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11/12/2016

MA VIE DE SALTIMBANQUE

magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueMA VIE DE SALTIMBANQUE

Le livre de Ranky  écrit en direct sur son blog a passionné des centaines d'abonnés. Il paraît aujourd'hui dans une nouvelle version très pratique à lire. Il comporte actuellement 20 épisodes auxquels s'en ajouteront d'autres.

Pour raison de santé l'écriture en direct  sur son blog privé du livre de Ranky :

Ma vie de saltimbanque

est momentanément interrompue.

Le chapitre 20 est volontairement mis en première page. Le déroulement normal du livre démarre de suite après celui-ci.

Notre ami Ranky ne voulait pas publier ces lignes atroces, mais devant l'horrible, l'insoutenable réalité de certaines pratiques médicales, le calvaire qu'a subit son épouse, le calvaire que subissent plusieurs de ses amis intimes et malheureusement aussi actuellement lui-même, il en a décidé autrement dans le seul but d'éclairer le public sur les agissements de certains individus et les disfonctionnement quelquefois monstrueux d'un service de santé mafieux dans lequel quelques hommes et femmes semblent ceints d'une auréole de sainteté tellement ils croient en leur mission d'aide envers leurs prochains.

 LA MORT DE BLONDINE.

DANS LES GRIFFES DE LA BANDE

A RITON MANDAR

Souffrante depuis plusieurs mois et suite à des chutes successives qui lui ont valu une fracture de l’omoplate puis du fémur j'appelle les pompiers qui  conduisent ma femme à la clinique Motivet. L’accident étant survenu un premier novembre il est évidemment hors de question pour le personnel dit soignant de gâcher ce week-end. Le lendemain, un "intérimaire" réussi tout de même à plâtrer la jambe cassée du pied jusqu’à l’aine, dans l’attente aléatoire d’une prothèse sur mesure. L’opération aura lieu huit jours plus tard.

Après quinze jours de séjour à Motivet qui porte si mal son nom, Blondine est transférée à la clinique “Concordia” qui n’est pas mieux baptisée. Cet établissement et très spécialisé en rééducation de tout ce qui tombe dans son escarcelle, du poivrot aux camés en passant par les Alzheimer, les parkinson, les dépressifs, les hypocondriaques, les personnes en fin de vie et, chance inouïe, les fémurs cassés.
Je suis reçu sur le champ par une pin-up qui me prodigue ses conseils accompagnés d’oeillades suggestives et de prix avantageux pour l’occupation d’une chambre individuelle : 98 où 120 euros par jour, au choix, non remboursés par la mutuelle. Je demeure réticent bien que sachant qu’à 120 euros ma femme aurait droit à une séance de pédicure, une boite de chocolat, une trousse de toilette contenant une brosse à dents souple, un tube de dentifrice de grande marque et un peigne imitation corne. Prétextant que je n’ai pas les moyens je me vois offrir la même chambre au prix imbattable de 50 euros la journée, à condition de régler celle-ci en liquide. Le “Concordia” ne fera pas affaire mais Blondine bénéficiera néanmoins pendant quatre jours d’une chambre "solo" gratuite étant donné que toutes les autres remboursées par la SS sont occupées et qu’il est hors de question de perdre la cliente.
Le calvaire de Blondine s’aggrave lors de sa mutation dans une chambre dont la voisine de lit pousse des hurlements car elle voit des petits bonshommes bleus et verts partout et passe ses nuits toutes lumières allumées.
Le service est assuré par deux antillaises qui auraient préféré devenir, pour l’une, star de la chanson et pour l’autre star de cinéma, et d’une africaine dont le leitmotiv quotidien tient dans la formule qu’elle ne cesse de clamer aux patients : je ne suis pas là pour vider votre merde.
Il y a bien un black qui semble être de sexe masculin, charmant, ce qui n’est pas incompatible, surnommé malgré sa couleur, “l’homme invisible”, ses interventions étant limitées à quelques minutes par chambre. Personne n’a jamais pu identifier les fonctions exactes pour lesquelles il est employé.
Lors de mes visites journalières à mon épouse je  tente aussi de converser avec la préposée aux repas du soir mais l’entreprise s' avère particulièrement compliquée, la personne apparemment d’origine autrichienne à moins que ce ne soit allemande ou peut-être alsacienne, ne connaissant que trois mots : bonsoir- bon appétit- bonsoir- (oui, finalement ça fait bien trois mots !) Quand au seul médecin de l’étage, il occupe largement les conversations des ”patients” (patient étant bien le terme exact) partagées sur ses origines. Est-il turc, hongrois, yougoslave, migrant syrien ? Le mystère n’est toujours pas résolu. Blondine dont on connait l’humour parfois foudroyant, malgré ses misères, s’est au début un peu amusée de l’ambiance générale (seulement au début, et un peu seulement) C’est elle qui l’a surnommé “docteur Baragouin” à cause d’une impossibilité à articuler correctement un seul nom de médicament. Il court sans arrêt, est partout à la fois et principalement nulle part. Des bruits de couloirs courent aussi, laissant supposer que “Baragoin” n’est peut-être même pas médecin.
Je suis malheureux de savoir mon épouse dans un tel milieu et demande à nouveau un changement de chambre ou un transfert dans une maison de rééducation mieux adaptée à la condition humaine mais il n’y a aucune place disponible, ni pour l’une ni pour l’autre supplique. Il faut donc faire avec. (comme on dit)
Blondine trouve bien parfois quelques petits filets de sang dans son mouchoir mais d’après Baragouin, et les autres d’ailleurs, c’est dû aux courants d’air des chambres et des couloirs du “Concordia” ainsi qu’au fonctionnement défectueux du chauffage électrique. Je finis par exiger qu’une radio des poumons soit prise et au grand soulagement de tous, celle-ci ne révèle aucune pathologie.
Blondine subit avec un courage exemplaire les défaillances chroniques des “spécialistes rééducateurs” dont l'un d'entre eux, kiné de son état, se révêle être fort compétent et rempli d'humanité. Une volonté incroyable anime mon épouse pour se sortir de ce guêpier et rentrer enfin chez elle, auprès de son mari. Le temps passe et rien ne se passe au niveau de l’amélioration attendue. Je me fâche alors et exige la sortie de mon épouse persuadé qu’elle sera mieux chez elle que dans ce centre commercial.
Deux jours après, ma femme rentre chez elle, heureuse, dans un fauteuil roulant mais heureuse. Elle a retrouvé son petit chien, Houdini, les roses de son jardin et son mari. Je la couvre de baisers et lui répéte qu’elle est la plus jolie, plus que ça, la plus belle des femmes. Blondine est transfigurée.
La huitième nuit de nos retrouvailles Blondine se réveille en pleine nuit en proie à de fortes difficultés respiratoires. Il faut se résoudre à faire appel, une fois encore, au secours des pompiers. De nouvelles épreuves, plus terribles encore que les précédentes se préparent.
Le lendemain de son transfert à l’hôpital Riton Mandar, en service cardiologique, Blondine fait une nouvelle chute, s’ouvrant l’arcade sourcilière ce qui éclaire les médecins sur son état de santé, du moins son état cardiologique, car on est en cardiologie et on ne s’occupe de rien d’autre que de cardiologie. J'ai bien fourni un dossier complet comportant, suite aux petits filets de sang, la fameuse radiographie des poumons mais ça n’intéresse personne vu qu’on est en cardiologie. On place donc dès le lendemain matin un pacemaker, un appareil destiné à palier aux fonctions défaillantes du coeur. Les examens montrent immédiatement une amélioration cardiologique due indéniablement au pacemaker et on envisage déjà le retour de la patiente à son domicile. Mais ce n'est pas pour lui être agréable, c'est pour se débarrasser d'elle.
Autant j'avais exigé la sortie de Blondine de la maison de rééducation, autant j'insiste pour que l’on s’occupe des problèmes respiratoires de mon épouse.
On trouve un lit au même étage, dans un service baptisé rythmologie. Enfin vas-t'on savoir ce qu’il en est exactement de cette radiographie des poumons qui est examinée près de dix secondes par un individu d’une suffisance insupportable  et qui annonce péremptoirement : -Il n’y a rien aux poumons.

Cependant les spécialistes décident de transférer pour un examen fibroscopique Blondine à l’hôpital parisien Tenonbon dans le 20 ème arrondissement, un établissement de bas-fonds alors que le CHU Riton Mandar possèdent un service capable d’effectuer cette prestation de routine.
Il existe aussi l’Intercommunal de Créteil situé à cinq cent mètres (à vol d’oiseau) où parait-il le service pneumologie est à la pointe ? Non, il faut que Blondine soit trimballée dans ce qui ne doit être au départ qu’un aller et retour pour cet examen parait-il infaisable chez Riton Mandar. Le mensonge est éhonté : pourquoi partir avec toutes ses affaires personnelles si c’est juste un aller et retour ?
L’examen est prévu pour le lendemain matin à neuf heures, puis à onze heures, enfin à coup sûr à 15 heures. Je me rends donc sur place pour ces quinze heures. Mais à dix sept heures Blondine n’est toujours pas arrivée. Inquiet, je téléphone à Mandar et apprend qu’elle n’est pas encore partie mais que cela ne va pas tarder. A chaque appel téléphonique on me répond n’importe quoi. Incroyable! On ne sait plus où est mon épouse. Elle est peut être dans l’ambulance mais on ne peut pas joindre celle-ci. L’attente est insupportable. Enfin, vers dix neuf heures la patiente serait enfin arrivée à l'hôpital Tenonbon, en pneumo, chambre 64 ou je me précipite immédiatement.

Je découvre une chambre sordide, dans un désordre indescriptible, vaguement éclairée par une fenêtre de guingois aux vitres encrassées. Lorsque je pénètre dans cet antre moyenâgeux un étudiant en deuxième année de médecine s’acharne à interroger Blondine qui apparemment n’est plus disposée à répondre à des interrogatoires toujours recommencés, toujours les mêmes à chaque intervention d’un nouvel adepte d’Esculape. De plus, blondine souffre maintenant par moments de légère confusion mentale principalement à la vue des tenants du corps médical qu’elle qualifie à présent de monstres froids. Curieusement cette confusion s’estompe lorsqu’elle est en ma présence. Le potache cesse de s’adresser à elle lorsqu’il apprend de ma bouche cette “particularité”.
-Ah! bon ? dit-il. Je note. Depuis combien de temps ?
-Une quinzaine de jours.
Pensant aider le médecin du futur, je lui remet une grande enveloppe contenant les radiographies du poumon et du fémur. Dans un geste désinvolte l’enveloppe atterrit sur une table déjà fortement encombrée et disparaît dans la pile de paperasse. Entre alors dans la chambre une nana faussement décontractée qui se présente comme étudiante en deuxième année (elle aussi) et entame un conciliabule inaudible avec son complice. Je tente bien de parler de ma préoccupation générée par les radios des poumons et du fémur mais je suis stoppé dans mon élan.
-Ca ne m’intéresse pas, dit-elle. Je ne suis pas ici pour ça.
Les deux ostrogoth poursuivent pendant cinq minutes leur conciliabule toujours aussi inaudible puis disparaissent de la chambre. On ne les reverra plus.
Blondine se retrouve seule avec moi et c’est pour elle, l’essentiel. Un sourire lumineux irradie son visage malgré un poids qu’elle dit ressentir sur les pieds. En fait il s’agit d’une couverture roulée en boule qui pèse sur ses jambes. Le lit est dans un état lamentable. Je m’aperçois qu’il y a trois paires de draps les unes sur les autres. Je replie donc quatre draps et entreprend de refaire le lit correctement. Une femme à la démarche lourde, au visage visiblement fatigué et à la motivation apparemment défaillante apporte un plateau de nourriture qu’elle reprend une demi-heure plus tard dans le même état d’esprit et le même état physique. La “patiente” n’a pas mangé, ce n’est pas de son ressort.
L’examen urgent qui doit être pratiqué aujourd'hui ne le sera pas. C'est trop tard. Le lendemain non plus.
-Impossible à réaliser, m'annonce t-on.
Aucune autre explication ne m'est donnée sauf qu’il est envisagé de retrimballer Blondine à Riton Mandar. Il est presque vingt heures et aujourd’hui c’est encore trop tard. On verra ça demain. Je me résous alors, sur les conseils d’une infirmière, à rentrer chez moi.

Empruntant l’ascenseur afin de descendre les deux étages j'appuie sur le bouton qui déclenche un grésillement et l’extinction de la lumière : l’appareil est en panne. Me voila enfermé avec pour tout éclairage une ampoule jaunâtre alimentée par une batterie de secours. J'appuie sur le bouton prévu afin d’appeler du secours et une voix électronique se fait entendre : batterie faible. Il me reste encore un espoir, celui de me faire entendre en tambourinant sur la porte. Je tambourine pendant un quart d’heure. Mais personne ne m'entend. je tente bien de garder mon calme mais une peur panique commence à m’étreindre.
Heureusement, l’après-midi même j' avais entré le numéro du service pneumo sur mon portable et il me faudra bien dix minutes avant de réussir à le composer à cause évidemment du peu d’éclairage. Une femme décroche enfin.
-Je suis coincé dans l’ascenseur à votre étage, dit-je.
-Qu’est-ce que vous faites la dedans?
-Je vous dis que l’ascenseur est en panne et que j’y suis prisonnier.
-Je vais appeler des secours répond-elle. Mais à cette heure-ci il n’y a sans doute plus personne dans le service.
Et elle coupe la conversation sans autre commentaire.
Dix bonnes minutes s’écoulent avant que j' entende une voix de l’autre côté de la porte.
-Il n’y a plus personne au service des secours, répète la voix.
-Appuyez au moins sur le bouton d’ouverture de la porte, on ne sait jamais !
-Oh! vous croyez ?
-Essayez au moins.
Et la porte s’ouvre

- Eh bien, ça vous apprendra. La prochaine fois, vous utiliserez l’escalier, conclue t-elle.


Après plus d’une heure de bus et métro j' arrive chez moi et consulte mes messages téléphoniques dont un me demande de revenir à l’hôpital car ma femme me réclame. Elle veut dormir avec moi. Je repars dans l’autre sens et quand j' arrive à son chevet Blondine est sous oxygène. Il est plus de vingt deux heures.
Ainsi que je l' avais fait l’après-midi, je supplie le personnel soignant d’appeler un médecin.-Il va venir. Il est occupé.
Mais il ne vient pas.
Et puis je suis enfin reçu par deux hommes dont l’un, plus âgé, semble nettement plus occupé à former son externe que de  me prendre  en considération.
-C’est grave, dit-il.
J’en ai conscience mais s’il-vous plaît, donnez-moi des explications.
-C’est grave, répète l’autre.
-Mais encore ?
-Sur un scanner effectué à l’hôpital Riton Mandar on voit trois masses cancéreuses occupant les poumons. Le bobo que votre femme a depuis quelque temps sous le sein est une métastase. Les glandes surrénales sont aussi atteintes. C’est très grave.
Je pense immédiatement à cette radio des poumons que personne n’avait su ou voulu interpréter. L’annonce est terrible, insoutenable. Je suis assommé, impuissant et me réfugie dans le silence. Je parviens à peine à articuler une sorte de remerciement et quitte la pièce pour rejoindre ma femme.

L’ensemble des prestations de tous ces génies médicaux a fini par installer chez moi, un formidable sentiment de culpabilité. Je m'en veux maintenant d’avoir manqué de lucidité afin d’enlever mon épouse de leurs griffes.
Après une dizaine de demandes, un lit d’appoint est enfin installé vers vingt trois heures près de celui de mon épouse.

Nous sommes maintenant allongés, bras et jambes entremêlées. J'embrasse ma femme, lui caresse les épaules, le cou, la poitrine, le ventre, lui dit des mots d’amour. Et je lui ment pour la première fois de ma vie : demain tu passes cet examen et je t’emmène aussitôt à la maison. La respiration de Blondine est courte, un peu rauque. Elle ne parle plus mais je suis persuadé qu’elle m’entend.
Nous allons dormir ensemble, lui dit-je en lui tenant la main. Et je perd insensiblement la notion du temps et des choses. Je suis avec ma femme. Rien d’autre n’existe. Je ne mesure même plus la gravité du moment. Le temps est suspendu.
Et puis, soudainement, je sens une pression sur ma main, comme si Blondine voulait me prévenir de quelque chose. Je sens alors sa main s’éloigner de la mienne mais il y a une sorte d’élastique qui les relient attachées l’une à l’autre. Le fil de caoutchouc s’étire, résiste, et soudainement se rompt. Dans la même seconde la respiration de Blondine s’arrête. Je reprends subitement conscience. Mon épouse est partie.

 Merci à ceux qui m'ont suivi jusque là.

François Ranky

Où la réalité rejoint le rêve et le cauchemar !

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LE LIVRE

 

MA VIE DE SALTIMBANQUE

                                               par Ranky

EPISODE 1

En guise d'introduction
Composé de photos, dessins, documents divers, articles de presse, vidéo, ce blog est la récapitulation de la carrière de magiciens de Ranky et Blondine ainsi que leur actualité.
  
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueLa France est le pays des étiquettes et des catalogues.
Le temps que l'on cherche à me répertorier, je suis déjà ailleurs.
Je mène mon chemin selon mes envies, mes fantaisies, mes propres possibilités, et ma conscience.
                                                                           Ranky

(Photo Magicus)

Années 1975-78 nous créons la petite boutique des magiciens au 86 avenue Philippe Auguste à Paris et au 84, souvent je me rends  dans un bistrot aujourd'hui disparu. Je suis seul au comptoir, comme d'habitude. Un homme est seul, au fond de la salle. D'un geste de la main, il m'invite à sa table. C'est ma rencontre avec un immense poète injustement oublié. Nous parlons pendant une heure, surtout lui. Fascinant ! Ses paroles sont le reflet de mes pensées, comme s'il me connaissait.

 

La Vidéo de l'émission "Le grand échiquier" de Jacques Chancel (1972) : Léo Ferré, accompagné du groupe Zoo a été supprimée. Léo Ferré parlait, entre autre choses, dans le prologue de cette chanson, du rapport entre la poésie et l'argent. Les censeurs ont préféré, pour quatre sous non gagnés, baillonner cet immense poète.Lamentable !

Heureusement il reste la chanson

Pour en savoir plus, cliquez sur ce lien : (durée 5 minutes 16)

http://www.youtube.com/watch?v=QRMJngZ6G5A&fe

magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueForce est de reconnaître que la biographie-express me concernant que l'on retrouve sur plusieurs sites et blogs, en préface de quelques livres ou comme élément inspirateur de quelques reportages radio, télé ou magazines est parfaitement exacte. Et cette vérité satisfait très largement mon goût pour l'honnêteté, la droiture, autant qu'elle conforte la répulsion que j'éprouve pour le mensonge.

C'est avec la même conscience que j'écris la bio-express en hommage à  la femme qui deviendra mienne  :

La biographie de Blondine

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Blondine est née un 27 décembre à Autun, Saône-et-Loire, région Bourgogne située aux portes du Morvan. Déjà, petite fille, elle se distingue par une bouille ronde et facétieuse qui fait l’unanimité. Elle est adorable. Ses parents, Jeannette et Marcel ne perdent jamais une occasion de l’habiller en costume Morvandiau. Et elle adore ça. Dès ses quatre ou cinq ans, comme si le destin semblait déjà lui tracer une ligne de vie publique, c’est au cours d’un grand discours politique qui avait fait se déplacer à Autun, une énorme population bourguignone qu’elle connut son premier contact avec la foule. Jeannette, sa maman, m’a raconté dix fois la scène, non sans fierté : « La place était noire de monde. Nous avions inscrit notre fille à un concours ou elle devait se présenter en costume de morvandelle. Le tribun célèbre descendit du podium afin de choisir celle qui aurait l’infime honneur de poser près de lui sur le fameux calendrier du département. Un silence impressionnant s’abattit sur la place. Et l’homme se fraya un chemin parmi les dizaines de petites filles postulantes, toutes plus mignonnes les unes que les autres, attendant son verdict. Puis le Colonel de La Rocque tourna subitement sur la droite, se planta devant notre fille, lui tendit élégamment la main qui lui donna la sienne. Et tous deux gravirent les marches du podium sous les applaudissement nourris des citoyens.

 

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 Le colonel De La Rocque et Blondine. (Photo reproduction interdite sans autorisation)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 LE COLONEL FRANÇOIS DE LA ROCQUE C'EST QUI ?

François De La Rocque né le 6 octobre 1885 à Lorient et mort à Paris le 28 avril 1946 est un militaire et homme politique et résistant. Dans les années 1930 il devint une personnalité politique de premier plan en tant que président général des Croix de Feu puis du parti social français.

A mon avis, le mouvement Croix de Feu a simplement rendu service aux Français, en leur redonnant le goût d'une mystique nationale, en les détournant du fascisme, de l'hitlérisme et du bolchevisme qui écrasent l'individu sous une sorte de religion de l'Etat.» Tenus en mai 1936, ces propos du colonel de La Rocque rendent assez bien compte des conclusions auxquelles parvient le très long essai que Jacques Nobécourt, ancien journaliste au Monde, consacre au dirigeant des Croix de Feu. En soixante-cinq chapitres assez denses et toujours très informés, l'auteur s'est en effet engagé dans une vaste entreprise de réhabilitation du colonel de La Rocque, reposant sur deux idées principales: l'absurdité de l'étiquette de «fasciste» qui, d'emblée, lui colla à la peau, et le caractère «respectable» d'un projet politique et social fondé sur le «nationalisme chrétien».

Sur le premier point, il faut avec Nobécourt rendre justice à La Rocque qui, de toute évidence, ne fut jamais un «fasciste». Tant au sein des Croix de Feu, association d'anciens médaillés de la Grande Guerre qu'il rejoignit en 1929, qu'à la tête du Parti social français qu'il constitue après la dissolution des ligues en 1936, François de La Rocque ne versa jamais dans la provocation ou dans la sédition. Républicain, légaliste, il dispersa ses troupes avant l'émeute le 6 février 1934, refusa toujours le «chahut» ou l'activisme subversif, récusa officiellement l'antisémitisme et la xénophobie haineuse, et ne professa aucune admiration pour les modèles italien ou allemand. Il n'eut de surcroît aucune fonction officielle sous Vichy, pencha en 1942 vers la Résistance (transmission de renseignements), et fut finalement arrêté par les nazis, qui l'emprisonnèrent de 1943 à 1945. Les véritables factieux, ceux des ligues ou de l'Action française, ne s'y trompèrent pas, qui le vilipendèrent en permanence pour l'inertie de ses «froides queues» (contrepet très prisé à l'extrême droite). L'analyse de Nobécourt est d'autant plus convaincante que, fondée sur une impressionnante masse documentaire, elle restitue avec une extrême minutie la biographie de La Rocque, l'évolution des Croix de Feu, puis celle du PSF.C'est peut-être là d'ailleurs que pêche l'entreprise. Utile pour disculper La Rocque, le souci de l'exhaustivité et le pointillisme qui en résulte masquent l'absence d'une véritable analyse de l'idéologie Croix de Feu, comme si le mouvement, tout à la mystique du Front et à ses principes moraux, échappait précisément à toute idéologie. Or, si La Rocque et ses proches ne furent pas des fascistes, ils donnèrent corps à une philosophie profondément réactionnaire, marquée par le respect des hiérarchies, la discipline, la tradition, la défense des l'Occident chrétien où le rôle de la femme au foyer. Une sorte d'ordre moral où se lit toute la culture politique de La Rocque, fortement imprégnée du culte de l'armée et des chefs militaires, et dont on sent combien il constitua la matrice d'un fascisme virtuel. Ce qui explique pourquoi des Croix de Feu furent mêlés à tous les coups de force (y voir comme Nobécourt l'effet d'un «complot» conjoint de la gauche et de l'extrême droite laisse perplexe). Ce qui explique aussi pourquoi, de Pucheu à Vallat ou Darquier de Pellepoix, bien des chantres de la collaboration avaient transité par les rangs des Croix de Feu. Ce qui explique encore pourquoi La Rocque accepta toutes les mesures de Vichy, de la collaboration «pragmatique» aux lois d'exclusion, et pourquoi, fidèle jusqu'au bout au vieux maréchal, il défendit l'idée que Pétain avait évité le pire.

