propose d'offrir le même programme qui nous avait valu un si beau succès.

Réponse immédiate : "Il est hors de question que des membres de la famille s'exhibent dans une prestation de saltimbanque !". Ces personnes persistent et signent et nous nous souviendrons toujours de ces mots : "Avez-vous conscience de la dévaluation que vous apporteriez à notre famille ?".

Que pensez-vous qu'il advint ?

Et bien la "famille" engagea un illusionniste qui exécuta un numéro de colombes sous les regards narquois, ironiques, d'invités imbus de leur personne et avares d'applaudissements distribués du bout des doigts pour couronner un mariage d'affaires qui, vraiment, ne valait même pas son pesant de caramel mou.

Le salon Aiglon

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 P EPISODE

La petite boutique des magiciens