Source: Dominique Kalifa Libération
 
Une adolescente studieuse et déterminée
Ecole, travail, Blondine sait déjà ce qu'elle veut. Aussitôt son certificat d'études primaires obtenu elle entre en apprentissage dans un salon de coiffure où elle apprend aussi la manucurie et les soins esthétiques. Pendant ses trois années d'apprentissage elle donne des "coups de peigne" les soirs et les week-end à une petite clientèle qu'elle se crée parmi la population féminine Autunoise. C'est ainsi que son apprentissage couronné par un certificat d'aptitude professionnel (le fameux  CAP) elle annonce à ses parents stupéfaits qu'elle possède suffisamment d'argent pour  monter à Paris travailler dans une grande maison de coiffure. Elle ne doute de rien, c'est la force de la jeunesse. Cependant son père qui est très dur avec elle parce qu'il l'aime si fort qu'il pense la protéger ainsi, exige que la maman accompagne sa fille. Blondine qui est une fille respectueuse accepte avec joie.
Le temps de la vache enragée
Bien qu'à l'époque le travail était nettement plus facile à trouver qu'aujourd'hui, il ne faut pas s'imaginer pour autant que celui-ci tombait, selon l'expression populaire, tout roti dans le bec, surtout que notre héroine visait plutôt ce que l'on appelle "les hautes sphères de la société". Elle frappa à différentes portes sans succés jusqu'au jour ou un coiffeur qui souhaitait l'intégrer dans son équipe qui était malheureusement complète lui proposa une place de vendeuse à domicile d'articles de maroquinerie.
Et voilà notre jeune fille chargée en bandoulière d'une valise de démonstration pesant une dizaine de kilogs garnie de ceintures et divers accessoires en cuir luxueux. Elle apprend le dur métier du démarchage à domicile avec ses refus vexatoires, ses claquages de portes au nez, quelques fois des rejets avec insultes, les sandwiches et les oeufs durs au bout des comptoirs de bistrots et souvent, le soir en cachette de sa maman, les crises de larmes dans leur chambre de bonne.
Et puis un matin, miracle, une lettre l'invite à se présenter dans une maison prestigieuse : Carita, qui est aujourd'hui la propriété du groupe l'Oréal. On lui promet la lune. Elle commencera petitement, c'est-à dire shampouineuse et pourra assez vite,  disons deux ou trois mois, selon ses capacités, gravir les échelons jusqu'à devenir coiffeuse esthéticienne, son rêve ! Quatre mois plus tard, elle est encore shampouineuse. Cinq mois plus tard elle est toujours shampouineuse, six mois après aussi. Déjà que ce milieu adepte du rince-doigt et des airs pincés ne plait pas particulièrement à notre patiente candidate voilà qu'elle prend conscience qu'on la met au rang d'une machine shampouineuse professionnelle de moquette, et cela peut durer ad vitam aeternam. Et bien non, elle va réparer elle-même le préjudice que Carita lui fait subir en perte de temps : elle se servira du prestige de la marque qui la trompe pour étoffer son curriculum vitae. Son plus beau souvenir chez Carita est celui de ses collègues car ce sont elles qui lui trouvent son pseudonyme : Blondine.
Elle contacte sous ce pseudo deux directions de salons de coiffure du seizième arrondissement et un à Neuilly-sur Seine en annonçant : je travaille chez Carita et j'aimerai trouver un emploi dans un salon ou je serais plus près de la clientèle parce que j'aime les gens.
Dans le même mois elle reçoit trois réponses positives. Et cette fois c'est-elle qui choisit la place qu'elle préfère et rejette les candidatures des deux autres. Non mais...
Blondine choisit Neuilly. Le salon est d'assez petite dimension. Il est surtout très convivial est fréquenté par une clientèle composée entre autre de commerçants et de femmes de célébrités du spectacle et du sport.
Auguste (toto) Veuillet.
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueBlondine est de suite adoptée par Simone, l'épouse de Auguste Veuillet dit Toto, coureur automobile, premier pilote et importateur de Porsche.
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueCréé en septembre 1961 à l’initiative de Auguste dit Toto Veuillet, l’importateur Porsche et fondateur de Sonauto, le Club Porsche de France  fêtait donc, cette année, ses 54 printemps.
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Toto VEUILLET AUX 24 heures du MANS
(Photo collection privée Ranky et Blondine)
 

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Blondine  entourée de Toto Veuillet et Simone en promenade.
(Photo collection privée Ranky et Blondine)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  Charles Rigoulot
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueMagdaléna Roche, gymnaste, artiste de music-hall et de cinéma, épouse de Charles Rigoulot champion du monde de catch, coureur automobile, artiste de cinéma et de cirque.
 
 
 
 
 
Achille Zavatta
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueMonique, seconde épouse du clown Achille Zavatta et bien d'autres, élargissant ainsi sans le chercher, le cercle de ses connaissances auxquelles elle restera fidèle toute sa  vie.
 
                                                                                          

 
 
 
 
 
 
 
 
Les années défilent. Bien sûr, le petit salon de coiffure disparaitra un jour et comme il est hors de question pour Blondine de replonger dans le milieu sophistiqué de la "grande coiffure" elle étudie la mécanographie et l'informatique ou ses  capacités et bientôt ses compétences lui verront offrir des places très enviées mais manquant une fois de plus de contacts humains sincères.
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueElle se lance malgré tout dans la mise en route des machines Burroughs et IBM où son goût naturel pour la convivialité et le contact avec la clientèle peut se donner libre court.
magicien,illusionniste,prestidigitateur,peintre,musicien,saltimbanqueDe plus, très belle femme, elle possède une classe naturelle d'une simplicité désarmante et elle est rapidement sollicitée pour représenter  dans divers salons nationaux et internationaux, magazines, dépliants et catalogues publicitaires les prestigieuses sociétés qui l'emploient.
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Salon de la porte de Versailles PARIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Blondine1er rang debout à droite. 
 
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 BLONDINE ma partenaire sur scène et dans la vie, le plus grand bonheur qui m'est arrivé.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Blondine "La fleur vivante" entre RANKY et Le chanteur Francis LEMARQUE
 
 
 
 
 
 
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En animation commerciale pour les chaussures SALAMANDER. Salon de la porte de Versailles. Paris
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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LA FLEUR VIVANTE (détail)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Blondine accompagne son magicien de mari qui vient de jouer un bon tour à l'ex-ministre de la Culture Douste Blazy. Salon du livre de Nancy.
 
 
 
 
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Et dans ses numéros les plus déjantés...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 Je voudrais terminer cette bio express sur une note d'humilité, de gentillesse et d'humanité, telle que mon épouse concevait la vie. Mon ami photographe Bernard Thébault avait tout compris et il avait tenu à photographier Blondine pour un reportage paru dans un célèbre magazine, dans sa simplicité, sans artifice, sans maquillage, telle qu'elle était dans la vie de chaque jour, une femme lumineuse.
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Au vu des bio-express de nos deux personnages, comment le destin va-t-il réunir deux êtres, chacun semblant construit pour une vie indépendante et plutôt solitaire. C'est ce que nous allons découvrir au cours des prochaines pages.
 
         
 
 
(Photo Bernard Thébault)
 
 
 
 
 
 
 
 
 EPISODE 2

LES FACÉTIES DU DESTIN

 4148028353.jpgJe suis né à Berck-Plage le 24 décembre 1939 d'une mère bretonne Finistérienne et d'un père ardéchois ce qui fait de moi, du moins je le suppose, un pur produit d'avant-guerre, donc le meilleur qui soit, n’ayons pas peur des mots. Le mélange détonnant de ces origines opposées est probablement à l’origine de ma vocation de saltimbanque.
De mon enfance je garde le souvenir d'un père musicien, accordéoniste, chef d'orchestre, organisateur de bals populaires, ayant débuté en jouant de son instrument, juché sur une chaise posée sur le billard des bistrots de campagne. C'est d'ailleurs ce père facétieux, imaginatif, d'une gaieté maladive, comme le clame aux quatre vents son épouse que nul ne veut entendre, qui m’entraîne à taper sur la batterie de la petite formation musette qu'il a créée dans la région Berckoise.

L'accordéon de mon père.

L'ACCORDÉON.DE MON PÈRE.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est également à cette époque que tout gamin je découvre que les baguettes de batterie pouvent aussi être des baguettes magiques. Et je ne me gêne pas, à la plus grande joie des danseurs, de faire apparaître au cours de mes prestations, un foulard par-ci, une boule par-là. De là à transformer des bongo en boîtes à apparitions de guirlandes ou à utiliser des cymbales qui prenaient feu, il n'y a qu' un pas que j’ai vite fait de franchir.
J’ invente des gags, mon père m’encourage, le public aussi, tandis que ma mère et les maîtres d'école manifestent leur réprobation.

PREMIER IMPRESARIO
Je n'ai pas encore dix ans, lorsqu'un jour, j’ouvre la porte à un impressionnant personnage qui me dépasse en taille d'au moins soixante centimètres. Vêtu d'un pantalon chamarré et d'une veste de clown, du col duquel émerge une tête allongée, aux yeux noirs perçant derrière de monumentales lunettes en écaille, Jean Merlo semble sortir d'une bande dessinée.
De sa grosse et belle voix d’homme sûr de lui, il dit au gamin ébahi que je suis, qu’il m’a remarqué lors du dernier bal communal et que, surpris par mon talent, il souhaite me prendre en mains pour faire de moi un grand artiste, riche et célèbre.
Fils d’un cafetier de Berck, Merlo n’est pas un inconnu. Malgré la réticence de ses parents, il avait transformé le bistrot familial en café-cinéma. Devant le succès mitigé de son entreprise, il s’était alors improvisé imprésario, parcourant la région en quête de jeunes talents.
L’agent artistique a de l’allure et de l’allant : physique avenant, mi-artiste mi-voyou, sourire enjôleur, un brin d’excentricité, un charisme étourdissant. Ayant tout pour séduire la galerie, du gamin à la rombière, de la fille de ferme à la châtelaine, il n’abolit pas la méfiance des paysans et des commerçants réfractaires à ses boniments de saltimbanque.
En tout cas, il m’épate. Il faut bien dire que je ne demande qu’à être épaté ! Prétendant être le plus grand imprésario du Nord Pas-de-Calais; il ajoute dans la même phrase qu’il se propose de faire de moi le plus extraordinaire magicien du XXe siècle !
Cette double allégation certes flatteuse, concoctée par une imagination fertile, exige pour passer du rêve à la réalité, un élément palpable sur quoi asseoir ces certitudes.

PLUS JEUNE MAGICIEN DE FRANCE
images.jpgD’abord un nom qui plaise et accroche le public. Ce détail est réglé sur le champ : mon prénom de jeune prodige étant François, mon mentor l'américanise en l’adoubant "Franky le plus jeune magicien du monde". Cette formule me plait mais me parait tout de même un peu abusive. Il est vrai qu'étant le plus jeune artiste de Berck-Plage j’en suis sans doute l'unique magicien!
Avec une lucidité plutôt étonnante pour mon âge, je coupe la poire en deux, comme on dit : le maître et l'élève tombent d'accord pour : "Franky le plus jeune magicien de France".
L’affabulation sans doute encore bien grosse n’est pas déplaisante pour autant. Il est vrai qui si on n’affirme pas soi-même que l'on est célèbre, personne ne le saura jamais. Et puis, n’est-il pas vrai vrai que chaque magicien est le plus grand magicien du monde ?
Alors, allons-y comme ça ! Il ne reste plus qu'à construire des numéros magiques présentables, ce qui est réalisé en deux mois. Le délai est impératif car l'agent artistique a déjà vendu le programme, avant même qu'il ne soit conçu, à de petites salles communales, des patrons de cafés, et consécration suprême, à quelques cinémas, pour leur jour de relâche.

PREMIÈRE REPRÉSENTATION
La première représentation a lieu à Conchil-le-Temple, village qui compte à l'époque, quelques centaines d'habitants et où la salle du Grand café est bondée : au moins vingt spectateurs. Après ce triomphe, le manager qui posséde un sens aigu de la mise en scène et un peu d'argent, confie à son magicien en herbe le soin d'imaginer un fond de scène beau et pratique et de le faire fabriquer par le menuisier du coin.
Sitôt dit, sitôt fait. Si ma technique ne culmine pas toujours au zénith de la perfection, l’ imagination ne me fait guère défaut.
La troupe qui s'est enrichie d'une chanteuse d' à peine quatorze ans me servant également de partenaire, de deux clowns guère plus âgés, d'un raconteur d'histoires drôles et d'un conteur poète, tous recrutés parmi mes copains d'école se produit dorénavant devant un décor symbolique : quatre cartes à jouer en contre-plaqué de deux mètres de haut sur un mètre cinquante de large, reliés par des gonds, formant paravent.
En plus de leur fonction décorative, l’arrière de ces as géants sert de loge aux artistes lorsqu'ils changent de costume ou ne se trouvent pas en scène.
Je ne suis pas peu fier de ce fond de scène universel qui me permet de présenter ma première invention personnelle, ma première "grande illusion" comme on dit dans le métier.
En effet, l'attraction finale garde tout son mystère dans la région, nul ne parvenant à en percer le secret, ce qui augmente la notoriété de la petite troupe.
Qu'on en juge plutôt. Devant les quatre as, visibles tout au long du spectacle et disposés de gauche à droite dans l'ordre suivant : pique, coeur, trèfle, carreau, est installé un rideau permettant de les dissimuler pendant trois secondes.
Le public se met d'accord sur un ordre différent des as géants, par exemple : trèfle, coeur, carreau, pique. Les deux clowns ferment le rideau durant quelques secondes et à sa réouverture l'ordre des as a miraculeusement changé.
L'effet a beau être répété trois ou quatre fois de suite, jamais les personnes invitées à vérifier le matériel de la scène ne peuvent expliquer le phénomène ou imaginer le truc utilisé.

LES GOLDEN STARS
C'est à partir de cette époque que ma mère commençe à suivre dans ses pérégrinations son satané gamin et à s'interroger sérieusement sur ses capacités bizarres qu'elle n'est pas loin de considérer comme un peu surnaturelles.
A l'âge de douze ans, deux ans après mes débuts, je dirige une troupe baptisée Les Golden Stars, qui ne comporte pas moins de 20 artistes amateurs : clowns, imitateur, comiques en tous genres, chanteurs, pianiste, qui se donnent en spectacle les samedis, les dimanches, les jours de fête.
Les autres jours, chacun mène sa vie comme il l'entend et après avoir obtenu avec bien des difficultés mon certificat d'étude primaire, le fameux CEP de l'époque, j’apprends, sur les conseils de mes parents, le métier d'horloger.
Apprenti horloger, membre junior du club cycliste local, j’ apprends aussi le piano auprès de Mademoiselle Cochet, une vieille dame que je rétribue avec mes gains de manutentionnaire chez un grossiste en fruits et légumes de la ville.
Toujours passionné par la magie, l’illusionnisme, l’étrange et le bizarre, Je m’exerces à faire tourner les tables !

SERVICE MILITAIRE
Cette vie d’artiste et d’artisan, agréable et pleine de surprises, aurait pu se prolonger longtemps, si le service militaire n’était venu interrompre la féerie.
Cette période passée en Afrique du Nord, fut plutôt mouvementée. Forte tête, réfractaire à toute discipline imposée, je connais plus souvent qu’à son tour les douceurs du cachot, les délices du mitard, l’agrément de la compagnie des puces et des morpions ! Amuseur public par nature, magicien devenu soldat par obligation je décide spontanément de m’opposer à la bêtise ambiante en entraînant quotidiennement deux de mes camarades dans des farces entrelardées de facétie et de gags hilarants. Cet attentat au moral des troupes par la voie du rire nous rend tous trois suspects à la hiérarchie et indésirables sur le sol algérien.Cette expulsion programmée vaut aux joyeux drilles que nous sommes, d’être à notre tour victimes d’un curieux tour de passe-passe. Prétextant que trois soldats doivent être mutés en RANKY SOLDAT .jpgAfrique noire, une sorte de tribunal militaire décide de les tirer au sort, présentant à la troupe réunie dans la cour, un sac de toile rempli de petits papiers portant les noms de tous les soldats du camp. Un officier est chargé d’extraire au hasard du mystérieux sac à malices trois papiers soigneusement pliés en quatre.

Par un extraordinaire concours de circonstance, ils portent chacun le nom d’un des trois réfractaires ! C’est ainsi que je suis muté au Congo et débarque à Pointe-Noire avec un arriéré de huit jours de prison à la clé.

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Ranky, rang du milieu, 2ème à gauche.(Photo Ranky)


En Afrique noire l’armée française ne met pas les soldats blancs punis dans la même prison que les autochtones. Refusant tout passe-droit, allant jusqu’à menacer de me donner la mort, plus forte tête que jamais, j’exige de purger la totalité de ma peine, comme les autres !
Opposé à la ségrégation, Je partage donc ma geôle avec des Noirs, découvrant à mes dépens dans un cul de basse fosse les joies de la mixité sociale !
Ce n'est  pas, à vrai dire, l’épisode le plus heureux de ma vie !
A mon retour en France, je choisis la capitale où je fais tous les métiers : photographe ambulant, ouvrier dans une usine de papier, tapissier, vernisseur de meubles, installateur de bureaux métalliques, etc ....

PARIS
Mais voilà que le virus de la magie sommeillant au fond du “mirlitaire” démobilisé se réveille à nouveau, plus virulent qu' avant. Sur les conseils de Sanas, un magicien à la retraite qui avait beaucoup bourlingué, je désaméricanise mon nom Franky, qui devient Ranky en supprimant le F.

UNE SCÈNE PORTATIVE
Parallèlement à l’exercice de mes "trente six métiers, trente six misères", je fabrique une valise en bois de 60 cm sur 40 et 25 de haut, en forme de podium, que je présente à mes spectateurs, après être monté dessus, comme "la plus petite scène du monde"
Ce gag déclenche immanquablement les rires et les applaudissements de l’assistance. Je n’attend pas plus de succès que cela pour me lancer dans la grande aventure.

 Un mini-rideau de scène, un éclairage succinct et un magnétophone s’escamotent dans la valise. Une fois le matériel rangé en cinq minutes, il n’y a plus qu’à prendre le métro pour se rendre d’une représentation à une autre.
A l'aide de ce matériel démontable je me lance dans les séances de "bistrots" où je fais la "manche", organise des tombolas entre les numéros d'illusion présentés et, au cours
desquels, pour la plus grande joie des spectateurs, ce sont toujours les chauves qui gagnent des peignes.

                                                Vincino dans son fameux numéro du spectateur magicien malgré lui.

COUPURE PRESSE RANKY VINCINO.jpg

VINCINO 6.jpg

 

L'illusionniste Vincino s'est lancé, lui aussi dans les séances de bistrot et a à son actif un modeste fichier d'une quinzaine de  lieux de représentation ce qui est largement insuffisant pour espérer vivre de son art. Quand à moi, mes clients n'arrivent pas au chiffre dix, ce qui est pire encore pour espérer faire chauffer la gamelle. Nous avons alors l'idée d'additionner notre clientèles quitte à gagner moins mais à augmenter le nombre de représentations. Le démarchage devient ainsi plus productif notre programme étant plus riche.

Vincino me conseille, l'ayant fait lui-même, de passer l'examen obligatoire à l'époque, du Ministère de l'Education Nationale pour donner des spectacles  aux enfants des écoles, ce que je fais avec succès. Nous pouvons ainsi en quelques mois constituer un fichier suffisamment bien garni pour donner pratiquement deux séances d'illusionnisme de bonne tenue pédagogique par semaine tout au long de la période scolaire  annuelle.

VINCINO 4.jpgUne grande partie du temps restant est consacré à tenter de mettre au point chacun une tournée de spectacle dans les hôtels de cure thermale, personnellement dans toute la région vosgienne, sur les conseils d'un ami magicien Billiman et de son épouse et partenaire Luce Nora qui souhaitent se retirer du circuit, et Vincino avec les conseils de notre collègue José Garcimore qui galère depuis déjà près de vingt ans dans le métier et n'est pas encore la grande vedette que tout le monde connait maintenant.

Mon but est d'organiser et obtenir une totale indépendance en devenant un artisan de l'illusion.

Mon ami Vincino et moi faisons partie du cercle magique French-Ring. Aussi passionné l'un que l'autre nous oeuvrons même un certain temps dans le bureau de l'association et même si je connais quelques désillusions quand à certaines relations un peu sèches avec certaines stars du club,  ce qui perdure d'ailleurs encore aujourd'hui dans leur cervelle étriquée prouvant ainsi  que les imbéciles ne changent jamais d'avis, cette période reste pour moi un grand bonheur. Nous ne sommes plus tout à fait en culottes courtes mais tout de même des gamins facétieux, inventifs et souvent inventeurs de nouveaux tours et gags destinés à déchainer les applaudissements de spectateurs à venir, et à faire de nous tous les futures stars de la magie, ce qui s'est d'ailleurs s'avérera exact pour quelque-uns d'entre-nous. Bien sûr, je quitterai un jour ce cercle d'amis afin d'honorer mes contrats d'artiste passé au rang de professionnel mais j'ai toujours une pensée émue pour mes camarades qui me le rendent bien.

MYSTAG 1.jpgJe pense souvent à mes collègues disparus et particulièrement à l'un d'eux, Mystag pour qui j'avais beaucoup d'estime et pas seulement parce qu'il était décrié par une certaine catégorie de magiciens aigris et jaloux qui apparemment n'ont pas encore compris aujourd'hui que la  notoriété qu'il avait acquise l'avait été à force de courage et de travail. Bien sûr c'est beaucoup plus facile de se mettre à l'abri du besoin en pratiquant un métier alimentaire, si je puis dire, et de faire le magicien des dimanches et des jours de fête en cassant les prix pour se faire engager sans se soucier du préjudice causé aux artistes professionnels.

 

MYSTAG ET DANIELLE FRANCOIS.jpgMystag était coiffeur de métier et plutôt que d'acheter un salon de coiffure il avait préféré  investir dans du matériel de scène  et organiser un circuit de travail, quitte à forcément gagner moins d'argent mais au moins à satisfaire son goût pour l'art magique. Pour avoir connu moi-même les difficultés à vaincre afin de devenir un saltimbanque respectable  mon respect envers cet homme demeure indéfectible.

MYSTAG AFFICHE 1.jpg

 Mystag, qui luttait contre les charlatans de la voyance et des phénomènes paranormaux en général et avait aussi monté un comité de défense de l'illusionnisme, et moi qui cherchait plutôt à démêler le vrai du faux dans ce même domaine et n'ayant toujours pas compris de qui et de quoi il voulait défendre l'illusionnisme, était respectueux des idées de chacun. Jamais notre amitié n' à eu à pâtir de divergence d'opinion.

Lui aussi a construit sa vie avec son épouse, Danielle François une très belle femme, heureuse de partager toute son existence avec son artiste de mari.

MYSTAG 8.jpgJe ne résiste pas à vous raconter les circonstances extraordinaires de son décès qui ne sont peut-être que des coïncidences  mais qui n'en demeurent cependant pas moins troublantes.

Par une fin d'après midi printanière je reçois un coup de téléphone de notre ami Mystag.

-Mon cher ami, pourriez-vous me rendre un service. Je suis très contrarié car je dois assurer un spectacle en province  demain avec le numéro du couteau à travers le bras. C'est sur le contrat et j'ai cassé mon couteau. Je pourrais le ressouder mais je ne sais pas pour quelle raison il m'est impossible de supporter la flamme du chalumeau. Ce n'est pas un éblouissement mais une sorte de malaise qui me gagne dès que je l'allume. Je ne comprends pas. Pouvez-vous faire cette réparation ?

-Aucun problème Mystag, venez demain après-midi.

Et comme convenu, le lendemain, notre ami est à la maison.

Le travail n'est pas compliqué et j'ai toujours en mémoire la scène où j' installe son matériel sur le rebord en béton d'une jardinière. Je présente une allumette près du bec du chalumeau, la flamme jaillit et s'éteint instantanément dans un claquement sec. Je m'aperçois que notre ami Mystag a détourné la tête avec une petite grimace à l'apparition de la flamme.

-Qu'est-ce qui arrive  lui demande t-il ?

-Je ne sais pas, je ne supporte pas le feu. Ça fait plusieurs jours que c'est ainsi.

Effectivement pendant toute la durée de la réparation, Mystag n'a pas pu, malgré ses tentatives supporter la vue du feu.

Mystag dans un numéro de feu. (Photo Ranky)

MYSTAG 18.jpg-Je ressens une sorte de mal-être, au point que je m'interroge si je vais être capable d'assurer demain mon numéro de mangeur de feu. Bon, faudra bien, je fermerais les yeux s'il le faut.

Le lendemain, Mystag et son épouse  sont sur une route de Normandie en vue de rejoindre la salle de spectacle où ils doivent donner leur récital de magie. Arrêtés au stop d'une départementale, le destin les attend. La voiture s'engage prudemment sur la nationale quand un camion citerne déboule à toute allure et percute violemment la voiture. Sous le choc d'une violence inouie le camion s'enflamme instantanément, la citerne explose littéralement et la voiture s'embrase. Par un miracle extraordinaire Danielle François est épargnée. Mystag est carbonisé. Ses malaises à la vue du feu étaient-ils la matérialisation d'une prémonition ? Personne ne peux pas apporter de réponse à cette question.

Et comme pour confirmer cette hypothèse Mystag a été incinéré et repose au columbarium du Père Lachaise. à Paris.

EPISODE 3

SIGNES ET RENCONTRES "MYSTÉRIEUSES"
Ma vie est pleine de “signes et rencontres” qui m’ont profondément marqué. Je ne résiste pas, pour la bonne compréhension de ma rencontre avec la femme qui deviendra mienne de vous narrer quelques unes de ces rencontres incroyables et profondément mystérieuses. Les anecdotes qui suivent sont rigoureusement authentiques et on comprend aisément que celles-ci aient pu influencer fortement ma personnalité et pour le moins, m’obliger à me poser quelques questions.
Durant ma carrière d’illusionniste, je rencontre évidemment de très nombreux artistes, ce qui est normal. Ce qui l’est moins c’est que ces “signes et rencontres” qui se produisent dès mon adolescence sont fortuits et aucunement liés à l’exercice de mes occupations du moment. Pourtant, il est remarquable de constater que ces anecdotes concernent toujours des artistes de toutes catégories auxquels je voue une admiration sans borne.

MAXENCE VAN DER MEERSCH.

Tout jeune adolescent, je suis mis en présence dans une pâtisserie de l’écrivain Maxence Van der Meersch qui se soigne à Berck. Cette rencontre est auréolée de mystère. En effet, l’immense écrivain, accompagné de son épouse et de sa fille Sarah, sont attablés dans les salons de “l’Impératrice” quand je pénètre dans les lieux, porteur d’un mot destiné à la fille des patrons de la célèbre pâtisserie Berckoise. Sans un mot, je me dirige vers Maxence Van der Meersch que je ne connais pas, je l’avais jamais vu auparavant et n’avais jamais entendu parler de cet homme pourtant célèbre. Je me plante devant la table, comme tétanisé, l’enveloppe à la main. Sans un mot non plus, Van der Meersch, qui ne me connaît pas plus me prend l’enveloppe des mains, au moment même où la fille de la maison apparaît au fond du salon, et la lui remet sans prononcer une seule parole. Je tourne alors les talons et quitte la pâtisserie. La missive est passée de main en main sans qu’une seule parole soit prononcée de part et d’autre, à moins qu’il ne s’agisse d’un phénomène de divination ou de télépathie
Une autre fois, jeune apprenti horloger, je livre les montres réparées en atelier à la boutique de la rue de la mer. Maxence Van der Meersch est présent, impérial, tenant un discours devant mon patron horloger subjugué. J’ouvre le coffret et renverse son contenu, une quinzaine de montres desquelles j’en extrait deux que je fait glisser sur le comptoir en direction de Van der Meersch. Chaque montre portant un numéro, il était impossible, sans le cahier correspondant, d’en connaitre le propriétaire. Et pourtant, ce sont les deux montres que je venais de poser devant leur propriétaire.
Après le départ de Maxence Van der Meersch j’étonnerai encore mon patron en lui annonçant : je ne connais pas le nom de ce monsieur, c’est trop compliqué. Mais si je ferme les yeux, je le vois en train d’écrire. Il écrit tout le temps, C’est un écrivain.
Après la mort de cet auteur, je verrai passer entre mes mains plusieurs autres montres qu’il avait laissées à l’horlogerie Marc Duplessis pour que nous les réparions.

BIO EXPRESS : Maxence van der Meersch.jpgMaxence Van der Meersch écrivain est né à Roubaix le 4 mai 1907 et décédé le 14 janvier 1951 au Touquet. Il exerce très peu son métier d’avocat et décide de vivre de sa plume en consacrant son oeuvre à la description de la vie des gens du Nord.

MAXENCE  VAN DER MEERSH  2 ET SA FEMME.gifEn 1934 il épouse une ouvrière après cinq années de concubinage, Thérèze Denis, qui sera l’unique amour de sa vie et la clef de la compréhension de son oeuvre.
Prix Goncourt en 1936 pour son livre “L’empreinte du Dieu” et prix de l’académie française en 1943, il est l’auteur de 15 romans dont “Corps et âme “qui sera traduit en 13 langues.
Cet auteur connaît un énorme succès de son vivant. Il est aujourd’hui injustement presque oublié.
Son roman intitulé “La maison dans la dune fût porté au cinéma en 1988 par Michel Mees.

 GROCK
A la même époque, Grock, le célèbre clown en tournée à Berck vint à la boutique porter ses montres à réparer. Touché par mon dynamisme et l’admiration que je lui porte, Grock me dit qu’avant de devenir artiste de cirque, il avait failli devenir horloger ! Je ne suis pas peu fier lorsque qu’il demande à mon patron de confier le travail à l’ apprenti que je suis !
- Avant que votre excellent jeune ouvrier n’abandonne l’horlogerie pour devenir artiste, lança Grock, la bouche fendue jusqu’aux oreilles.
Mais quelle émotion lorsque cet immense clown me fixant droit dans les yeux m’ octroie, rien que pour moi tout seul son extraordinaire et célèbre :”sans blâàâgue” avec cette voix grave et profonde qui faisait trembler tous les chapiteaux.

GROCK.jpgBIO EXPRESS : Grock, clown musical est né le 10 Janvier 1880 en Suisse. Il décède le 14 Juillet 1959 en Italie.
Tour à tour professeur de français, ouvrier dans une fabrique d’instruments de musique, caissier dans un cirque, accordeur de piano, il fait ses débuts d’artiste avec le clown Brick. Leur duo se nomme tout naturellement “Brick et Brock”. Mais pour ne pas tomber dans la facilité il change le nom Brock en Grock.
Grock obtient le succès avec tout ce qu’il touche. Les numéros auquels il participe connaissent le triomphe. En 1914 “l’Olympia” est au bord de la faillite. Il est engagé, le succès est immédiat, “l’Olympia” est sauvé.
Le musicien Léon Silbermann souhaite une association commerciale et artistique avec Grock. Affaire conclue, une maison d’édition “L. Silbermann and Grock” est fondée pour laquelle Grock écrira 2500 chansons.
Grock participe à des tournées mondiales. Partout son extraordinaire talent est reconnu : Grande Bretagne, Italie, France, Allemagne, Hollande, Russie, Amérique...
Il parlait couramment six langues, jouait de 24 instruments.
Il était également sourcier-radiésthésiste et aussi inventeur. Il a fait construire une scène de cirque tournante de 9 mètres de diamètre qu’il installait dans son chapiteau à quatre mats de 4500 places et qui permettait de voir les attractions de tous les côtés à la fois.
Il a eu l’idée de l’accordéon à touches-piano construit par la société Hohner et mis au point une machine à mélanger les cartes à jouer ainsi que bien d’autres inventions, toutes à l’image d’un homme de génie.

GÉRARD SÉTY

GERARD SETY.jpgLe spectacle itinérant de Radio-Luxembourg affiche son programme pour la saison d’été des plages. Encore tout gamin à l’époque, pour rien au monde je n’aurai manqué ce rendez-vous, moi qui travaillais mes projets magiques pour devenir artiste.

  1. La troupe avait investi le quartier de la gare routière de Berck, ma ville de naissance. Des camions encerclaient la place et faisaient un écrin au véhicule-podium central qui allait bientôt accueillir les artistes.
    Les hauts parleurs diffusaient des musiques joyeuses, des annonces vantant les talents des artistes et les projecteurs magnifiaient les lieux.
    La foule remplissait rapidement la place mais j’étais déjà au premier rang depuis au moins deux heures. J’avais même réussi à me poster près du passage par où les comédiens, regagneraient leur loges après leur prestation.
    21 heures, l’heure magique. Le podium s’illumine, un accordéoniste chamarré emballe la foule dans une houle sonore éblouissante. Je suis enchanté : chanteurs, mimes, raconteurs d’histoires défilent à tour de rôle dans le programme entrecoupé de gags et de jeux.
    Gérard Séty jokey (Photo DR)

GÉRARD SÉTY JOKEY.jpgEt puis, soudain, une révélation. Un bonhomme singulier débarque sur la scène. Un pitre-poète! Pierrot, Arlequin, Guignol, conteur, raconteur, il est tout en même temps. L’homme se déshabille, s’accoutre, enfile un tee-shirt comme un pantalon, se fait un chapeau d’une cravate. De ses propres habits attachés, pliés, froissés, roulés en boule, transformés, naissent des personnages : un ouvrier, un avocat, Don-Camillo, un coureur cycliste, un toréador. L’artiste commente ses créations dans l’autodérision. C’est irrésistible, inénarrable, tout simplement génial. Je suis ébahi, transporté, subjugué, émerveillé par une pureté magique.
“L’homme qui zappe avec ses fringues” termine transformé en jokey... avec son cheval... et quitte la scène sous des applaudissements infinis.
Il va passer devant le gamin ébloui qui ne doute de rien et l’interpelle :
- Monsieur, monsieur, le jokey ?
Et le jokey se plante devant moi, Je parviens à articuler quelques mots qu’il avale, les yeux tout ronds, peut-être surpris par le culot du gamin.
- J’apprends à être artiste. Je recommence beaucoup mes tours de magie. Est-ce que c’est comme çà qu’il faut faire ?
- Oui, c’est comme çà qu’il faut faire, travailler. Et un jour, quand je serais vieux, c’est moi qui viendrait vous applaudir.
Et il s’éloigna en mettant son cheval de chiffon au galop.

Je ne revis plus jamais Gérard Séty, sauf au cinéma et à la télévision, jusqu’au jour où le père Jean Barthélemy, aumônier du centre médical de Forcilles qui organisait des spectacles pour les pensionnaires, m’appela afin de donner mon récital de magie.
- Il y aura Gérard Séty, en convalescence, m’annonçe t-il tout joyeux.
Ces mots réveillent en moi instantanément mes souvenirs d’enfance. Incroyable ! Depuis la tournée RTL de passage à Berck-Plage, Gérard Séty avait bourlingué à travers le monde, ma femme et moi également. Nous avions tous connu les lieux de spectacle depuis le plus petit village de France jusqu’au plus grand théâtre d’Italie, du Maroc ou des USA... pour nous retrouver dans un centre hospitalier perdu en pleine nature du Val de Marne.

15 heures, l’heure magique. La salle est bondée et bourdonne de la rumeur impatiente des spectateurs. Les guéridons chargés des accessoires magiques donnent à la scène tendue de rideaux rouges un côté mystérieux et je sais que Gérard Séty, installé dans la rangée de droite, soupçonne la présence de l’oeil de l’artiste épiant le public, tel que nous le faisons tous, par le trou secret pratiqué dans le rideau. L’homme attend les trois coups, apparemment heureux.
La particularité de notre spectacle est qu’il s’agit d’un récital, c’est-à-dire du passage en revue d’une multitude de techniques illusionnistes : cartes, boules, cordes, liquides, fleurs, soieries, phénomènes extrasensoriels etc... et non pas d’un simple numéro de prestidigitation.
En tout cas cette formule semble plaire à Gérard Séty qui vient, au final, nous féliciter et nous dire sa joie.
- C’est incroyable, un tel nombre d’effets, mais comment faites-vous ? Je n’ai jamais vu ça ! C’est magnifique !
- Je tiens le secret d’un très grand artiste, que j’ai croisé à Berck-Plage au cours d’une tournée des plages du podium RTL et qui m’avait dit, déguisé en jokey, son cheval de chiffon étant témoin :”Il faut travailler”. J’ai simplement retenu le message.
Le sourire de Gérard Séty s’élargit encore un peu. Puis il s’éloigna après nous avoir encore applaudi, tout seul, et disparut par la petite porte du fond en nous gratifiant d’un dernier signe de la main.

GERARD SETY 1.jpegBIO EXPRESS : Gérard Séty, comédien parodiste, né le 13 décembre 1922 à Paris et décédé le 1er février 1998 à Maisons Laffite. Il débuta très jeune dans les cabarets parisiens. Créateur d’un numéro de transformisme qu’il donna dans le monde entier pendant cinquante ans, et qu’il ne cessa jamais de peaufiner, il fût surnommé “L’homme qui zappe avec ses fringues”. En se servant de ses propres éléments vestimentaires : cravates, chaussures, chapeaux, il créait des personnages et des animaux. Reconnu unanimement par les plus grands artistes et tous les publics, ses spectacles touchaient souvent au génie.

 

 GERARD SETY2 .jpgIl fût aussi comédien de théâtre et tourna dans 30 films pour le cinéma et la télévision : Le rouge et le noir, Les espions de Henri Georges Clouzot, Van Gogh de Maurice Pialat, Les visiteurs de Jean-Marie Poiré...
Frédéric Séty a créé un site officiel à la mémoire de son père.

JACQUES BREL
JACQUES BREL 1.jpegBase aérienne de Cambrai-Epinoy. Je termine le supplément de mon temps de régiment dû à cause de mes nombreuses journées de « gniouf » et tente des escapades de permission dès que je ne suis pas à nouveau à l’ombre des cachots militaires Cambraisien.
Ce vendredi est pluvieux, glacé, et je progresse en faisant de l’auto-stop sur la route déserte qui mène d’Epinoy à Cambrai où je dois prendre le train.
Enfin une voiture s’arrête dans un bruit de ferraille, une 2 cv au bord de la retraite. Indifférent à la pluie qui redouble un homme dégingandé sort du véhicule pour ouvrir la portière côté passager.
- Monte, mon gars.
La voiture redémarre. Le moteur ronronne depuis dix minutes lorsque la voiture tousse deux ou trois fois et s’arrête.
- C’est rien, fait le conducteur. C’est le carbu. Il ouvre le capot, bidouille dessous, et on repart. La pluie cesse subitement de tomber. Alors, le conducteur entame la conversation.
- Alors, comme ça, tu es aviateur ? Tu pilotes ?
Mais volubile, le conducteur n’attend pas les réponses et enchaîne :
- Moi, j’aimerais bien piloter un avion, mais j’ai pas les moyens, plus tard peut être, quand je serai riche. L’armée, tu vas en faire ton métier, non sans doute. Moi je voudrais faire des chansons, mais avec la gueule que j’ai c’est pas facile. En ce moment, je suis représentant, et en fin de semaine des amis m’emploient comme barman, enfin je fais un peu de tout. Et toi que vas-tu faire ?
Je n’ai pas le temps de répondre : “ boum-boum- ploc-ploc-ploc.
- On est crevé dit en riant le conducteur,
Je riais aussi tout en me demandant si nous allions arriver à Paris avant la fin de la permission. Changement de roue dans un calme impressionnant, et une bonne humeur sous-jacente, témoin le sourire fendu jusqu’aux oreilles du mécano improvisé.
- Oui, alors, que vas-tu faire, après le service militaire ?
- Je fais le magicien, j’aimerais devenir professionnel.
- T’as raison. Toi tu peux. Je le sais. Je le vois. Tu verras. Moi chanter, je ne pourrai pas. En plus avec mon nom, c’est râpé, grillé, carbonisé : je m’appelle “Brel” et dans le nord- Pas de Calais, tu le sais, on dit “con comme une brêle” Ha ! Ha ! Ha!.
Pour l’heure, la représentation, ça marche. Cà m’emmerde mais çà marche ! Je vends du carton. Je vais peut-être élever des poules. J’aime bien les poules. Ah ! si, je chante, un peu, à Montmartre, mais les gens s’en foutent, ils bouffent.
Aux portes de Paris, nous prenons deux cafés puis nous nous séparons sur une chaleureuse poignée de mains .
Le grand bavard d’automobiliste a pour nom Jacques Brel. A l’époque il donne un coup de main dans un cabaret de Montmartre.
Le petit aviateur deviendra Ranky.

Jacques Brel (Photo DR)

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BIO EXPRESS : Jacques Brel, auteur, compositeur, chanteur, né le 8 avril 1929 près de Bruxelles et décédé le 9 octobre 1978 à Bobigny. Sans avoir étudié la musique il compose des mélodies sur le piano et la guitare.
A partir de 1952 il compose ses premières chansons, textes et musique, qu’il chante à sa famille qui tente de le décourager à suivre cette voie.
Il se rend souvent à Paris en 1953 et loue une chambre d’un confort limité à l’hôtel Stevens à Pigalle. Les temps sont très durs et le succès ne commencera à poindre qu’en 1956.
Jacques Brel est auteur de près de deux cent chansons.
Prix de l’académie Charles Cros en 1958.
En 1966, en pleine gloire, il abandonne la chanson pour se consacrer au cinéma pour lequel il tournera une dizaine de films.

JUNIE ASTOR (Photo magazine Mon film)

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Je ne suis pas peu fier pas de ma dauphine bleue, ma première voiture, une quatre vitesses, sportive, nerveuse, rapide, que j’ai hâte de conduire sur route, au cours d’un long trajet afin d’en apprécier toutes les qualités. Cette occasion m’est donnée par une copine d’enfance qui envisage de se rendre dans la région grenobloise pour affaire. Disposant moi-même de quelques jours, je propose donc à Louisette de passer par Paris d’où nous pourrions partir dans ma belle auto d’occasion.
Affaire conclue le voyage tient ce que j’espèrais. La route du retour s’annonçe aussi agréable . La radio de bord déverse en sourdine ses chansons et nouvelles. Le temps est beau et chaud, les paysages bourguignons magnifiques.
Mais depuis un certain temps, la circulation est légèrement ralentie. La vitesse générale se situe entre 60 et 70 km à l’heure, mais peu importe, la joie est dans l’air.
Avant notre départ de Paris n’ayant pas pu voir le dernier film de Junie Astor, cette grande vedette que je tiens en admiration nous nous promettons de nous rendre à cette séance dès notre retour. Surtout moi... Je connais une bonne partie de la filmographie de cette actrice et suis plutôt prolixe sur sa carrière, ses projets, au point que je semble à certains moments, fatiguer ma compagne de route avec mes commentaires. Je lui serine plusieurs fois :
- Je suis sûre de la rencontrer un jour. Je ne sais pas pourquoi je dis cela, mais je le sais.
Le long convoi des véhicules continue à s’écouler en direction de Paris sur une nationale 6 à trois voies de circulation qui me parait bien dangereuse car les véhicules pouvent doubler dans chaque direction.
Aussi, cela fait dix minutes que je reste bien sagement derrière un gros camion bâché qui me barre l’horizon.
Malgré les véhicules qui défilent dans la circulation d’en face, une 404 Peugeot entreprend de me doubler. Il n’y a ni cesse ni fin qu’elle puisse prendre ma place derrière le camion. J’entends ses coups de klaxon impatients ! Je serre donc bien sur ma droite et laisse passer cet imprudent.
Et c’est à ce moment qu’une explosion effroyable retentit, accompagnée d’un nuage étincelant de débris métalliques , comme un feu d’artifice qui monte dans le ciel a au moins 20 mètres sur le côté gauche et au-dessus du camion.


L’avant broyé de la Maserati (photo DR)

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La 404 qui vient de prendre place devant ma Dauphine part en vrille et disparait dans l’explosion.
Un bolide de course, venant de Paris, une Maserati, voulant doubler sa file de voiture s’est soudainement trouvée derrière une autre voiture qui doublait aussi. La vitesse de la Maserati est telle qu’elle ne peut plus ni freiner ni se rabattre. Le chauffeur s’est donc engagé sur la chaussée de gauche au moment précis ou un camion surgit en sens inverse. Le choc est inévitable. Le camion se met à zigzaguer, navigue sur toute la route, puis se renverse en travers laissant échapper une multitude de melons qui éclatent sur le bitume. La scène est hallucinante. Le bruit insoutenable dure des secondes interminables. Je freine mon véhicule par à coups, en serrant sur le côté droit. Louisette était tétanisée.
Un silence s’installe, lourd, presque irréel. La vision est dantesque. Plus rien ne bouge. Le temps est suspendu.
Ranky est le personnage de gauche du groupe (Photo DR)

RANKY EST LE PERSONNAGE DE GAUCHE DU GROUPE.jpg

 Alors, des gens émerge des voitures stationnées des deux côtés de la route. D’autres bougent dans des amas de ferraille. Les passagers de la 404 sont tous grièvement blessés. Le chauffeur du camion erre de point en point, perdu dans un cauchemar.
Des personnes s’agitent, tente de secourir des voyageurs. Je les rejoins et arrive rapidement près de la Maserati. Tout l’avant du bolide est pulvérisé. Le long moteur est broyé, fumant. Les deux sièges de la décapotable sont vides. Seule, une chaussure est coincée sous une pédales. Les deux passagers ont été éjectés à une dizaine de mètres. L’homme a une jambe arrachée. Il est mort, tué sur le coup.

Le camion renversé (photo DR)

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Et puis je vois la femme, couchée sur le dos, la jupe relevée jusqu’au pubis, une blessure en haut d’une cuisse, et une bosse énorme sur le front qui a doublé de volume.
Soudain, je reste perturbé en regardant ce visage, comme s’il s’agissait d’un membre de ma famille, ou d’une amie. Je connais cette femme. J’en suis sûr ! Je saisis son poignet pour tâcher de distinguer le poul... rien ! Je pose mes mains de chaque côté du cou pour détecter un battement cardiaque... rien ! Elle a été tuée sur le coup, elle aussi.
Quelqu’un apporte une couverture et nous recouvrons le corps.
Un autre homme vient d’arriver, équipé d’un appareil photo. Il se met à prendre des clichés, fébrilement. Je remonte dans ma voiture et parviens à quitter les lieux non sans difficultés.
En bas de la côte nous atteignons Sainte Magnance où nous nous réfugions dans un petit restaurant, incapables de reprendre de suite la route. Le visage de cette femme morte ne quitte pas ma mémoire. Je la connais, c’est sûr !

La 404 accidentée.(photo DR)

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Ce n’est que bien des heures plus tard que nous apprenons l’identité des deux passagers de la voiture de sport : l’homme s’appelait John Simone. Il était exportateur des voitures Maserati pour la France et sa compagne, tuée en même temps que lui, en cette après-midi du 22 Août 1967, était la célèbre actrice de cinéma de l’époque : Junie Astor. (Photo DR)

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Une coïncidence étrange a lieu en cette fin du mois de Juillet 2010 alors que j’écris ces lignes. L’homme qui prenait les photos le 22 Août 1967 était à l’époque de l’accident, gérant de la station service de Sainte Magnance.
Par un hasard incroyable, plus de 40 ans après l’accident, il met en ligne ces photos sur un site internet consacré aux accidents spectaculaires de la route. C’est ainsi que par hasard, encore, je tombe sur celles-ci, moi, dont les accidents de voitures photographiés ne constituent pas vraiment ma passion première.
Je découvre en cette année 2010, ébahi, être le jeune homme que l’on voit près de la Maserati sur une de ces photos.

BIO EXPRESS : Junie Astor comédienne française née à Marseille le 21 décembre 1911 et décédée à 55 ans le 22 août 1967 dans un accident de voiture.

Junie Astor et Jean Gabin dans Les bas-fonds

images.jpgJunie Astor tourna dans 55 films sous la direction des plus grands réalisateurs de l’époque : Jacques Deval, Jean Renoir, Henri Decoin, et en compagnie de célèbres acteurs : Fernandel Raimu, Danielle Darieux, Claude Dauphin, Jean Marais, Madeleine Sologne, Louis Jouvet, Jean Gabin, etc. Elle était l’épouse du réalisateur Bernard Latour avec lequel elle devint productrice de la société Astor films. Elle dirigea deux salles de cinéma sur les grands boulevards parisiens l’Astor et le Rio-Opéra.

MICHEL SIMON (Photo DR)

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De tous les artistes Michel Simon est indéniablement celui à qui je voue la plus grande admiration. Manquant assez souvent d’argent pour m’offrir une place de cinéma, alors âgé de treize ou quatorze, ans je réussis à me faire engager les samedis et dimanches comme placier au Rex de Berck-Plage, à seule fin d’admirer mon idole.

Lorsqu’après le régiment je “monte” à Paris où je loue un deux pièces minuscule au 17 faubourg Saint Denis, je suis loin d’imaginer que je rencontrerai l’idole de mon adolescence.
Michel Simon loue une chambre de “dépannage” passage du Prado, exactement en face de chez moi. Une rencontre semble donc fort possible et pas extraordinaire en soi. C’est la suite des événements qui l’est.
Faisant mes courses auprès des innombrables marchands de quatre saisons de la porte Saint Denis, je reste soudainement tétanisé devant un personnage imposant, habillé d’un long manteau et tenant un sac à provisions bien fatigué. L’homme est parfaitement immobile, comme statufié, et me semble sur le moment mesurer pas loin de deux mètres. C’est Michel Simon.
L’acteur doit ressentir mon émoi et c’est là que l’inexplicable se produit. Pourquoi m’adresse t-il la parole alors qu’il ne me connait pas ? Pourquoi m’invite t-il à le suivre jusqu’à un bistrot situé de l’autre côté de la porte Saint Denis, l’Ecrevisse, ou nous nous rendrons ensuite assez souvent ? Pourquoi s’est-il mis en tête de me présenter ses copines prostituées, de me raconter comment il a “fait” le clown à ses débuts, servi de compère à un prestidigitateur, de me parler de sa collection de montres, de ses séjours en prisons militaires (comme vous, me disait-il) Incroyable ! Il ne sait rien de moi et me parle des passions qui m’habitent : les clowns, la prestidigitation, l’horlogerie.
Le mystère demeure total.

6a01310f5e9dae970c0133edb0ee1a970b-800wi.jpgBIO EXPRESS : Michel Simon est né le 9 avril 1895 à Genève. Il décède le 30 mai 1975 à Bry sur Marne. Très jeune il abandonne ses études et “monte” à Paris où il loue une chambre à l’hôtel Renaissance, rue Saint-Martin dans le 10ème arrondissement. Il exerce de nombreux métiers pour subsister: professeur de boxe, vendeur de briquets à la sauvette, assistant d’un magicien, clown, photographe etc. Il s’instruit en lisant un nombre phénoménal de livres et deviendra ainsi une encyclopédie vivante de Courteline.
Appelé à l’armée il passe le plus clair de son temps en prison militaire pour le motif : indiscipline chronique.
En 1915, assistant à une pièce de Georges Pitoëff, il décide sur le champ qu’il sera comédien, ce qu’il deviendra en débutant en 1920 chez....Pitoëff qu’il quitte au bout d’un an pour se lancer dans le théâtre de Boulevard.
A l’époque du cinéma muet sa laideur fait merveille et il joue de son corps avec une géniale virtuosité. L’avènement du cinéma parlant sera une autre révélation : son timbre de voix et son élocution rajoute encore à son physique et son jeu d’acteur incroyables.
Michel Simon tourna dans 118 films. La télévision lui consacra 11 documentaires. Il fût à l’affiche de 31 pièces de théâtre.


BERNARD LOISEAU (Photo DR)

4847313-7260563.jpgSaulieu, Bourgogne, il est midi. Je stationne notre caravane sur la place et me mets en quête de glaçons pour regarnir notre garde-manger. Tous les commerces alentours sont fermés sauf “l’Hôtel de la Côte d’Or” dont la porte est ouverte, comme une invitation. Gravissant les quelques marches, je frappe au carreau.
Derrière un comptoir en boiserie rustique, un homme, visage glabre, cheveux rares me lance dans un sourire avenant :
- Que puis-je pour vous ?
- Beaucoup, monsieur, je suis à la recherche de glace, pour conserver beurre, charcuterie .. .et prendre l’apéro.
- Ca fait trois bonnes raisons de chercher, me dit-il. Je vais vous arranger çà. Mais ici, je n’ai plus rien. On casse tout. De passage à Saulieu ?
- Oui, oui c’est notre caravane que vous voyez. Nous allons à Autun où nous devons donner un spectacle.
- Ah ! vous êtes artiste ?

- Oui, magicien.
- Oh là, là ! quelle merveille ! expliquez-moi, vous allez pouvoir m’aider.
- Avec plaisir, si je peux.
- J’attends vos conseils. Figurez-vous que je viens de signer l’achat de ce bâtiment pour en faire un restaurant à moi. Je collectionne les critiques. Il parait que je vais me planter en changeant la façon d’exploiter les lieux. Qu’en pensez-vous ?
Il s’ensuivit une description détaillée des travaux à accomplir: Là, on casse la salle, on refait tout, l’accueil aussi, les cuisines seront enfin fonctionnelles. Dans un deuxième temps, je vois une piscine, peut-être un hammam, et le plus beau jardin de la région...
L’homme semble évoluer dans un état second. Soudain, il se lève de son siège et me tient, d’une voix étonnamment claire et ponctuée, un discours rempli de rêves, de projets, de certitudes. Je commence à me poser intérieurement quelques questions car il est extraordinairement sympathique mais me semble quelque peu illuminé. Toutefois, je n’ai pas trop de place pour la réflexion car il me noie dans un flot de paroles entrecoupées de la même interrogation : Qu’en pensez-vous ?
- Mais monsieur, je ne suis pas spécialiste, je suis magicien.
- Justement, les magiciens ne sont pas des hommes comme les autres. Vous avez une sensibilité particulière. Vous “savez” les choses. Dites-moi ?
Le bonhomme n’est pas, lui non plus comme les autres. Loin s’en faut. Décidément, il est attachant et plutôt poète, avec le même grain de folie qui m’a permis de lâcher les trente six métiers “aléatoires” que j’ai déjà pratiqués pour un métier “pas sérieux”: le métier de magicien.

Le restaurant de Bernard Loiseau. (Photo DR)

23032_-B.PRESCHESMISKY-ateliers-Apicius-2010-09-50-facade-du-Relais-Bernard-Loiseau-1.jpgJe suis subitement persuadé que cet homme va réussir, que çà ne peut pas être autrement, qu’il deviendra célèbre et son restaurant fréquenté par des artistes le sera aussi
- Et je donnerai des dîners spectacles ?
- Non, jamais, surtout pas, et pour une seule et bonne raison. Parce que, ici, l’artiste ce sera vous. Ces paroles prononcées en toute franchise semblent provoquer un effet quasi-miraculeux. Portant la main à son visage il me fixe, pensif, intensément
- Je vous confie ma maison trois minutes, me dit-il en descendant les marches du perron.
Cinq minutes plus tard il me tend un sac en plastique rempli de glaçons qu’il a récupéré je ne sais où. Il me dit sa joie , m’affirme que mes paroles sont vraiment magiques car il m’assure être “regonflé à bloc” et que lorsque nous repasserions par là, nous n’aurions qu’à demander Bernard Loiseau pour que la porte nous soit ouverte toute grande.
Depuis cette époque, avec mon épouse Blondine, nous stationnons notre camping-car trois ou quatre fois par an devant le restaurant Bernard Loiseau , mais jamais nous n’avons cogné à sa porte.

BIO EXPRESS : Bernard Loiseau est né le 13 Janvier 1951. Il décède le 24 Février 2003. Génie de la Gastronomie, travailleur infatigable et doté d’une ambition sans limite il n’a eu cesse de réaliser son rêve : devenir un grand chef de cuisine, sinon le plus grand.
D’abord engagé par le chef Claude Verger à Paris celui-ci, devant les qualités étonnantes de son employé en fait le gérant d’un restaurant “La côte d’Or” qu’il vient d’acheter à Saulieu en Bourgogne.
Bernard Loiseau, après 7 années de gérance, contracte de lourdes dettes pour acheter ce restaurant et en faire un haut lieu de la gastronomie mondiale. En 1991 il reçoit 3 étoiles au guide Michelin.
Il devient l’un des chefs les plus médiatisés au monde.
En 1995 il ouvre une boutique près du restaurant, où on trouve des produits du terroir, des vins prestigieux, des livres de cuisine.
Des plats cuisinés Bernard Loiseau sont proposés dans les grands magasins et il gère deux autres restaurants à Paris “Tante Louise” et “Tante Marguerite”.
En 1998 il fonde la société Bernard Loiseau et sera le premier chef à être côté en bourse.
Il se suicide d’un coup de fusil de chasse le 24 Février 2003.

BLONDINE (Photo Ranky)

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Vers les années 1970 je cherche à décrypter les mystères de la voyance. En effet, depuis mon plus jeune âge je suis bénéficiaire, à moins que ce ne soit victime, de flashes plutôt troublants. Je “sais” certaines choses avant qu’elles ne se produisent. Les“coïncidences”sont insuffisantes à fournir des explications. Je sais aussi que  le domaine de la voyance pullule  de voyous  toujours à l'affût d'exploiter les personnes dans la douleur. Les magiciens sont les mieux placés pour déterminer qui triche ou non car bien évidemment ils connaissent une multitude de subterfuges et de techniques que s'accaparent souvent les escrocs du paranormal, d'où la création de ce cabinet expérimental de voyance afin de tenter de démêler le vrai du faux. Je développe ce sujet dans un de mes livres intitulé : "Le paranormal de mes yeux vu" paru aux éditions Trajectoire.

Par annonces publicitaires dans les journaux gratuits ou spécialisés, je propose une “voyance” par téléphone afin de trouver des consultants susceptibles de collaborer à une recherche sur les phénomènes divinatoires.

Je reçois des centaines de consultants et connais ainsi des expériences quelquefois incroyables dont j’ai parlé dans un précédent livre : Le Paranormal de mes yeux vus. Aujourd’hui, je suis en mesure de fournir, en ce qui concerne ma relation avec Blondine, quelques explications à certaines de ces “voyances”. J’en connais le mécanisme que je révèle en fin de cet épisode.

Il est bien connu que les premiers clients des voyants sont souvent les voyants eux-mêmes. Et un matin, Yolande de Majestry, une tarologue habitant le Val de Marne, à St Maur la Varenne me contacte :
- Je suis embarquée dans une affaire administrative très importante et compliquée qui traîne depuis cinq ans. Il me manque une lettre qui n’arrive pas et qui seule me permettrait de mettre fin à cette succession de procès. Vais-je enfin recevoir cette lettre ?
Il se passe alors à cet instant précis un événement particulier et inexplicable. Un mot s’impose à mon esprit, ce mot : vendredi est associé à la vision d’une enveloppe grise. Je ne cherche même pas à refouler cette information aléatoire. Au contraire, je suis poussé à déclarer à ma correspondante :
- La lettre est partie. Elle sera dans votre boite vendredi.
- Non, mais ça fait cinq ans que j’attends.
- Oui, mais la lettre est partie. Elle sera dans votre boite vendredi. Rappelez-moi quand vous l’aurez reçue.
Ebahie ou incrédule, Yolande raccroche sans un autre mot.
Quand à moi, je commence dès cet instant à me poser quelques questions sur ma santé mentale. Vraiment ça ne tient pas debout! Comment puis-je affirmer de telles imbécillités ? Je tente de chasser cette idée plutôt saugrenue de ma mémoire.
Mais le vendredi suivant à midi mon téléphone sonne. C’est Yolande de Majestry qui m’annonçe :
- Monsieur Ranky, j’ai reçu le courrier espéré depuis 5 ans.
Je demeure abasourdi par la nouvelle. Je n’ai aucune explication à cette “coïncidence” qui est, de surcroît, le détonateur d’une série invraisemblable d’autres “voyances” du même type.
Il va s’en dire que pour Yolande de Majestry je ne suis pas loin d’être le plus extraordinaire voyant du monde. Elle souhaite alors ardemment collaborer à mes investigations surtout qu’elle aspire en plus à participer à un travail de ménage dans le milieu de la voyance qu’elle considère, à juste titre fréquenté par bon nombre de margoulins. Du coup, elle dirige sur moi quelques personnes intéressées parmi lesquelles une jeune femme blonde répondant au prénom de Andrée, qu’elle considère des plus sensibles, curieuse de savoir, parfaitement honnête et avide de participer à ce travail d’étude.

Mon appartement au 5ème étage

dans l'immeuble du milieu.(Photo Ranky)

PARIS 7  20 RUE DU FG.JPGRendez-vous est donc pris dans mon petit appartement  parisien situé au numéro 20 de la rue du Faubourg Saint Denis qui me sert aussi de bureau.
Dès notre première entrevue le contact s’établit positivement.
- Andrée n’est pas votre prénom usuel ? lui-dis-je.
- C’est vrai je ne supporte pas ce prénom. On m’appelle Blondine.
Selon la technique que j’ai mise au point, je dois développer le sujet d’après un indice qu’elle me donne sur sa vie actuelle.
- Le divorce avec mon mari est engagé depuis longtemps et ça traîne ! dit-elle.
- Robert ? lui dis-je encore.
Je suis époustouflé. Je connais les lieux, les noms, les circonstances des événements. Je n’en reviens pas et de peur d’en faire trop mais aussi pour me ménager un temps de réflexion avant de poursuivre dans cette voie, je lui propose de nous revoir après son voyage à Lyon.
- Mais je ne vais pas à Lyon me dit-elle.
- Ah ?
Nous nous quittons sur ces mots et quatre jours plus tard, je reçois un coup de téléphone de.... Lyon où cette femme à été appelée pour du travail.

Sous la porte Saint-Denis (Photo Ranky)
PARIS 1 FG ST DENIS.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dès son retour de province nous convenons d’un nouveau rendez-vous, chez moi, à la porte Saint Denis.

Ma nouvelle collaboratrice se révèle d’une efficacité surprenante dans le travail et de plus le phénomène mystérieux qui s’est instauré entre nous continue de fonctionner : chaque fois qu’elle me parle d’une anecdote la concernant je lui raconte la suite.
C’est ainsi que je lui donne des précisions sur une voiture dont elle ne sait pas ce qu’elle est devenue, son mari qui se trouve en Italie avec sa future femme, un membre par alliance de sa famille qui à monté à Berck-Plage une entreprise de bijoux fantaisie et un magasin d’antiquité. Je lui parle de toute une succession d’événements qui se révèlent rigoureusement authentiques. Il va sans dire que ma nouvelle associée ne s’attendait pas à de telles révélations. Moi non plus !
Voici l’explication qui semble rationnelle :
1) Concernant la voiture et les événements qui l’accompagnent, c’est un certain monsieur Delaunay que j’avais rencontré il y a plusieurs mois dans un hôpital où j’étais venu passer un bilan de santé qui m’en avait donné une description (une 404 Peugeot noire, intérieur rouge et noir) et m’en avait raconté l’itinéraire qui s’avéra parfaitement exact.
2) Concernant le mari parti en Italie, c’est la propre maman du mari qui travaillait comme serveuse dans un restaurant self-service du Boulevard Sébastopol à Paris où je dînais deux à trois fois par semaine qui m’avait confié ses soucis et ses inquiétudes sur l’ avenir de son fils. Cette femme était donc la belle mère de Blondine !
3) Pour le membre par alliance de sa famille dont je connais tant de choses, c’est ma propre mère qui m’en avait parlé il y a fort longtemps. En effet cet homme employait les malades de l’hôpital Hélio-Marin où ma mère travaillait.

Ces renseignements concernant Blondine m’étaient parvenus par l’intermédiaire de personnes qui ne se connaissaient pas et n’avaient aucun rapport entre elles. Curieusement ils m’ont été racontés alors qu’ils ne me concernaient pas non plus.

Le mystère qui reste entier c’est bien celui de savoir pourquoi ces anecdotes et bien d’autres que je ne cite pas ici, se rapportaient chaque fois à Blondine qui m’avait contacté dans le seul but de travailler ensemble ?
Mystère, mystère !

PARIS 9  LE MAYOL.JPGCes faits plutôt insolites commençaient à établir entre Blondine et moi un lien tissé de curiosité, d'interrogations et d'une envie respective de tenter d'expliquer ce mystère. Pour la première fois j'invitais donc ma collaboratrice à prendre un apéritif au café Le Mayol afin d'en parler. Et je vais m'apercevoir que les photos de mon très modeste appartement, celle de la porte Saint Denis, quartier modeste, que j'ai évidemment hésité à publier sachant bien qu'elles n'intéresseraient pas vraiment le lecteur plus le whisky servi à Blondine dans un verre sentant le Ricard sont à mes yeux pourtant devenus des souvenirs idéaux.     

STAVISKY M'OUVRE LES YEUX

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BLONDINE PORTRAIT.jpgCompte tenu de l'emploi du temps dans les mises en route de machines et les démonstrations en informatique de Blondine et le mien concernant les séances de prestidigitation pour les écoles et les bistrots nous parvenons  à nous mettre d'accord pour animer trois après-midi par semaine mon cabinet expérimental de voyance.
Blondine s'avère une collaboratrice  incroyablement efficace. Elle reçoit les visiteurs avec une gentillesse désarmante et dorénavant les comptes rendus écrits que je remets à chacun des consultants sont rédigés et postés dès le lendemain.

Le succès de ma petite "entreprise" dépasse vite nos capacités à recevoir la "clientèle". Je dois me rendre à l'évidence : il est plus facile de développer une affaire comprenant des possibilités d'exploitation douteuse, comme la voyance par exemple, qu'un métier honnête. Il faut bien admettre aussi que ce développement subit et dû en grande partie aux consultations qui sont gratuites, nos seuls revenus étant ce que nous donnent, sans obligation, les consultants. Désirant cependant mener à terme mes recherches, je sollicite l'aide d'un ami magicien Claude Stavisky, qui accepte avec enthousiasme mon offre surtout qu'entre la réception et le raccompagnement des consultants il aura tout loisir pour peaufiner ses tours de close-up sur un coin de table. En effet, Claude donne des séances de magie de table dans les restaurants et sa joie déborde quand je lui propose en plus de m'accompagner selon sa disponibilité dans mes séances de bistrot.

Quelle n'est pas la surprise de Blondine lorsque qu'elle nous voit  répéter les mises en scène et quelques canevas de dialogues dans la salle de séjour, chaque soir après la fermeture du cabinet de "voyance". C'est ainsi que Blondine apprend, une quinzaine de jours après notre rencontre, que je suis aussi magicien. Cette révélation l'amuse beaucoup et surtout l'incite à vouloir participer.

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 Claude Stavisky et moi mettons au point une séquence d'hypnose simulée en vue d'une prestation dans quelques cabarets.

 (Photo Gérard Géry Paris-Match 1974)

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Claude répète une prestation qu'il doit donner dans les locaux de Paris-Match pour un reportage qui lui est consacré lors de la sortie du film STAVISKY dont le personnage principal est interprété par Jean-Paul Belmondo.

(Photo Gérard Géry 1974

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Au café LE MAYOL rue du Fg Saint-Denis.

(Photo Gérard Géry 1974)

 

Le café LE MAYOL est notre lieu de détente et c'est là que Claude me surprend par quelques révélations que moi le "voyant" n'avait pas vu !

-François je voulais te dire que j'apprécie beaucoup Blondine. C'est une femme adorable.  Je sais que je ne t'apprends rien, mais tu ne vois rien non plus ?"

Surpris par ces propos j'avoue que je ne saisis pas le sens de ses paroles.

-Mais enfin, dès qu'elle arrive chez-elle elle te téléphone. Les jours de fermeture du cabinet de voyance elle te téléphone. Tu me dis que le soir elle te téléphone et le matin aussi pour te souhaiter une bonne journée. Non, tu ne vois pas ? Mais voyons, elle est amoureuse !

-Claude, tu plaisantes ? Blondine est une star et tu ne m'as pas bien regardé : je suis petit,  maigrichon, pas beau, sans grande classe, étriqué dans ma petite veste en suédine à deux balles. Quand à l'environnement, c'est pas mieux, l'immeuble est minable, il faut grimper cinq étages sans ascenceur avec le risque de rencontrer des rats dans l'escalier. Et j'ai attendu une bonne quinzaine de jours avant de l'inviter à prendre l'apéritif au Mayol car je n'ai rien chez moi. Pour couronner le tout, le whisky servi empoisonnait le Ricard. Même si j'ai exigé qu'on change son verre,  comme dit Gainsbourg : "c'est pas très classieux !"

 Trois jours plus tard, à l'ouverture du cabinet, Blondine arrive avec un joli cadeau : un presse papier constitué d'un petit volant de voiture de course faisant ressort sur un piédestal en onyx destiné à tenir les papiers plutôt dispersés de mon bureau. Je suis très touché de cette attention et les paroles de Claude me reviennent à l'esprit. Blondine est magnifique, vêtue d'un ravissant ensemble de velours côtelé vert pistache juste un peu délavé comme le veut la mode du moment. Je n'oublierai jamais cette après-midi et je me promets de l'inviter dans un bon restaurant le dimanche suivant. Mais elle me devance et le lendemain c'est elle qui m'appelle au téléphone, car elle tient absolument à m'offrir, dimanche prochain...le restaurant. Comme je souhaite me déplacer en métro, ma voiture étant en réparation, elle viendra me chercher à la station la plus proche de son domicile.

 Il n'y a pas un quart d'heure que je suis à la sortie du métro que Blondine arrive, cheveux au vent dans sa superbe 304 décapotable bleu-métallisé. Sa conduite, pieds nus, est très sportive. Je suis impressionné, et subitement enhardit je lui adresse des compliments chaleureux et parfaitement mérités.

-Je vous emmène  au "Moulin de ma tante" un excellent restaurant me dit-elle joyeuse. Mais une petite déconvenue l'attend, le resto est fermé le dimanche.

-Ce n'est pas grave, lui dis-je, nous irons un autre jour et cela me permettra de vous l'offrir. Nullement désarçonnée elle conclut en riant :

-Allez, d'accord. Et bien allons chez-moi.On trouvera bien quelque chose à manger.

 Blondine est en location dans un ravissant pavillon situé à Bonneuil-sur-Marne, le long d'un parc. Je n'ose plus penser à l'immeuble délabré que j'habite, je n'ose plus penser à rien. En toute simplicité elle cuisine une pièce de viande rouge.

Nous échangeons des idées, faisons connaissance une bonne partie de l'après-midi. A quatre heure nous prenons le thé. Je me rapproche d'elle. Je lui dit qu'elle est belle. Je lui dit que j'ai envie de l'embrasser. Elle ne me répond pas et tourne son beau visage vers moi. Je l'embrasse. Nous nous embrassons. Ce n'est que fort tard que je repartirai chez-moi, transformé, amoureux, heureux.

La semaine suivante  je fais part à Blondine de mon projet de revendre mon appartement que je paie depuis cinq années et mon désir de m'installer dans un village, en investissant soit dans un camping-car, soit dans un chalet en bois, sur un terrain équipé d'un point d'eau et d'un branchement électrique. Cette idée l'amuse beaucoup.

-Et pourquoi pas  dans mon pavillon pour laisser le temps à la réflexion, me dit-elle.

-Et pourquoi pas !

La décision est prise immédiatement.  Le déménagement est fixé à la semaine suivante, le temps de prévenir la clientèle du cabinet.

Malgré ma réticence à voir Blondine participer  à ce travail de force il n'y a ni cesse ni fin  pour que nous fassions tous les deux le transfert de Paris à Bonneuil, avec sa voiture équipée d'une remorque, de mon bureau, livres, bibelots  et même un canapé et un réfrigérateur qu'elle entend descendre avec moi des cinq étages sous le prétexte indiscutable que c'est plus facile de descendre que de monter.

C'est notre vie privée, conclue-t-elle.

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Peu de temps après, mon appartement est vendu et je propose à Blondine le choix d'investir la somme récupérée, soit dans un petit salon de coiffure soit dans une boutique de matériel pour illusionnistes que nous ouvririons trois jours par semaine, le reste du temps étant consacré à nos spectacles.

Son choix est instantané : "Je veux travailler avec toi, c'est la boutique !"

Blondine continuera à assumer encore quelque mois son travail dans les machines électroniques et moi dans les bistrot et les écoles avec mon ami Vincino, tout en assumant l'ouverture de la boutique et la fabrication de matériel dans un petit atelier au fond du jardin du pavillon. Et puis viendra la période de ma tournée annuelle dans les hôtels de cure. Le choix de Blondine est alors net et définitif : "nous partirons en tournée tous les deux." Et elle démissionne de son travail en électronique.

 EPISODE 4

ON NE CHOISIT PAS SA FAMILLIE, HEUREUSEMENT ON PEUT CHOISIR SES AMIS.

Un changement imprévu et fort désagréable vient alors perturber la vie  tranquille qu'entretenait Blondine avec sa famille : la majeure partie de celle-ci n'admet pas son "saltimbanque" de compagnon parmi elle.

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 cram-cram-5-magicien.jpgL’enthousiasme de Blondine à vouloir s’intégrer dans les numéros que je produisais auparavant seul au cours de ma tournée annuelle des hôtels de cure, sa facilité d’adaptation et la joie qu’elle éprouve à l’apprentissage du métier de magicienne me transportent de joie. Nous allons monter un programme d'une heure trente de magie techniquement très varié que nous annoncerons du titre ronflant : « Récital de magie ». Ce programme devrait plaire au public car il comporte une multitude de techniques avec des foulards multicolores, des boules, des liquides, des cartes, des ombrelles, des fleurs, la dernière demi-heure étant consacrée à des numéros de divination, de transmission de pensées et de présentation de phénomènes paranormaux.

R AND B  MAGIE 1.jpgBlondine sera vêtue d’une ravissante petite robe imitation soie ou d'un pantarobe en cas de seconde séance dans le même établissement et moi je porterai un costume noir de coupe italienne.

Je me lance dans la fabrication d’un podium de trente centimètre de hauteur entièrement démontable et Blondine confectionne le rideau de scène qui l’équipera, rouge comme il se doit.

 

 

 

 

 

 

Citroen Type H.jpgNous terminons l'aménagement de ma vieille camionnette brinquebalante Citroën à la carrosserie en tôle ondulée et la décore derrière les vitres d'affiches pimpantes, fabrication garantie à la main, annonçant notre Show. Enfin, au bout de deux mois de répétition nous sommes opérationnels.

Et c’est à ce moment que Blondine s’ouvre à sa famille de sa nouvelle orientation professionnelle. Elle annonce qu’elle a cessé son activité chez son employeur informaticien et souhaite présenter son compagnon de vie qui est magicien. Ce changement imprévu et fort désagréable aux  yeux de cette famille vient alors perturber la vie tranquille de ma compagne  : la majeure partie de celle-ci ne tolère pas son "saltimbanque" de compagnon parmi elle.

Blondine découvre avec stupéfaction l'état d'esprit étriqué d'une partie de sa famille qu'elle s'imaginait intelligente sinon aimante, tolérante sinon imbécile, et il s'ensuit quelques entrevues familiales édifiantes aussi bien dans notre maison qu'à l'extérieur ou elle prend conscience d'une haine injustifiée pour l'homme qu'elle a choisi, une haine sourde, insidieuse, qui durera quarante années et dont elle prend immédiatement la mesure. Heureusement on peut faire le tri dans une famille toujours désignée au hasard et en garder quelques membres comme étant des amis, car en vérité, les amis sont la famille que l'on choisit. Estimant que les enfants n'ont rien à voir  dans les égarements de leurs géniteurs elle continuera à se rendre dans les réunions de famille dites importantes et moi-même l'accompagnerais en tant que "chauffeur de taxi".

Mais sa décision est prise :  plus jamais elle ne leur parlera de la vie qu'elle a choisi de vivre avec l'homme qu'elle a  aussi choisi, et ce choix débute le soir ou elle a prévu d'annoncer, heureuse, qu'elle part pour la première fois en tournée dans les hôtels de cure.

Ce soir là, je vois, attristé, le regard assombri par une terrible déception de cette femme qui croit fermement en la bonté des êtres et pour le moins de sa propre famille.

Je tente de lui expliquer que le mot saltimbanque connait un étrange destin mais Blondine pense que cette partie de sa famille devrait avoir tout de même évolué depuis le moyen-âge.

Et bien non ! Créée au XVIIème siècle, l'expression désignait à l’époque des amuseurs de rue, de foire, situés entre les artistes de cirque et de théâtre. Le petit Poquelin (futur Molière) adorait se rendre avec son père sur le Pont-Neuf voir ces artistes qui venaient d’Italie comme le nom-saltimbanque ce qui signifie celui qui saute sur le banc, c’est-à-dire l’estrade. Déjà au moyen-âge ces amuseurs étaient partagés dans l’esprit public entre la réprobation et la fascination et on ne les appelait pas saltimbanque mais plutôt en rapport avec leur personnage burlesque ou grotesque et de leur caractère outré : Trivelin, bobèche, Paillasse, etc. De nos jours encore les mots saltimbanque ou bouffon sont toujours utilisés pour désigner des personnes dont le comportement est ridicule, gesticulatoire ou exagérément maniéré. L’argot des jeunes d’aujourd’hui utilise ces mots comme des insultes et l’expression d’un profond mépris.

Mais aux yeux de presque tous je suis principalement l'horrible manipulateur qui a détourné leur membre familial d'une profession lucrative et ô combien "honorifique" pour en faire un bouffon vivant de la charité publique. Pour une large catégorie d'imbéciles l'artiste qui a du talent et qui est donc "respectable" est celui qui gagne des sommes considérables. Mais ces mêmes imbéciles savent-ils que ces artistes "arrivés" ont souvent galéré pendant des années. Je ne citerai qu'un exemple, celui de mon ami Garcimore : sait-on qu'avant d'accéder au vedettariat il a galéré 20 ans. Ces imbéciles parlent avec suffisance de métier aléatoire, alors je leur pose cette question qui demeure toujours sans réponse : citez-moi un métier qui n'est pas aujourd'hui aléatoire ?

Être artiste c'est plus qu'un métier, c'est une vocation, et la vocation ne s'encombre pas du  côté lucratif. Et Blondine est une artiste née que je réjouis de ce texte qui ne relève pas de la manipulation.

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 LES ROULOTTES.jpegSaltimbanque : Ces artistes arrivent du fond des âges qu’ils traversent en riant. Ils sont immortels. Parfois, ils s’arrêtent et laissent des souvenirs, mais seulement aux spectateurs qui auront su les voir.  

Approchez, approchez, mesdames et messieurs. Voici les demi-anges, voici les demi-bêtes. Ils déboulent dans la rue. Ils déballent du rêve, la fête de l’esprit, la bouche en étoile, la lune en bandoulière. Voici les saltimbanques. Et vous verrez m’sieur dames, de fieffés truqueurs, du culot à revendre, de drôles d’oiseaux mélomanes et des simples d’esprit remplis de problèmes pas encore inventés. Et vous verrez encore, de joyeux funambules jouer au cerceau sur des rayons de lune, des acrobates en caoutchouc rebondir dans le soleil, des trapézistes en équilibre sur le fil du temps, du théâtre total et vertical, joué sans mode d’emploi. Et vous verrez, m’sieur dames, des rires éclater, de toutes les couleurs. On cherchera des poux dans les poils du barbu, les hommes auront des idées et les poules des dents. Le diabolique, le cocasse, le désopilant, le surréaliste décoifferont le monde. Les saltimbanques, étoiles du trottoir, miroir multiple et à paillettes de notre vie, pommadent nos petites misères, dorent la pilule à nos travers, trampolinent sur nos rêves. Vous verrez tout ce que vous n’avez jamais vu : un bandit enrubanné associé à une fée, un chef indien au père Noël, un général d’armée à un bonhomme de neige.

Approchez, approchez, mesdames et messieurs. Voici les demi-anges, voici les demi-bêtes. Ils déboulent dans la rue. Voici les saltimbanques.

 EPISODE 5

UNE SI JOLIE TOURNÉE DE SPECTACLE.       

Photo DR

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 Notre vaillant "tube" Citroën va nous faire serpenter juillet et août à travers les magnifiques paysages vosgiens, au gré de nos engagements magiques, et je vous dois, chère lectrice, cher lecteur,  qui êtes en droit de vous demander comment il est possible d'organiser un tel circuit de travail, une explication. Je n'utilise ni de coach, ni placier, ni imprésario, et ma ligne de conduite et d'être une sorte d'artisan de l'illusion. C'est ainsi que j'ai vite abandonné mes interventions dans les cabarets parisiens qui, s'ils sont une bonne école du spectacle, n'en constituent pas moins une sorte d'escroquerie. Quand on pense que certains patrons de ces lieux de "plaisirs nocturnes" demandent aux artistes de téléphoner afin de savoir s'ils doivent venir ou non, suivant qu'il y ait ou non des clients dans la boutique. C'est intolérable !

Il s'agit donc de proposer aux directions des hôtels de cure un programme de divertissement de leur clientèle, d'une très bonne tenue,  durant une heure trente environ et complètement gratuit. Ce dernier argument est parfaitement convaincant, à condition de se présenter bien habillé et muni d'un press-book éloquent et rempli de références de collègues hôteliers. Je propose simplement de procéder à une tombola aux trois-quarts du spectacle et encore celle-ci se doit-elle d'être la plus amusante possible. En deux années, je réussis à constituer un fichier de près d'une centaine de clients qui deviennent souvent des amis. C'est aussi simple que cela.

Sans titre.jpg J'ai une pensée émue pour mes collègues et amis magiciens Bilimann et Luce Nora qui m'ont facilité la tâche en me communiquant leur vingtaine d'adresses lorsqu'ils ont cessé leurs propres tournées hôtelières.

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 Ce n'est pas sans une douce nostalgie que j'évoque ces quelques références parmi la centaine consignée dans mes press-books. Par-dessus tous ces souvenirs, je garde au plus profond de moi l'image radieuse de ma partenaire sur scène et dans la vie, Blondine, la femme qui deviendra bientôt mon épouse. En effet, elle apprécie cette façon élégante d'être reçus par les patrons des établissements et aussi la gentillesse et la sensibilité d'une clientèle de qualité. Nos prestations sont applaudies chaleureusement et nous vivons dans le bonheur de donner de la joie et d'en recevoir chaque jour.

Cet épisode serait peut-être peu intéressant sans une dose de suspense. Alors, chère lectrice cher lecteur, voici le récit incroyable et pourtant authentique de ce qui, normalement, ne peut se lire que dans les romans. Lisez plutôt !

En fin de mois d'août, donc en fin de tournée, Blondine et moi nous nous posons simultanément la question : puisque nos prestations ont tant de succès dans les hôtels de cure, pourquoi en auraient-elles moins dans les palaces d'Île-de-France ?

C'est décidé, dès notre rentrée à la maison, nous les proposerons à l'aide de dépliants glacés et multicolores.

Deux mois plus tard, nous obtenons quelques engagements pour des programmes de trente minutes à l'occasion de conférences, séminaires et différentes manifestations où un intermède-spectacle est offert aux participants.
Nous concluons même, à ce moment, un accord avec le célèbre orchestre Albert Uzan qui nous engage lors des mariages et barmitzva qu'il organise précisément dans divers palaces de la capitale.

 HOTEL MERIDIEN.jpgEt c'est à ce moment que naît cette extraordinaire histoire, cette incroyable coïncidence, je dirais même en fin de compte, ce couronnement de l'imbécillité humaine triomphale.
Tout débute par une conversation téléphonique insolite. L'ambassadeur d'un riche pays, que ne ne suis pas autorisé à citer, nous appelle chez nous. En cure à l'hôtel Beau Rivage de Gerardmer où il a assisté à l'un de nos programmes et mariant une de ses filles, il désire que nous nous produisions dans les salons "Aiglon" de l'Hôtel Inter-Continental de Paris avec un cachet faramineux qui ne sera d'ailleurs jamais dépassé de toute notre carrière. Marché conclu.

Nous nous produirons devant 400 invités conquis par notre nouveau numéro féerique d'apparitions et disparitions de soieries, ombrelles, et d'une vingtaine de colombes. Nous terminerons par "l'emprunt" et la "destruction" à coups de marteau de colliers et bracelets précieux de belles dames de la société et de  magnifiques montres de beaux messieurs. Tous ces bijoux prestigieux seront retrouvés intacts, par Monsieur l'ambassadeur lui-même, dans une série de 17 coffrets emboîtés les uns dans les autres et suspendus près d'un lustre depuis le début du spectacle. Bref, je ne l'écris pas par forfanterie, mais c'est le succès...

HOTEL INTER CONTINENTAL.jpgOr, il se trouve que dans les mois suivants, un membre par alliance et fortuné de la famille de Blondine organise le mariage de son fils, précisément dans les mêmes salons "Aiglon" de l'Inter-Continental. Et Blondine, dans un élan du coeur auquel elle avait pourtant promis de ne plus céder, propose d'offrir le même programme qui nous avait valu un si beau succès.

Réponse immédiate : "Il est hors de question que des membres de la famille s'exhibent dans une prestation de saltimbanque !". Ces personnes persistent et signent et nous nous souviendrons toujours de ces mots : "Avez-vous conscience de la dévaluation que vous apporteriez à notre famille ?".

Que pensez-vous qu'il advint ?

Et bien la "famille" engagea un illusionniste qui exécuta un numéro de colombes sous les regards narquois, ironiques, d'invités imbus de leur personne et avares d'applaudissements distribués du bout des doigts pour couronner un mariage d'affaires qui, vraiment, ne valait même pas son pesant de caramel mou.

Le salon Aiglon

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EPISODE 6                      

LA PETITE BOUTIQUE DES MAGICIENS

 1975. Mon petit appartement Parisien du 20 rue du Faubourg Saint-Denis est vendu avant d'avoir été fini de payer, et la somme récupérée investie dans l'outillage destiné à la fabrication de matériel pour artistes, un catalogue vantant nos tours de prestidigitation et le bail d'une minuscule boutique située au 86 avenue Philippe Auguste, dans le quartier de la Nation. Nous avons décidé d'organiser notre vie selon nos désirs : un magasin afin de rester en contact avec nos amis visuels du spectacle et des séances d'illusionnisme pour continuer à rencontrer le public. Dès l'ouverture de la boutique nous abandonnons nos séances dans les bistrots et les cabarets mais je conserverai avec mon collègue Vincino notre circuit des écoles pendant encore une année.

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Une pub parait dans  L'annuaire des magiciens édité ponctuellement par l'excellent photographe et ami des artistes Serge Bourdin qui déclare "La boutique de Ranky et Blondine Evénement magique 1975".

Les retombées sont pratiquement immédiates. Notre petite échoppe ne désemplit pas et se transforme peu à peu en salon où l'on cause, où l'on peaufine des tours de mains, des numéros, et où l'on échange des contacts de travail. On en oublie parfois que ce lieu devrait aussi être un endroit de commerce, mais la passion l'emporte!

Dans cette boutique nous ne vendrons pas des tours de magie pochette-surprise, ce qui est couramment le cas pour d'autres "marchands de trucs" comme on nous appelle. Ici, nous dévoilons de suite la technique attachée à l'exécution du numéro. L'illusionniste sait immédiatement si l'effet lui convient, correspond à ses capacités, et décide en toute liberté de la mise en fabrication ou non du matériel.

MIRELDO 2.jpgNous nous attachons la collaboration de certains illusionnistes-inventeurs renommés comme gaston Mauve où le célèbre Mireldo dont je commercialiserai à quelques exemplaires seulement une superbe "épée aux cartes" destinée à transpercer trois cartes choisies par le public, remises dans le jeu de 52 cartes qui est lancé au plafond de la salle. Un numéro époustouflant comme toutes les innovations de cet artiste hors du commun. Je me souviens aussi, issu du même cerveau prolifique, d'une guillotine destinée à couper les bras des spectateurs !

J'aurai moi-même l'opportunité  d'apporter quelques perfectionnements à des tours anciens et aussi celle d'imaginer quelques nouveautés, entre autres une glace transpercée adoptée par de grands artistes. j'imaginai même un accessoire que j'avais coincé dans une pipe que devait "fumer" l'immense acteur Michel Bouquet tout au long d'une pièce de théâtre.

 Cette façon respectueuse de travailler fit que de nombreux artistes et pas seulement des magiciens, poussèrent la porte de notre antre magique. Sur un mur, on installa un tableau destiné à recevoir les cartes postales envoyées par nos amis en tournée, des photos, dédicaces, demandes et offres de travail, bref, un tas de souvenirs en devenir...

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DANILSEN

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 658876444.jpg3119394839.jpgJean-Pierre FERRÉ et Line RENAUD

 

            

 

 

 

 

L'adorable Sylvie Joly qui n'ayant pas de photo veut aussi épingler un témoignage sur le mur et arrache carrément une page dans un dépliant où nous sommes en compagnie de Francis Lemarque pour nous laisser sa signature d'amitié.

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Une carte de Otto Wessely

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 Claude GÉRALDY

 

Bernard KIRSTEN qui avec son adorable

épouse prendra la suite de notre magasin.

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Adja PEKKAN

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DEXTER RENELYS DARBER

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Jo PATRICK

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 Perette SOUPLEX

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Une carte de Pierre SWITON

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Dominique Webb

 

 

 

 

 

 

 

 

Il serait fastidieux d'afficher ici la centaine dépassée de personnalités ayant fréquenté "la petite boutique des magiciens" Pour ceux qui en éprouve du vague à l'âme, écrivez-moi et je vous ferez une petite place.

                                                                                                                             Ranky

Blondine et moi feront tourner notre boutique pendant trois années à raison de trois après-midi par semaine. Et si le chiffre d'affaire n'était pas toujours des plus mirobolant cette période nous apporta des satisfactions irremplaçables de contacts amicaux qui perdurent toujours aujourd'hui. Cette activité nous permit aussi de présenter nos nouveautés  magiques lors de congrès nationaux et internationaux mais aussi de décrocher des contrats de spectacle.

En cette même année 1975 le bailleur du pavillon de Blondine met celui-ci en vente. Pas d'hésitation, nous décidons en cinq minutes de l'acheter car nous savons comment nous allons régler les mensualités. Nous allons augmenter nos capacités de travail !Il faut bien reconnaitre que ces années là étaient bien plus propice qu'aujourd'hui à divertir le public  puisque nous arrivions à signer en décembre une vingtaine d'arbres de Noël et jusqu'à cinq attractions dans la nuit  de nouvelle année. Les animations commerciales étaient aussi plus nombreuses ainsi que les séances privées de goûter et d'anniversaires d'enfants.

Et un bonheur n'arrivant jamais seul, nous décidons de nous marier. Notre union sera célébrée le vingt cinq octobre 1975 avec pour témoin principal, et comme il se doit, pour notre plus grande fierté, un saltimbanque-camelot-bateleur-le magicien Renélys.

EPISODE 7

Je revendique faire partie d'une équipe d'inventeurs de spectacles en milieu "malfamé".

19773110-cheerful-jeunes-douch-s-avec-des-confettis-sur-une-partie-du-club.jpg1973. Venant des Etats-Unis où elle est apparue vers 1970, la vague disco déferle en France. C'est un courant musical engendré par les créations d'artistes tels que les Bee Gees, Boney M, Donna Summer, Gloria Gaynor, Patrick Hernandez...

 Cette époque donne naissance à une mode vestimentaire à base de matières synthétiques de couleurs criardes, paillettes et pantalons pattes d'éléphant. Il s'agit pour les disc-jokey de partager les disques qu'ils aiment avec les danseurs. Le succès est instantané auprès d'une jeunesse boudant les dancings traditionnels qu'ils trouvent un peu ringards. De même les danseurs musette et "tangotant" voient d'un mauvais oeil cette invasion de rythmes binaires et entretiennent, sans jamais pénétrer dans ces clubs "malfamés et pervertis de sexe en déviation et de drogues", une campagne de dénigrement. Mais ils ne sont pas les seuls à le faire. Les bourgeois, les vrais et les faux, les intellectuels, les médias, la télévision, les radios sauf celles dites libres, évitent de parler de ce milieu de "dépravés" qui serait géré par la pègre. Comme si la pègre, ainsi que l'affirme la société bien pensante, ne gérerait que les lieux où l'on s'amuse.

De 1973 à 1975, l'engouement pour ces clubs dansants est une manne pratiquement inépuisable. Toutes les boîtes de nuit font le plein. Les campagnes de dénigrement font l'effet contraire et contribuent à attiser la curiosité de jeunes gens qui vont voir sur place ce qui se passe exactement dans ces lieux tant critiqués. 

Les premières années, les clients sont fidèles à un club de proximité. Alors une routine s'installe et les habitués, ressentant un besoin de changement, se mettent à fréquenter les boîtes disséminées dans la région. Il n'est pas rare qu'ils se déplacent de cinquante kilomètres à la recherche de contacts et de sensations différentes. Et c'est précisément à ce moment que me vient à l'esprit une idée, qui traverse également celui d'autres artistes à la recherche de nouveaux débouchés de travail. Il faudra, un jour, que les directions de discothèque se rendent à l'évidence : elles devront trouver des animations supplémentaires pour attirer, l'espace d'un week-end ou même d'une nuit, une clientèle de plus en plus fluctuante. Inévitablement, il leur faudra présenter des soirées à thème : élections miss disco, carnaval, top-less, déguisement, maquillage, anniversaire... et pourquoi pas des spectacles ?

C'est ainsi que je me mets en tête de prospecter les établissements de nuit d'Ile-de-France mais ce n'est pas gagné. Leurs dirigeants n'ont pas encore réalisé les demandes à venir.

P1040580.jpgIl revient à Ubu Super Star, un des premiers, de présenter une attraction tout-à-fait originale qui connaît un succès sans précédent. Doté d'une forte corpulence, ondulant avec humour de la poitrine et du bassin, il organise et anime l'élection Play boy qui est un spectacle à connotation homosexuelle.

Vous pouvez taper : "séquence play boy : guy bourgeois" dans Google si vous désirez visionner l'émission de Thierry Ardisson et Philippe Guérin consacrée à UBU SUPER STAR. (durée 7 minutes 58)

 Pour ma part je cogite un programme du genre "Nuit de l'horreur et de l'épouvante" car il est hors de question de présenter des numéros traditionnels de music-hall, fussent-ils les plus féeriques. Nous sommes dans un nouveau contexte de vie qu'il faut intégrer si on veux s'y faire une place.

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Certains magiciens, qui présentent pourtant de merveilleux numéros, seront étonnés de ne pas trouver d'engagement dans les discothèques. Même à ce jour ils restent étonnés. C'est pourtant simple : ce ne sont pas les discothèques qui doivent s'adapter à leur attraction, mais leur attraction qui doit s'adapter aux discothèques. 

Finalement, j'emprunte un chemin totalement différent de mes confrères parce que je suis un solitaire, parce que ma femme Blondine l'est aussi et que nous avons mis en commun nos deux solitudes et notre amour. 

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Un passionné de spectacle et admirateur des artistes, Serge Grégory, prend une licence et deviendra très vite sous la dénomination "Top Grégoria" la plus importante agence de spectacle du monde disco. Quand à Blondine et moi, nous sommes la première attraction visuelle inscrite dans son catalogue qui comprendra plusieurs centaines d'attractions. Pour notre part, nous réunirons en quelques mois un fichier de près de 700 discothèques et nous opèrerons, si je puis dire, 18 années dans ce qu'il est convenu d'appeler "le milieu de la nuit".

Ce milieu de la nuit "malfamé" qui va me permettre de conclure cet épisode par une anecdote incroyable telle que l'attendent, à chaque fois maintenant, mes innombrables lecteurs.

Je voudrais juste avant ce récit, citer notre collègue inventeur de spectacle en milieu "malfamé" Dany DAN qui possédait un numéro époustouflant d'hypnotiseur et qui, aujourd'hui, anime un cabinet de sophrologie obtenant des résultats prodigieux.

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Code d'honneur

Au cours de nos nombreux engagements, nous avons évidemment aussi eu à faire à certains dirigeants de discothèque que les esprits bien pensant de notre si jolie société, ceux qui savent tout sans jamais avoir rien appris et ceux qui sont revenus de partout sans être jamais allés nulle part. Force est de constater que les rares litiges survenus ont toujours émané du côté des individus prétendant faire les choses légalement, avec contrats en bonne et due forme et l'affirmation d'avoir une conscience parfaitement claire.

Je ne souhaite pas faire l'apologie d'un milieu que je ne connais pas, mais force est aussi de constater, et pourquoi ne pas le dire, que je n'ai jamais eu aucun problème avec ces personnes dites hors-la-loi, témoin cette anecdote. Sur un simple coup de téléphone, c'est-à-dire sans aucun contrat écrit, à diverses reprises en cours d'année, nous descendions à Marseille afin d'assurer le programme de la soirée de deux ou trois établissements et celle de la plus grande boîte d'Aix-en-Provence, le KRIPTON. À la fin de la dernière prestation, un homme se présentait à nous, nous réglait en liquide les animations et nous disait : " Salut mes amis, à la prochaine ".

Le code d'honneur, c'est d'abord le respect de la parole donnée. Et cette parole qui nous était donnée, c'était celle de Gaétan Zampa, dit Tany, qui régnait sur une trentaine d'établissements de nuit et que l'on retrouva plus tard pendu dans sa cellule.

Voilà, c'est tout. Je ne porte aucun jugement sur la vie de cet homme mais ses mots me résonneront longtemps aux oreilles : " Mon cher Ranky, la parole vaut l'homme ou l'homme ne vaut rien ".

J'engage mes lecteurs avides de vérité à visionner la série documentaire passionnante, écrite et réalisée pas Thierry Aguila et Philippe Carrèse, en tapant dans Google " Tany Zampa " et en cliquant dans le menu déroulant sur " Gaétan Zampa banditisme parrain Marseillais ".

 

 EPISODE 8

LES VOYOUS DE NOTRE BONNE SOCIÉTÉ

Alors, comment gérer la suite de mon histoire de saltimbanque avec un tel titre : Les voyous de notre bonne société ?

Nous avons découvert dans l'épisode précédent consacré en partie à Tany Zampa, parrain du milieu marseillais, nos relations empruntes de la plus parfaite honnêteté. 

Et bien, écoutez maintenant mes réflexions consacrées aux petits saints, aux irréprochables, aux transparents de notre si jolie société.

Merlin le désenchanteur. (photo DR)

merlin.pngTout d'abord, plusieurs collègues que je  programmais dans quelques "boites" dans le seul but de leur être agréable, de leur faire gagner un peu d'argent et qui se croyaient subitement installés à demeure dans le créneau-disco au point de pouvoir me "virer".

Mais aussi, certains patrons d'établissements de nuit, petits truands de pissotière ne reculant devant aucune manigance, comme celui du Cerf-Club à Bourron-Marlotte (Seine-et-Marne) qui, ayant conclu avec moi un contrat stipulant que je ne devais pas produire mon spectacle pendant un an à moins de 50 km de sa boîte, s'était probablement déplacé en voiture afin de trouver les 48 kilomètres (96 km aller et retour) entre son établissement et celui où je m'étais produit deux mois auparavant. J'étais donc en tort pour deux  kilomètres, ce qui dépendait aussi, évidemment, du trajet emprunté. Ce délicat Monsieur nous avait d'abord laissé faire notre spectacle, puis tenir compagnie au public comme nous avions l'habitude de le faire, et au moment de payer le cachet nous avait annoncé qu'il nous assignait en procès.

Je pénétrais alors derrière son comptoir et commençais à bousculer l'individu qui appela au secours les trois ou quatre videurs de la boite. Le public commença à prendre le parti des artistes ce qui calma le "tôlier apprenti caïd" qui n'en continua pas moins de nous menacer d'un procès.

Alors, sur un simple coup de téléphone de ma part, notre voyou manqué eut la surprise de voir apparaitre, une heure et demi plus tard, deux malabars qui réglèrent la situation en à peine dix minutes et, indépendamment de ma volonté, le condamnèrent à six mois de privation de spectacle. A cette époque et dans ce milieu, la solidarité existant, plus un seul numéro visuel ne fut programmé dans ce club et plus un artiste transformiste n'accepta de s'y donner en spectacle durant six mois.

Sans titreCANARD ENCHAINÉ.jpgEnfin, certains poissons plus gros, comme par exemple le groupe Barrière, gérant le casino de Deauville, qui n'avait pas trouvé mieux que me voler le titre de mon spectacle : se sachant protégé par une armée d'avocats et pratiquement tous les cabinets juridiques de Normandie avec lesquels il était "en cheville", il me fallut le contrer en alertant la presse, ce qui risquait de ternir son image de marque. 

Ou encore le Lido, aux Champs Élysées à Paris, où ayant réussi à joindre le patron par téléphone, celui-ci m'annonça naïvement que mon titre lui ayant beaucoup plu, il l'avait pris pour illustrer les prestations du duo de célèbres magiciens "Siegfried and Roy" !

 

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 SIEGFRIED et ROY (photo Gallery Prints)

3544278989.jpgVous pouvez voir un merveilleux numéro de Siegfried and Roy en tapant dans Google : "Seigfried and Roy. Lido de Paris. 1968-you tube".

 Chers lectrices, chers lecteurs, il ne s'agit pas ici de vengeance ni de revanche, mais vous savez bien que dans d'innombrables milieux autres que celui du spectacle, il existe les mêmes problèmes. Il s'agit simplement de savoir qui sont quelquefois les plus malsains : les gens dits honnêtes ou bien ceux dits hors-la-loi ?

Et ce n'est pas toujours ceux qu'on pense !

EPISODE 9

LES FÊTES INCROYABLES D'UN GÉNIE DE LA NUIT: JEAN-PIERRE KLIFFEL, CRÉATEUR DU ROCAMBOLE.

Notre spectacle FANTASTIC HORROR SHOW est devenu incontournable. Et si, au début de sa création, nous lançons tous les deux mois des relances par écrit et aussi par l'intermédiaire du fameux Minitel, celles-ci deviennent rapidement inutiles, le bouche à oreilles fonctionnant admirablement.

Avec Blondine, mon épouse, nous donnons un show en deux tableaux d'une durée de 25 minutes et, devant le succès obtenu, nous ajoutons des attractions interprétées par des artistes transformistes de grand talent.

Notre programme peut alors durer jusqu'à une heure quinze, suivant le budget des clubs. Serge Grégory, notre imprésario-disco, nous met en bonne place dans son catalogue et, très rapidement, il devient impossible de gérer les spectacles et, en même temps, notre petite boutique des magiciens qui sera reprise par un adorable couple d'artistes : les Kirstens Flower. J'abandonne aussi le circuit des écoles.

Dorénavant, nous nous consacrons entièrement au spectacle. Entre les clubs discothèques, les animations commerciales, les spectacles privés, les fêtes d'entreprises, nous en arrivons à plus de 300 prestations par an. Alors il est nécessaire de s'équiper d'un certain confort et nous décidons l'achat d'un camping-car.

CAMPING-CAR.jpg                                                 Notre magnifique camping-car Citroën

74932883dessin-jpg-1.jpgNous sommes en 1978. C'est à cette date que notre collègue artiste Nono Beverlys, qui possède un numéro époustouflant de patin à roulettes sur une petite piste de trois mètres de diamètre et qui place aussi des attractions, nous inscrit au programme d'une extraordinaire discothèque "Le Rocambole", créée par un certain Jean-Pierre Kliffel.

Jean-Pierre Kliffel est le génial inventeur des nuits à thèmes du Rocambole dont s'inspireront certaines émissions télévisées. Le Rocambole présentait ces soirées débridées bien avant les émissions de Patrick Sébastien. Jean-Pierre était un passionné qui remettait tous les bénéfices des soirées pour le plaisir des noctambules qui se comptaient par milliers. Il ne se souciait d'aucune façon de ses propres intérêts.

Jean-Pierre KLIFFEL 1.jpgEn 1968, Jean-Pierre crée probablement la première discothèque gay dans l'ile Saint-Louis, rue Budet. 1968 c'est aussi un célèbre mois de mai inaugurant une libération des moeurs. Le club ouvre sagement à 21 heures accueillant les habitués jusqu'à très tard ou plutôt très tôt le lendemain matin. L'engouement est immédiat et après cinq ans, l'endroit étant devenu plutôt exigu, Jean-Pierre s'exile à 17 kilomètres de Paris par la nationale 19, à Villecresnes.

Une soirée avec Nicole Croisille et Yves Lecoq (Photo Ranky)

ROCAMBOLE UNE SOIRéE AVEC YVES LECOQ ET NICOLE CROISILLE.jpgJean-Pierre transforme les nouveaux lieux : un restaurant avec scène de spectacle, deux bars américains, des aquariums géants garnissant les murs des salons, une piste de danse avec une seconde scène pour les spectacles de trois heures du matin, une boîte pouvant accueillir 1000 personnes.

C'est un lieu dédié à la fête dont la marraine est Line Renaud et où se côtoient les noctambules anonymes et les célébrités, gays ou hétéros, tous faisant bon ménage. On y danse la valse musette ou du tapis, le jerk, le madison et le tango et, bien évidemment, les rythmes tropicaux et le disco.

La nuit des lauriers d'or au Rocambole avec Yves Lecoq (Photo Ranky)

ROCAMBOLE UNE SOIRÉE AVEC YVES LECOQtitre.jpgLe disk-jokey c'est Michel, dit Marinette, un garçon hors du commun, fabuleux, une sorte d'inventeur génial d'un patchwork musical officiant à l'intérieur d'une cabine ressemblant à un aquarium qui, loin de le séparer du public, l'idéalise à travers les vitres.

 Gainsbourg, Le Luron, Hervé Vilard et Mourousi (photo DR Le Palace)

LeLuron.jpgDans les différents espaces, les "fans du Roc" connus et inconnus se croisent, se parlent, s'amusent. Il n'y a pas de star. Au restaurant, Line Renaud et son mari Loulou Gasté, dégustent des fruits de mer pendant que Sylvie Joly donne un sketch ou que moi-même je pulvérise magiquement la magnifique bague de Nicolle Croisille. Au bar, on rencontre Yves Mourousi, Gainsbourg, Hervé Vilard qui seront au spectacle de trois heures du matin, tous assis par terre en chien de fusil devant un rideau tiré à la main, sans chichi, par Evelyne, dite la mère images-1.jpgDenis, pour assister au show délirant des meilleurs transformistes de la capitale, de l'attraction visuelle déjantée ou encore à la présentation du dernier tube de Patrick Hernandez "Born to Be Alive".

 

Contrairement aux idées reçues par la "société bien pensante" la drogue n'est pas tolérée dans les lieux et le contrevenant surpris en flagrant délit est immédiatement amené sur le parking où il peut réfléchir aux risques encourus, c'est-à-dire prévenu de sa mise à la porte définitive du club en cas de récidive.

Les loges du Rocambole : 1er rang, une danseuse et Ranky - 2ème rang, la chanteuse Prudy et Blondine - Au maquillage, le transformiste Tartine (Photo Ranky)

 ROCAMBOLE LES LOGES.jpgAdoptés par la direction, les artistes et la clientèle du "Roc", Blondine et moi produiront, à chacun de nos retours de tournée, une dizaine de numéros différents de 1975 jusqu'à la disparition tragique de ce club en 1983. Près de dix ans d'amitié, de rencontres extraordinaires, de création, de bonheur, mais aussi de drames dont je vais vous conter un épisode parmi les plus incroyables.

QUELQUE TEMPS APRÈS LA FERMETURE TRAGIQUE DU ROCAMBOLE SE DÉCLENCHE LA PLUS GROSSE AFFAIRE DE TUEUR EN SÉRIE DU 20ème SIÈCLE !

 Dans le monde hétéroclite de la nuit, la majorité des noctambules ne veulent que s'amuser mais comme partout ailleurs quelques individus se distinguent : on découvre quelques détraqués, des inconscients et des mythomanes, témoin la terrible histoire de ce jeune Antillais. (photo ci-dessous DR)

thierry-paulin-travesti_dossier_meurtre_1181575674_thumbnail.jpgComme il est traditionnel au Rocambole, les artistes, après leur prestation, se rendent aux bars ou dans les salons discuter avec les clients. Depuis quelques temps, Blondine est devenue l'interlocutrice préférée d'un garçon, métisse Antillais âgé d'une vingtaine d'années. Il fréquente d'ailleurs le club dès qu'il apprend que nous sommes programmés dans le spectacle. Très élégant, cheveux décolorés par périodes, portant un diamant à l'oreille, bien que revendiquant son homosexualité, il aime se montrer au bar de Livio en compagnie de mon épouse qui, à plusieurs reprises, s'ouvre à moi sur l'aspect inquiétant de ce jeune homme qui cependant sera toujours d'une correction parfaite, très gentleman, bref, respectueux des bonnes manières. Il se disait producteur de spectacles, organisateur de soirées à thèmes, businessman, mais en réalité il avait juste réussi à se faire engager comme serveur au "Paradis Latin". Il s'était aussi produit quelquefois comme artiste transformiste amateur dans quelques clubs homosexuels et notamment à l' Opéra-Night et au Rocambole.

Il faut attendre huit meurtres de femmes âgées dans le 18ème arrondissement de Paris, entre le 5 et le 9 novembre 1984, pour que la police se mette à surveiller le quartier et que les hommes politiques commencent à s'inquiéter de faits qui terrorisent le public. Le mode opératoire est toujours le même. Les victimes sont toutes étouffées soit par un oreiller, un sac en plastique, un torchon, soit battues et torturées avant d'être étranglées, souvent pieds et poings attachés, et cela pour la somme dérisoire de 200 à 400 francs.

Moins de huit jours plus tard, on découvre deux autres cadavres dans la même journée ce qui rajoute à l'affolement des habitants. Les crimes cessent pendant près d'un an, les tueurs s'étant exilés à Toulouse, puis réapparaissent subitement le 20 décembre 1985 par la découverte d'une dame âgée de 91 ans assassinée. Quinze jours plus tard, une autre personne subit le même sort et, après encore quinze jours, c'est au tour d'une autre encore. Quatre autres crimes allongent encore la liste dont deux le 12 janvier 1986.

Thierry Paulin ((photo DR)

Scan10055.JPGDes empruntes digitales démontrent alors que le, ou les tueurs, ont opéré dans différents quartiers ce qui fait avancer l'enquête jusqu'à l'arrestation de Thierry Paulin qui avoue 21 crimes dont il sera convaincu pour le moins de 19, mais il y en eu probablement plus, et son amant et complice Jean-Thierry Mathurin pour au moins 9.

Jean-Thierry Mathurin sera condamné à la prison à perpétuité et libéré après 20 ans d'incarcération.

Thierry Paulin ne fut jamais jugé. Il est mort du sida, en prison, le 17 avril 1989.

Artistes, les habitués du Rocambole et évidemment mon épouse Blondine, qui n'avait jamais réussi à accepter une sorte de harcèlement plutôt inquiétant bien que surveillé par toute notre équipe pendant des semaines, apprirent avec stupéfaction que le jeune homme Antillais, fêtard et flambeur dans les boîtes de nuit, artiste transformiste amateur à ses moments et imprésario raté, était aussi Thierry Paulin tueur en série de vieilles dames !

 EPISODE 10

LA FERMETURE TRAGIQUE DU ROCAMBOLE ET LE ROC-ELYSÉES

Jean-Pierre Kliffel, le patron du Rocambole dirige son club de main de maître, secondé par une équipe de confiance et extraordinairement performante. Les soirées à thème, les anniversaires, les nuits spéciales, les fêtes endiablées se succèdent sans interruption et la fatigue se fait de plus en plus sentir. Alors pour ne pas inquiéter son personnel, Jean-Pierre avale en cachette, de temps en temps, un petit comprimé pour se réveiller, un petit comprimé pour dormir, puis deux, puis trois, accompagnés d'un verre d'alcool, puis deux...

Quelques personnes ont découvert son secret, quelques membres du personnel et quelques artistes aussi, qui essaient bien de le raisonner afin qu'il se repose un peu. Mais Jean-Pierre est un passionné. Son club c'est sa raison d'être, son plaisir, sa vie. Il continuera donc à organiser le programme des festivités mais, malgré tout, il devra céder plus de prérogatives aux responsables de bars, du restaurant, des cuisines et confier la partie administrative à une équipe renforcée.

ROC-ELYSEE.jpgCette dernière équipe prend de plus en plus d'importance au sein du club et finira par mettre par écrit un contrat de gestion lui permettant de mettre en place ses propres décisions. Et c'est ainsi qu'elle décidera d'ouvrir une succursale au Rocambole, le Roc-Elysées. Le personnel et les artistes ne sont pas emballés par cette nouvelle. Pour tous, il n'y a qu'un seul Rocambole. Il est inconcevable de scinder le club en deux, d'autant plus que la "nouvelle direction" envisage d'enlever les meilleurs éléments à Villecresnes pour les mettre en place à Paris : Marinette le disk-jokey, plusieurs barmans, quelques transformistes. 

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Quant à moi, je suis pressenti pour devenir le directeur artistique de ce nouvel établissement. Après bien des hésitations, j'accepte la place pour quelque temps seulement et pour satisfaire mes collègues artistes, dans le but de donner une impulsion bien déterminée aux spectacles. Je commanderai donc les décors, la machinerie, engagerai les artistes, veillerai aux répétitions et ferai bien évidemment, avec Blondine, partie du programme.

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La réussite financière, contrairement aux croyances contemporaines, n'est pas forcément admirable. Je me souviendrai, ma vie durant, du naufrage de Jean-Pierre Kliffel. Et je sais que mes amis saltimbanques s'en souviendront également. Le Roc Elysées ne fut pas une catastrophe commerciale, mais ce ne fut pas non plus une réussite humaine. C'était un commerce, rien de plus, ce n'était pas le Rocambole. La nuit d'inauguration de la "boîte" fut un calvaire pour Jean-Pierre. Pas une seule fois il n'y avait mis les pieds avant cette soirée inaugurale et ce soir-là il nous apparut fatigué, pâle, absent. Avait-il pris un petit comprimé pour se réveiller, un petit comprimé pour dormir, ou deux, ou trois, accompagnés d'un verre d'alcool, ou deux, ou trois ? Nous ne le saurons jamais.

Tout de suite après l'inauguration officielle, et sans attendre les festivités programmées, Jean-Pierre embrassa son équipe comme si c'était la dernière fois et se fit raccompagner au Rocambole de Villecresnes. On ne le revit plus jamais à Paris.

Par une extraordinaire coïncidence, le nouveau patron du Roc-Elysées portait aussi le prénom de Jean-Pierre, ce qui à mon sens rajoutait bien des confusions. Je continuai à diriger le club parisien comme directeur artistique, tout en organisant ma sortie de façon à favoriser mes collègues artistes. Je faisais de nombreuses allées et venues entre les bureaux de Paris et Villecresnes, c'est-à-dire entre les deux bureaux sur lesquels le deuxième Jean-Pierre avait maintenant la main mise.

UN RENDEZ-VOUS SANGLANT.

Le dernier rendez-vous de travail 1983 était fixé de bonne heure le  matin. Lorsque j'arrivai au Roc de Villecresnes, légèrement en retard, toutes les portes étaient ouvertes, comme d'habitude. Cependant, un silence particulier, lourd, inquiétant, planait dans les lieux et c'est avec une appréhension difficilement analysable que je commençais à me diriger vers les bureaux. Les aquariums garnissant les murs avaient explosé et les poissons morts étaient mêlés à des centaines de kilos de verre jonchant la moquette détrempée.

La porte du bureau était ouverte. À l'intérieur, trois personnes étaient ficelées sur des chaises, immobiles. Un quatrième homme baignait dans une mare de sang, tué d'une balle dans la tête. C'était Jean-Pierre, le deuxième patron. Je fis demi-tour et rentrai chez-moi.

Je crois que c'était la première fois de ma vie que j'étais en retard. Et c'est peut-être bien cela qui m'a sauvé la vie.

Quelques mois plus tard, le Rocambole est détruit par un incendie et Jean-Pierre Kliffel le créateur génial du Rocambole, relégué avec sa mère et son chien pincher dans un baraquement en bois pratiquement sans chauffage et sans aucun confort, sombre inexorablement dans la maladie.

Par une sinistre nuit d'automne, les pompiers l'emmènent pour finir de mourir à l'hôpital.

EPISODE 11

LA GRANDE FOLIE MISS FRANCE

En cette année 1984, dramatique  au niveau du Rocambole et des meurtres en série de Thierry Paulin, on trouve aussi, et c'est le lot des artistes du spectacle, des anecdotes plus légères faisant comme office d'entractes. Les artistes survolent des mondes, des situations étranges, naviguent d'un lieu ou d'un milieu à un autre, laissent un souvenir à qui sait le voir, marquent des dates, marquent des vie.

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1984. Un monsieur très attachant, Tonio Villaréjo, entrepreneur de spectacle, me sollicite afin que j'organise le programme scénique de l'élection Miss France. Rien que ça ! Sur le coup, je pense avoir affaire à quelqu'un de l'équipe de  Madame de Fontenay, mais pas du tout ! Il s'agit d'un comité miss France concurrent créé par Michel Le Parmentier. Allons-y ! J'accède donc à la demande d'autant plus que, pour l'occasion, ces gens très sympathiques ont jeté leur dévolu sur le Casino de Paris qui souhaite renouer avec les grandes revues d'antan. MISS FRANCE 84 3.jpg

Cependant il existe un impératif : cette élection Miss France 84 devra avoir lieu le 26 décembre 1983, avant l'élection Miss France de la dame au chapeau, fixée au 29. Il va falloir organiser dans l'urgence. C'est donc la Grande folie Miss France que l'on pourrait aussi appeler la guerre des Miss.

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Car il faut savoir qu'il existe encore un troisième comité Miss France et, même, un quatrième avec Miss France Disco. Tous ces gens se chamaillent depuis quarante ans. Nous sommes en 2016, cette guéguerre perdure et le public continue à l'ignorer.

Qu'importe, la soirée est mémorable. Les jeunes filles venues de toutes les régions de France sont très belles. Le jury est composé de personnalités et de vedettes parmi lesquelles on distingue Hugues Aufray, le comédien Piéral, Yves Mourousi, Pierre Vassiliu, Daniel Guichard ...

(Photo Ranky)

YVES MOUROUSI MISS FRANCE 84.jpgLe spectacle est de bon niveau et le tout est présenté par un animateur-télé vedette de l'époque.

 

 

   Au programme

 Grande revue

en 2 actes et 12    tableaux.

   LE FANTASTIC-SHOW avec  RANKY et BLONDINE

Les Boys et les Girls du Casino

Les statues d'or      vivantes : les       Héraclès

 

(Photo DR)

c_2_45.jpgDuo Héracles

Les fabuleuses statues d'or de la Grèce antique. Superbe spectacle dans lequel deux artistes recouverts d'or vous font rêver avec leur numéro unique où l'équilibre, la beauté et la force sont associés.

Les exercices exécutés au ralenti donnent l'impression de statues vivantes et vous emmènent dans l'univers merveilleux de la Grèce antique.

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 Blondine, lumineuse, sur la scène du Casino de Paris, divinement coiffée par notre collègue artiste et ami Jean-Pierre Doigt de Fée.

(Photo Ranky)

Valérie Griffet.jpgIl y aura donc quatre Miss France en 1984. Celle du Comité Le Parmentier au Casino de Paris, Valérie Griffet. Celle de Madame Geneviève de Fontenay, Martine Robine. Un troisième Comité sacre Myriam Kériourio et un quatrième une Miss Disco. 

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Martine ROBINE

(Photo DR)

Comité Madame de Fontenay

Miss FRANCE LA 3ème.jpgMyriam Kériourio et Miss Disco

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UNE SOIRÉE INOUBLIABLE SUIVIE D'UN JOLI CONTRAT.

Miss-France-84.JPGQuelques jours plus tard, Tonio Villaréjo devenu le manager exclusif de Miss France 84, Valérie Griffet, nous propose un contrat de quinze jours pour Saint-Domingue. Il s'agit d'une tournée promotionnelle pour la chanson que vient d'enregistrer sa protégée (dont le titre est "C'est pas la peine") et, pour Blondine et moi, une série d'interviews démonstrations télévisées concernant notre numéro de chirurgie à mains nues et destinées à dénoncer un scandale dont je vous entretiendrai dans le prochain épisode. Le contrat est signé.

Si vous désirez écouter la chanson de Valérie Griffet

Dans Gogle tapez : Valérie Griffet C'est pas la peine.

En attendant le départ pour la République Dominicaine, nous reprenons nos spectacles de discothèque. Mais, à quelques jours de notre envol pour les iles lointaines, mon épouse Blondine est victime d'un accident. À l'issue de l'une de nos prestations, nous revenons comme il est d'usage saluer le public, et au deuxième rappel, ses talons se dérobent et elle chute lourdement sur le sol de marbre. Verdict : fracture du coccyx ! Elle espère tout de même être du voyage pour Saint-Domingue, mais une sciatique s'installe dès le lendemain. Nous organisons son séjour "médical" à la maison car je dois assumer les contrats signés : une animation commerciale en Normandie avec la "Fleur Vivante", une attraction qui m'oblige à engager, pour deux journées, la jeune femme disponible d'un collègue magicien, et partir sans ma femme, avec Miss France 84 Valérie Griffet, quinze jours en république Dominicaine dont, vu le contexte, je ne garderai pas un souvenir ébloui.

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 EPISODE 12

LE SCANDALE DES CHIRURGIENS A MAINS NUES

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La prestidigitation est l'art de tromper le public en lui montrant ce qui n'existe pas, dans le seul but de le divertir. Mais il se trouve que certains margoulins de la voyance et de nombreuses autres  spécialités, dites paranormales, réussissent à s'approprier quelques techniques illusionnistes pour faire passer comme réelles de soi-disant facultés extraordinaires qui ne constituent en fait que des escroqueries.

Ci-après, le journal médical TONUS me consacre un article et sa page de couverture.

 CHIRURGIE A MAINS NUES TONUS.jpgPartant du principe que tous les effets classés paranormaux peuvent être imités par les techniques illusionnistes, il devient difficile de distinguer les vrais effets psi des arnaques. En conséquence, l' observateur non averti d'un phénomène prétendument paranormal est incapable de déterminer s'il est victime ou non d'une illusion. C'est à ce moment qu'intervient le magicien de spectacle, qui est évidemment le mieux placé pour détecter la supercherie éventuelle. D'où mon idée de créer un comité d'expertise destiné à dénoncer les subterfuges, mais aussi d'authentifier les véritables phénomènes là où ils peuvent exister. Pourchasser les voyous sur leur propre terrain, avec ma profession comme arme principale, voilà bien une source de satisfaction et, en tous cas, une mission honorable.

Le Comité Illusionniste d'Expertise et d'Expérimentation des Phénomènes Paranormaux (CIEEPP) voit donc le jour en septembre 1976.

Il comprend aujourd'hui une trentaine de magiciens et 405 dossiers ont été traités, un des tous premiers étant le fameux scandale des chirurgiens à mains nues.

Les "chirurgiens à mains nues" sont apparus aux Philippines dans les années 1970. Baptisés ainsi parce qu'ils affirment, aujourd'hui encore, extraire des tumeurs sans bistouri, uniquement à l'aide de leurs doigts, sans aucune douleur, donc sans anesthésie. Dès cette révélation, des dizaines de milliers de malades affluent vers ces îles magiques... à l'incroyable satisfaction de certaines compagnies aériennes, agences de voyage et hôtels.

Des chirurgiens locaux en opération.

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Je me rends donc aux Philippines afin d'éclaircir le mystère et, pourquoi pas, d'accréditer le miracle s'il s'avère réel. Je teste donc 38 guérisseurs mais, hélas, mes conclusions demeurent sans appel. J'ai surpris 38 "chirurgiens" en flagrant délit de tricherie : le 39e, ayant eu vent de ma mission, s'étant éclipsé tel un illusionniste.

J'opère à mains nues.

CHIRURGIE15.jpgLa dématérialisation des tumeurs, qu'ils prétendent réaliser, n'existe pas. À chaque fois, il s'agit d'une manipulation plutôt grossière destinée à choquer le patient qui y trouve quelquefois un bénéfice, engendré par le déclenchement d'un phénomène placébo, chacun sachant très bien que l'amélioration d'une pathologie et, parfois même l'auto-guérison, peut être provoquée par la croyance.

Mais c'est bien connu : toute tentative d'action en faveur d'un progrès dans la salubrité publique amène toujours son lot de contradicteurs. Pour les curieux désirant s'instruire sur ce phénomène pas du tout paranormal, je veux parler de la tentative d'action en faveur d'un progrès, il suffit de se rendre  sur le blog http://paranormal-blogspirit.com pour se rendre compte de la désinvolture avec laquelle je suis criblé d'insultes par des gens à qui je semble avoir cassé le jouet. Ceux-ci me réclament des vidéos mais je n'ai pas pu en réaliser aux Philippines, sous peine de danger mortel, puisque j'étais dans ce pays incognito pour démasquer ou authentifier ces charlatans. Sur les vidéos, on n'aurait rien vu de plus que sur une photo. Il est à noter que ces tenants inconditionnels de la chirurgie magique ne sont, pour la majorité, jamais allés aux Philippines ni dans une salle de spectacle pour applaudir un magicien. Ils ont juste été contaminés par quelques articles de presse, des livres ou à la télévision. (Photo Lise Lesprit)
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Il est d'ailleurs à noter que j'ai créé un personnage de docteur fou, poitrinaire, vomissant, opérant à mains nues les spectateurs volontaires, arrachant par-ci un oeil, par là des amygdales pour que ma mission soit prise au sérieux. Ce numéro de music-hall a été engagé quatre années consécutives dans le Festival mondial de la magie.

Auparavant, en souhaitant démystifier l'arnaque sérieusement au cours de conférences, personne n'y croyait.

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GARDE DU CORPS Photo Alain Secrétan.jpgQuant aux individus que je dérangeais, sans doute, par mes dénonciations intempestives et ininterrompues, en contrariant leur "commerce" honteux, ils ont tenté, au moins à trois reprises, de m'éliminer physiquement !

Mais il n'y a pas qu'aux Philippines qu'on est prêt à utiliser des armes pour défendre sa position de voyou. En Belgique et en France aussi.

Un homme en arme aux Philippines. (Photo DR)

J'engage mes lecteurs à visionner une partie du documentaire : Miracle aux Philippines.ina.fr (durée 10 minutes) 

Ou, pour en savoir (beaucoup) plus, à se rendre sur le blog que j'anime avec Jacques Mandorla : http://paranormal.blogspirit.com

Ou encore à lire mes livres sur les phénomènes paranormaux

En vente dans toutes les librairies

COUVE DES 3 LIVRES DE RANKY.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 EPISODE 13

LE FESTIVAL MONDIAL DE LA MAGIE

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André Sanlaville est le créateur du Festival Mondial de la Magie. Natif de Lyon, surnommée la "Ville du Mystère et des sectes occultes", il a présenté chaque année son programme dans cette ville. Il reconnait au grand dam des illusionnistes eux-mêmes qu'il a réussi à attirer un bien plus large public en misant sur des numéros semblant relever de facultés paranormales plutôt que sur leurs seules techniques.

Entre fakirs, voyants, calculateurs prodiges, télépathes, hypnotiseurs, et illusionnistes, il réussit à créer une rivalité qui permet de donner des spectacles à guichet fermé. La presse nationale et la radio ne se privent pas de consacrer à cette nouvelle forme de spectacle des articles élogieux et Bruno Coquatrix propose en 1954 à André Sanlaville de monter un spectacle à l'Olympia. C'est ainsi qu'André Sanlaville deviendra l'un des plus grands imprésari du monde magique. Un nombre considérable d'artistes trouvera auprès de lui une image prestigieuse, à condition toutefois de satisfaire aux qualités requises lors des auditions....

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Je rencontre André Sanlaville pour la première fois en 1976 à l'occasion  du Congrès de l'illusion de Lyon que nous fréquentons, Blondine et moi en qualité de marchands de matériel pour artistes. André est très intéressé par de petites démonstrations de parapsychologie LA FOURCHETTE 1.jpgtruquée que je donne dans le petit bistrot faisant face au Palais des Congrès. Et puis nous sommes en pleine période des chirurgiens à mains nues et je lui parle de mon numéro parodique de cette "spécialité" plutôt juteuse. Nous avions monté, à l'occasion de ce Congrès, une session spéciale.

 

 

 

Jean-Pierre Girard vient de tordre un barreau métallique sous mes yeux. (Image extraite de l'émission "Les paranormaux" télévision FR3) 1976

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"Jean-Pierre Girard", un émule de Uri Geller, l'homme qui tord des barres de fer, déplace des objets et arrête des montres, apparemment par la force de la pensée. Inutile de vous dire l'accueil qui nous est réservé par les magiciens qui réfutent, à près de 100%, la possibilité d'agir sur la matière par la seule force de l'esprit. Nous sommes copieusement rabroués et cette session fera date dans l'histoire de la prestidigitation.

FESTIVAL MONDIAL MAGIE 3.jpgEn tout cas, ce Congrès 1976 marquera le début de notre collaboration avec cet immense artiste qu'était André Sanlaville. Nous organisons plusieurs conférences. Et puis un jour, assistant à notre spectacle dans un restaurant, il nous propose de faire partie de son équipe festivallienne avec nos numéros de colombes et de chirurgie à mains nues, et de préparer quelques intermèdes parapsychologiques, l'idée étant de faire participer les spectateurs désirant s'initier à ces pratiques "sulfureuses" et, sait-on jamais, se découvrir un "don" caché. Je mets donc au point des séquences de radiesthésie, de torsions de barreaux métalliques, d'expériences de télépathie, qui, si elles ne sont pas toutes positives, ont le mérite d'apporter une formidable ambiance dans le public.

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QUELQUES REVUES DE PRESSE..

 

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Grâce au Festival Mondial de la Magie, Blondine et moi produirons nos numéros à travers le monde entier, dans les théâtres les plus prestigieux, pendant quatre années consécutives.

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Episode 14

LA SYRIE, UNE TOURNÉE QUI TOURNE MAL

Au programme de la tournée :

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Gil Dan et Dany -

 

 

 

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Claudy GILSON

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Mylène GILSON

 

 

 

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Yogi COUDOUX

 

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Gérard BELFIORE

et RACHEL

 

 

 

 

 

 

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    RANKY et BLONDINE

Le jour J du départ, suivant l'expression consacrée, nous sommes tous à l'aéroport Charles-de-Gaulle. Les bagages, constitués de plusieurs centaines de kilos, sont normalement dans la soute.

Maintenant, chère lectrice, cher lecteur, je vous engage à me suivre dans la carlingue de ce super avion de la "Syrianair" qui va nous emmener jusqu'à Damas, départ d'une tournée prétendue idyllique, devant traverser, bien sûr, la Syrie, puis le Liban, le Koweït et quelques autres pays si prisés des touristes contemporains.

Nous sommes neuf artistes, plus deux représentants de notre imprésario André Sanlaville, soit onze personnes, plus aussi les dix colombes d'un de nos numéros, et le merveilleux caniche de Gil Dan et Dany.

La troupe au grand complet pénètre dans l'avion mais, contrairement aux compagnies habituelles, aucune hôtesse ne nous accueille. Le couloir central est jonché de papiers gras, de récipients en plastique ayant apparemment  contenu quelque plat cuisiné, de chiffons humides, de quelques détritus indéterminés et de plusieurs préservatifs.

C'est à croire que ce vol a été loué uniquement pour nous, car il n'y a aucun autre passager à bord. Nous nous installons comme nous pouvons, en tentant de choisir des sièges qui ne sont pas trop défoncés. Cependant, l'atmosphère ne nous semblant pas des plus cordiales, nous émettons le souhait d'annuler notre départ. Et c'est là que la porte se verrouille bruyamment. Quelques bricoleurs parmi nous tentent bien de la forcer, mais en vain. Et les moteurs se mettent soudainement à faire trembler le fuselage. Nous nous apercevons alors que le pilote est seul. Il n'y a pas de co-pilote, ni même de radio. Pratiquement, parmi nous, personne n'est assis et ceinturé comme il se doit normalement. La situation est plutôt rocambolesque à moins qu'elle ne soit surréaliste, ou les deux, et nous allons peut-être décoller, si Dieu et Allah le veulent.

Ça y est, après dix minutes de point fixe, le pilote lâche les freins et le tas de ferraille se met en branle dans un à-coup qui déséquilibre la troupe entière du Festival Mondial de la Magie. Et ce n'est pas rien ! Et ça, ça nous fait rire, un peu, mais pas beaucoup quand même, surtout que l'avion est maintenant à deux mètres du sol, l'aile droite à ras du gazon et que ça dure, ça dure, mesdames et messieurs, et qu'on se demande si ça va durer.

Et soudainement nous prenons de l'altitude dans une super démonstration du pilote qui  zigzague, tangue et soubresaute avec sa machine dans un tour d'honneur de l'aéroport  qui nous laissera, notre vie durant, cette question sans réponse : comment cette aberration est-elle possible dans un des plus beaux et modernes aéroports du monde ? L'aéroport Charles De Gaulle, mesdames et messieurs !

La suite du voyage se passe sans incident. La porte entre la cabine de pilotage et les passagers est ouverte. Le pilote est calme. Il ne bouge pas. Il semble s'ennuyer. On croirait plutôt qu'il dort.

556400-698484.jpgLa descente sur Damas se fait sans problème. Les problèmes c'est tout de suite après !

L'avion touche terre et en quelques zigs-zags arrive en bout de piste où il s'immobilise un peu de travers, les "freins de service" semblant tirer plutôt à gauche.

En règle générale, dans tous les aéroports, les appareils se rendent ensuite vers les bâtiments de débarquement mais, une fois sans doute n'étant pas coutume, notre génial pilote coupe les moteurs et un silence impressionnant s'installe pour une durée indéterminée. Pas une information, pas un mot du pilote qui réagit à nos questions par des sourires béats. On se croirait coincés dans un TGV de la SNCF, en panne.

Et puis, au bout d'une heure, le pilote nous rejoint afin de nous gratifier d'un discours  explicatif de deux minutes environ, en arabe, suivie d'une traduction... en anglais. Et il regagne son siège.

Hôtel Sheraton. Damas. (Photo direction de l'Hôtel.)

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Ce n'est qu'au bout de quatre heures qu'un véhicule nous prend à bord avec bagages et animaux. Nous apprenons que nous avons la chance inouïe d'être les seuls passagers depuis plusieurs jours à avoir été autorisés à atterrir à Damas. En effet, à l'autre bout de la piste, un second avion est immobilisé car il a été détourné et des pirates armés retiennent à bord tous les voyageurs. Nous saurons par la suite que cette faveur nous a été attribuée à cause du spectacle que nous devons donner le lendemain à l'hôtel Sheraton en honneur de "puissants" émirs syriens.

DAMAS.jpgEn attendant ce jour tellement "honorifique" pour nous, nous sommes débarqués à "L'Orient Palace Hôtel" qui n'a de palace que le nom.

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La troupe au complet est réunie dans le salon principal, en proie à une inquiétude envahissante. Nous nous posons des questions au sujet des cadavres affreusement mutilés de chiens jonchant la chaussée, tout le long de l'autoroute menant de l'aéroport aux abords de Damas. En fait, ce sont les véhicules empruntant cette route qui foncent sur les animaux qui ont le malheur de s'y trouver. Nous en dénombrons une bonne trentaine.

Nous apprenons par le maître d'hôtel français qu'en Syrie il est interdit de posséder un chien si ce n’est dans les préceptes clairement stipulés par la religion car celui qui possède un chien – autre qu’un chien de chasse, gardien de troupeau ou d'une terre - verra sa récompense diminuée du poids d’une montagne chaque jour.
Et si sa récompense diminue du poids d’une montagne, la personne est en faute, car perdre une récompense équivaut à accumuler des péchés.

Allah dit dans le Coran que le degré de souillure du chien dépasse celui du porc. L' impureté du chien est la plus grave de tous les animaux, car la souillure de ces animaux ne se purifie que par sept lavages, dont l’un d’eux doit être fait à l’aide de sable.

Quant à ceux qui en ont besoin pour la chasse, le labour ou la garde d’un troupeau, il n’y a pas de mal à cela car le Prophète le permet.

 De l'avis général, la tournée ne semble pas vouloir démarrer sous les meilleurs augures.

 EPISODE 15

LE TOP DES SPECTACLES MAGIQUES POUR SYRIENS ÉVOLUÉS

CENSURE : les illustrations de ce chapitre ne correspondent pas à ce spectacle, car nous apprenons sur place et au dernier moment que toute prise de photo est interdite, sous peine de sanction.

Photo DR    

images.jpgL'immense salle de restaurant du Sheraton est blanche de monde. En d'autres pays, on dirait noire de monde. En effet, la majorité des spectateurs portent les habits traditionnels d'un blanc éclatant. Il y a très peu d'hommes en costume occidental et aucune femme.

Les visages reflètent une sorte d'impassibilité un peu inquiétante, les discussions se font sur le mode confidentiel, une sorte de brouhaha qui, comme chacun le sait, sont des bruits confus d'approbation ou d'improbation. Nous sommes loin de l'impatience joyeuse des spectateurs habituels de nos spectacles.

Mais la musique de générique est lancée qui met fin à nos interrogations stressantes sur la suite des événements. Il m'appartient, avec Blondine, d'assumer l'ouverture du programme avec notre numéro de magie classique, et tous les artistes vous le diront, le premier numéro du programme est le détonateur de l'ambiance générale que la troupe à choisi d'instaurer, en l'occurrence pour nous, la convivialité, la bonne humeur, le rêve, le mystère, l'humour, le tout assorti d'un grain de folie.

J'entre en scène, tel un petit lutin facétieux et légèrement bondissant et l'apparition d'une canne semblant sortir du néant, stupéfie visiblement les spectateurs. La canne disparait aussi vite qu'elle est apparue et fait place à deux grands foulards de soie desquels se matérialise une colombe. Et là, le public sursaute ou détourne la tête à la vue de l'oiseau.

C'est l'entrée de Blondine, éblouissante dans une robe à paillettes métalliques qui en temps normal, déclenche les applaudissements des spectateurs mais cette fois, rien ne se passe.

R AND B  COLOMBES FLEURS.jpgMa partenaire fait virevolter une canne qui s'échappe soudain de ses mains et que je saisis au vol, la transformant en un bouquet de fleurs multicolores duquel surgit une seconde colombe. Et là encore le public sursaute ou détourne la tête.

Je ne vous décrirai pas la totalité de notre numéro, au cours duquel vont apparaitre une dizaine d'oiseaux chaque fois ponctués par les sursauts du public et leurs détournements nerveux de tête, qui posent problème à toute la troupe.

Notre numéro se termine par la disparition finale d'un petit manège de chevaux de bois ou ont été installées nos dix colombes au fur et à mesure de leur apparition. Cette disparition instantanée provoque quelques applaudissements du bout des doigts des spectateurs, apparemment soulagés de voir repartir dans le néant tous ces volatiles.

Nous sommes dans l'impossibilité d'expliquer ce rejet collectif de ces magnifiques volatiles.

gill dann image689.jpgLe programme s'enchaîne avec l'intervention de Gil Dan et Dany dans leur magnifique numéro rempli de poésie qui semble captiver l'auditoire jusqu'à l'apparition de... leur caniche que les artistes installent sur un piédestal, duquel il semble apprécier au plus haut point les facéties magiques de leurs maîtres. D'habitude les spectateurs sont époustouflés, ravis, hilarants et confondus de voir les mimiques et attitudes de cette boule de poils blancs mais, pas plus que les colombes, le chien ne semble ce soir déclencher l'ardeur des pontes syriens.

Photo Claude et Mylène Gilson

chute en arriere.jpgVient le tour de Claude Gilson qui, sous le nom de Sangor, hypnotise quelques personnes de l'assemblée. Le talent de ce collègue est tel qu'aujourd'hui encore nous nous posons toujours la question de savoir comment il a pu réaliser son numéro avec des spectateurs aussi peu motivés.

Photo Coudoux

images.jpgDe même pour l'extraordinaire yogi Coudoux dont les performances physiologiques sont phénoménales : désarticulation des genoux, des épaules, postures incroyables de yoga et surtout l'entrée de son corps athlétique de 1 mètre 85 dans une boîte transparente de 56 x 40 x 41cm de côté.

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Photo Gérard Belfiore

Nous commençons à comprendre ce qui se passe dans la cervelle du public lorsque Gérard Belfiore produit son numéro. Enfermé dans un carton d'emballage, sa partenaire Rachel plante des épées par dizaines et il semble impossible que notre magicien puisse échapper à la mort par transpercement. Il est donc invulnérable !

Coudoux maîtrise son corps et pourrait bien être immortel. Gilson endort les hommes et les commande par la force de son cerveau.

Ranky et Blondine, Gil Dan et Dany font apparaître, disparaitre et transforment des objets par pure magie. Nous sommes au Moyen Âge !

Photo Gérard Belfiore

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Et l'ambiance monte encore de plusieurs crans, quand Belfiore présente un numéro de transpercements sanglants de certaines parties de son corps, par un poignard plus vrai que nature.

Du coup, je n'ai plus aucune inquiétude à présenter mon fameux numéro de chirurgien fou. Bourré de tics, nerveux, vociférant, vomissant du sang, je navigue entre les tables, arrachant ici un oeil, là un doigt, pendant que mon infirmière sexy Blondine  parvient à faire venir jusqu'à la table d'opération, installée sur le podium, deux volontaires en costumes occidentaux afin de les opérer, l'un des amygdales et l'autre des intestins.  

Photo Lise Lesprit

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Jamais cette prestation de chirurgie à mains nues ne nous aura parue aussi longue et malvenue. Nous ne sommes plus dans l'humour. Nous ne sommes plus dans le spectacle. Nous avons conscience d'alimenter une certaine morbidité car nous décelons sur les visages des rictus de satisfaction. Le sang qui gicle de partout émoustille ces gens. Mais nous sommes tenus d'aller au bout de notre prestation et la fin de celle-ci nous apparait comme une délivrance.

LES JOIES DE LA TÉLÉVISION

Photo Claude Gilson.

coq.jpg Suivant les termes de notre contrat, la troupe au grand complet à rendez-vous à onze heures tapantes à la télévision nationale, le lendemain de notre mémorable prestation shératonniène. Il est 9 heures et comme nous disposons de temps avant ce passage qui va nous rendre archi-célèbres dans tous les souks Syriens, et peut-être même plus loin puisque notre contrat doit nous amener aussi en Turquie, au Liban et au Koweit, notre ami Claude Gilson  propose à quelques uns d'entre-nous de l'accompagner au marché afin d'acheter un coq car il a l'intention de rajouter à son numéro d'hypnose  une séquence avec des animaux.

Ce que nous découvrons  nous glace d'effroi. Les marchands de poulets sont légion et curieusement tous les volatiles gisent par dizaines, couchés sur le côté. En nous approchant nous nous apercevons que chaque animal à les pattes entravées par de la ficelle ou du fil de fer. Et, détail horrible, leur bec a été cassé, à l'aide de pince coupante ou de cisaille, nous explique un  marchand, de façon à faire des économies de graine vu qu'arrivés à un certain âge ces gallinacés ne maigrissent plus et qu'ainsi leur chair devient encore plus goûteuse.

 Après tous ces chiens massacrés le long de l'autoroute, nos colombes qui retournaient les tripes de ces nantis en djellabas immaculées, le chien de nos amis Gil Dan et Dany, un animal d'une incroyable sensibilité, et maintenant les animaux destinés à la consommation soi-disant humaine martyrisés pour gagner quelque argent de plus, c'est inacceptable.

Plus personne de la troupe n'a envie de demeurer dans ce pays. Nous envisageons de rompre le contrat et tentons de joindre au téléphone le correspondant de notre imprésario André Sanlaville, un dénommé Siranossian, qui s'occupe des engagements dans ces délicieux pays. Mission impossible. Monsieur Siranossian est injoignable.

Mais il est l'heure de se rendre à la télévision syrienne. Et là, une délégation nous attend, non pas avec joie et bonne humeur mais en armes. Il n'y a plus de djellabas ou même d' hommes en costumes occidentaux mais des soldats en tenue de combat à s'y méprendre fournies par la France tellement elles ressemblent à celles portées par les trouffions dont je faisais partie, embarqués de force dans la guerre d'Algérie.

Nous apprenons que nous sommes interdits de télévision et accusés de détourner les citoyens des préceptes "sacrés" édictés par les gouvernants syriens. Certains d'entre-nous seraient en outre des sorciers d'un nouveau genre.

Nous sommes reconduits illico à l'Orient Palace Hôtel et déclarés en résidence surveillée.

 EPISODE 16

Le pire reste à venir !

L'Orient Palace Hôtel de Damas.( Photo DR)

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La fameuse troupe du Festival Mondial de la Magie est confinée à l'Orient Palace Hôtel.  Chacun peut aller de sa chambre à une salle commune du rez-de-chaussée et de la salle commune du rez-de-chaussée à sa chambre. C'est tout. Le téléphone ne fonctionne pas. Les billets d'avion pour le retour sont probablement en possession de notre accompagnateur de tournée, mais celui-ci serait entre les mains de la police syrienne. Et puis, normalement, la tournée devait se poursuivre pendant une quinzaine de jours, mais la situation semble pour le moins bloquée. Aucune information ne nous parvient plus. Indéniablement, nous sommes pris en otage.

Un repas très succinct nous est servi vers midi et toute la journée nous attendons on ne sait quoi. Nous sollicitons et obtenons l'autorisation de sorties en ville, mais  nous avons conscience d'être surveillés à distance. Nous sommes prisonniers, mais il ne faut pas que cela se sache. L'atmosphère est lourde d'inquiétude. Nous échafaudons bien plusieurs hypothèses afin de nous sortir de ce pays hostile, mais aucune n'est valable.

(Photo DR)

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Après trois jours d'attente, tout se complique sérieusement. Je souhaite me rendre au marché afin d'acheter quelques victuailles car la faim se fait sentir. J'y suis autorisé mais à condition d'être accompagné de gardiens armés. L'incroyable, l'impensable m'apparait alors dans toute son horreur. Ce sont deux garçons de dix à douze ans, chacun armé d'une mitraillette qui vont me suivre, le doigt sur la gâchette. Nous devons nous restaurer pour tenir le choc et c'est la peur au ventre qu'en trente minutes mes emplettes sont faites. De toute évidence, par simple jeu ou encore plus simplement par curiosité, juste pour voir comment ça fait, les gamins pourraient fort bien vider leurs chargeurs dans mon dos.

Le lendemain en fin d'après-midi, nous décidons une nouvelle sortie, cette fois à plusieurs. L'expédition est composée du yogi Coudoux, Gérard Belfiore, Claude Gilson et moi. Conscients du danger encouru, nous laissons les femmes à l'hôtel. Les deux gamins armés ne sont plus là et nous sortons apparemment libres de circuler où bon nous semble.

Nous n'avons pas été payés. Cependant, il nous reste quelques de dinars en poche, de quoi acheter encore quelques fruits et même, en joignant nos fortunes, deux  bouteilles de whisky que nous ouvrons dès notre retour et qui s'avèrent être... de l'alcool à brûler ! La colère nous prend et nous retournons illico au souk où nous reconnaissons nos deux vendeurs. Au risque  de créer une catastrophe, nous nous faisons menaçants, surtout l'ami Coudoux qui, du haut de ses 1m85, présente une attitude impressionnante, nous dévoilant ses dispositions de magnifique comédien. Incroyable ! Nos deux lascars, et c'est probablement unique dans l'histoire de ces arnaqueurs de touristes, effrayés, nous restituent notre argent. Nous leur rendons alors leur marchandise un peu brutalement, je dirais suffisamment pour faire éclater sur le coin de bitume qui leur sert d'étal, ces bouteilles de poison. Nous regagnons l'hôtel avec l'idée que la violence, qui n'est pas dans nos habitudes, pourrait peut-être permettre de faire changer la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Notre nouvelle attitude semble vouloir modifier le comportement de nos geôliers. Après tout, ne sommes-nous pas venus dans ce pays pour travailler, et ceci avec l'accord des autorités syriennes ? Et tous nos papiers, passeports, contrats, etc, sont parfaitement en règle.

Nous exigeons d'être immédiatement conduits à l'ambassade de France en Syrie.

UN BIENFAIT N'ARRIVE JAMAIS SEUL... UNE CATASTROPHE NON PLUS.

 Dès le lendemain matin, branle-bas de combat. Nous montons à bord d'un bus qui prend la route, non pas de l'ambassade de France comme nous le supposions, mais nous emmène... à l'aéroport.

Une autre catastrophe nous attend. Nous passons par l'espace de fret où nous apercevons nos malles et valises contenant costumes, matériel technique et de scène, empilées en plein air, et qui apparemment ont subi toute la nuit une pluie torrentielle. Et nous allons assister en direct au chargement de nos outils de travail sur des palettes, censées les emmener dans l'avion. Inimaginable ! Nos malles sont roulées dans la boue, certaines tombent des palettes, s'éventrent en libérant des costumes ou une partie de notre matériel précieux.

À proximité, d'énormes caisses de couleur kaki sont protégées des intempéries. Elles sont alignées avec soin car elles contiennent des armes, des munitions, tout un matériel de guerre fourni par la France. En effet, nous pouvons lire en lettres capitales noires leur provenance, c'est-à-dire le nom des villes françaises où elles sont fabriquées.

Bravo la France ! Nous possédons un ministère qui est censé nous défendre de la guerre et qui, en même temps, vend du matériel d'armement aux étrangers susceptibles de nous la déclarer.

Le spectacle est grandiose !

Gil Dan dissimule son caniche comme il peut, sous ses habits. Quand à nos dix colombes, nous avons recouvert leur cage de transport d'un cache en tissu et posé sur l'ensemble un vêtement, le tout faisant penser à un bagage classique de cabine.

Quarante minutes plus tard l'avion décolle. Destination inconnue.

 

 EPISODE 17

C'EST PAS BEAU LA VIE D'ARTISTE ?

(Dessin DR)

images.jpgL'avion qui nous emmène on ne sait-où n'est guère plus propre que celui qui nous avait conduit à Damas. Pas d'hôtesse, mais cependant un deuxième individu en tenue civile est assis à la droite du pilote. Peut-être s'agit-il d'un co-pilote ? Peut-être s'agit-il d'un radio ? Nous avons plutôt l'impression qu'il s'agit de quelqu'un qui accompagne son copain pour un week-end. Bon, pour l'instant une sorte de miracle fait que l'appareil tient en l'air et c'est ce qui nous semble le plus important malgré quelques décrochements impromptus qui nous font tomber dans des trous de plusieurs dizaines de mètres.

 Nous sommes dix contre deux hommes, si je peux me permettre d'employer ce terme. Nous décidons alors de faire pression sur ces deux types en surveillant toutefois qu'ils  ne préviennent pas radiophoniquement leurs autorités d'être les victimes d'une prise d'otage ce qui déclencherait probablement un retour vers l'idyllique Syrie.

Nous exigeons de connaitre la destination de ce vol. Devant nos airs menaçants, les mêmes qui nous ont si bien réussi jusqu'à maintenant le "conducteur" d'avion met son appareil en pilotage automatique et décide de nous gratifier dans la carlingue d'un discours totalement incompréhensible. Il ne parle pas un mot de Français. A nos mines dubitatives il recommence son exposé, cette fois en anglais. Par chance nous parvenons à saisir que nous allons attérir à Orly.

Et c'est la seule vérité que nous aurons entendue durant tout ce voyage.

Quand la porte de l'avion s'ouvre enfin, nous respirons un air de liberté et comme un sentiment d'amour pour la France. Nous n'avons plus qu'un seul désir, celui de nous rendre le plus vite possible dans notre maison des bords de Marne.

De retour au pavillon, nous nous organisons comme nous pouvons. La solidarité n'est pas un vain mot. Nous nous cotisons pour faire quelques courses mais les vaches sont maigres, très maigres. Le collaborateur de André Sanlaville, un escroc dénommé Siranossian s'est enfuit avec la caisse. On ne le retrouvera jamais.

L'argent fait cruellement défaut mais le matériel de travail bien plus. Le peu que nous avons récupéré en bagage à mains et une partie récupérée plusieurs jours après notre arrivée est dans un tel état qu'il faut plusieurs jours pour qu'il soit à nouveau opérationnel. Pendant que les uns réparent je m'évertue avec Blondine à organiser un petit circuit de discothèques.

La semaine suivante nous sommes prêts et avons tous des engagements dans diverses boites.

Je me souviendrai longtemps de notre premier spectacle après la catastrophe,  dans une discothèque Parisienne du faubourg Saint Honoré, composé de Belfiore, Rachel, Blondine et moi qui avons fini au bar, éméchés  au bout de deux petits whiskys de rien du tout. Mais c'était la joie de la liberté retrouvée.

PRESSE ITALIENNE 2.jpgGil Dann et Dany sont aussi restés à la maison et ont pu se refaire un peu, suivant l'expression

 

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consacrée, avant de regagner leur domicile. Le yogi Coudoux ne nous a pas oubliés. Il intercède auprès de son imprésario Italien afin que Blondine et moi trouvions un engagement de deux mois à travers toute l'Italie.

 

 

yxaihwJ.jpgQuand à André Sanlaville, brave homme autant qu'incroyable impresario, il nous organise d'autres tournées sur encore trois années, la première au Maroc, en débutant par le magnifique théâtre Mohamed 5 à Rabat.

(Photo théatre Mohamed 5)

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 Une nouvelle équipe pour le Maroc : à gauche notre accompagnateur. En 2ème position Ranky. En 3 une organisatrice. En 4 Gaya. En 5 Pierre Switon. En 6 Jean Ludow. En 7 Blondine. En 8 Rachel. En 9 Naga. En 10 Gérard Belfiore. C'est O'Shan qui prend la photo.

La première Marocaine qui a lieu au théâtre Mohamed 5 en présence du roi Hassan 2 et de Mohamed 6 nous offre un public chaleureux, convivial et très participatif.

C'est pas beau la vie d'artiste ?

EPISODE 18

ANIMATION COMMERCIALE AND Co. LA SÉQUENCE NOSTALGIE.

 Les années 1970-80-90 connaissent un engouement incroyable dans le domaine de l'animation commerciale. Les grands magasins, et même beaucoup de petits, organisent des fêtes afin d'attirer une clientèle joyeuse et débridée car bénéficiant d'un pouvoir d'achat assez confortable. Le créneau est très apprécié des artistes du spectacle et les engagements constituent une manne lucrative et le gage de journées ludiques, sans compter les rapports des plus conviviaux avec le public.

De célèbres animateurs de télévision, des chanteurs, des acteurs de cinéma, des écrivains,  tout le monde est sollicité pour animer ces lieux. Et beaucoup s'y mettent avec enthousiasme. Les illusionnistes ont une très large part dans ces festivités. Certains montent des petites écoles de prestidigitation pour les enfants, d'où s'ensuivent des concours des "Espoirs de la magie". On rencontre des bateleurs semblant émerger du Moyen Âge dans les allées marchandes. Les acheteurs se transforment en public avide de sensations. La foule se déplace en masse.

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Blondine et moi montons des numéros s'adaptant à ces manifestations particulières : jeux, concours à base de prestidigitation, mise au point de grands numéros à produire sur le parking du supermarché ou même en ville, comme la conduite sans visibilité d'une moto ou d'une auto et je termine, au bout d'un an environ, la construction de la "Fleur vivante", une attraction à unique exemplaire au monde, qui nous vaudra les félicitations de la corporation des illusionnistes et les applaudissements des spectateurs

Les publicités, tour à tour naïves, sensationnalistes, quelquefois un peu maladroites, que je ressors de mes cartons et qui auraient, en d'autres temps, ennuyé mes lecteurs deviennent aujourd'hui idéales et se déclinent en pages de nostalgie.

L'ALBUM DU SOUVENIR

Aujourd'hui, ce chapitre de ma vie de saltimbanque se transforme en album du souvenir et nul doute, que beaucoup de ANIM COM 2.jpgcollègues et plus encore de participants se rappelleront avec émotion nos belles journées.

À cette époque, la demande en animation  est intarissable et nous cogitons de nouvelles façons de présenter nos numéros, en tenant compte des produits proposés dans les magasins et des suggestions apportées par les directions des établissements. C'est un merveilleux travail où tout le monde trouve son compte dans la joie, la bonne humeur, la rentabilité pour les sociétés et les cachets avantageux pour les artistes.

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Je m'apprête à piloter une voiture Triumph TR4, les yeux bandés, sous contrôle d'un huissier de justice et accompagné tout au long des 30 kilomètres du parcours autour du centre commercial, accompagné de deux motards de la police nationale.

Certains centres commerciaux accueillent des débats, des conférences. La parapsychologie fait recette dans la presse, la radio, la télévision. Les facultés physiques et mentales extraordinaires passionnent le monde. C'est l'époque où, avec mon comité de magiciens -experts, nous dénonçons les escrocs du paranormal et étudions les véritables facultés là où elles existent. Faux voyants, faux guérisseurs sont plutôt mal à l'aise quand nous entendons les expertiser.

Je propose donc, en animation commerciale, des démonstrations de fausse transmission de pensée, de télépathie truquée, de télékinésie (qui serait la faculté de déplacer des objets ou de briser des verres par la force de la pensée), de chirurgie à mains nues (un scandale que j'avais déjà dénoncé sur différentes chaines de télé). Et ça marche ! Le public est très ouvert à ce genre de démonstrations et, contrairement aux idées préconçues, accepte ce travail de recherche.

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Un public Nombreux et passionné.

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LES RECORDS FANTASTIQUES

Un organisateur d'événements me propose un contrat de trois semaines lors des Records Fantastiques qu'il organise à Evry 2 ville nouvelle. Il a réussi à regrouper de nombreux artistes présentant des exploits incroyables. Je signe l'engagement en tant qu'artiste et, en second  plan, comme président du Comité d'Expertise des Phénomènes Paranormaux (CIEEPP). Il s'agit, pour mon équipe et moi, d'authentifier certaines capacités de ses "poulains" en vue de leur faire décerner le diplôme Guinness des Records. Du coup, les prestations des postulants attirent des médecins, des hommes de science, parmi lesquels des professeurs très célèbres, de nombreux journalistes, hommes de radio et de télévision. Le succès de l'opération est phénoménal. La foule est considérable. Rien que pour la fleur vivante, ce sont des milliers de personnes qui lui rendent visite, au cours des six représentations journalières.

ANIM COM 9.jpgJe suis en compagnie du journaliste et homme de télé Bernard Thébault devenu notre ami fidèle. Nous allons couvrir les événements des Records Fantastiques.

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Les Records Fantastiques s'exportent dans toute la France et notamment dans le Nord et en Normandie où nous faisons ce qu'il est convenu d'appeler "un malheur"

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Voici une petite partie de l'équipe des Records Fantastiques  ou on distingue entre autres : Claude Stavisky, Michel Lotitot surnommé par Philippe Bouvard Monsieur Mangetout, Blondine, Nelti, Ranky, le fakir Yvon Yva, Le yogi Coudoux...

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Jean-Pierre Speidel me confie l'organisation du plus long marathon de magie au monde. J'engage donc une vingtaine de magiciens, amateurs et professionnels, et après plusieurs jours de répétition, nous parvenons le 26 mars 1979 à donner un spectacle d'une durée de cinq heures, sans aucun numéro faisant doublon et ne devant comporter aucune interruption de plus de 10 secondes entre deux artistes pour être homologué dans le livre Guinness des Records.

Nous réussissons le pari et soulevons la réprobation de trois illusionnistes connus mais surtout dépités de n'avoir pas été engagés et qui nous accusent de gâcher le métier qui doit "normalement" être  donné à petites doses. Ce qu'ils n'ont pas su, c'est que la totalité des participants, par cette publicité tout à fait singulière, ont tous  décroché des contrats dans le mois qui a suivi. Comme quoi les idées et le travail finissent toujours par payer !

EPISODE 19

FANTASTICO : DES TÉLÉS A L'AMÉRICAINE.

 On se souvient de Tonio Villaréjo que j'ai évoqué épisode 14, lors de notre engagement pour l'élection de miss France 1984 et sa proposition de tournée à Saint-Domingue, en compagnie de Valérie Griffet la miss nouvellement élue.

Tonio était un homme très convivial et un impresario particulièrement efficace qui s'était pris d'amitié pour mon épouse et moi et qui appréciait nos numéros pour leur côté visuel très coloré et leur diversité.

Notre ami s'était mis en tête de nous programmer dans de nombreux pays sud-américains où il avait les faveurs des gens de télévision. C'est ainsi qu'il nous soumettait des contrats, deux à trois fois chaque année, pour Caracas, capitale du Vénézuela que nous nous empressions de signer.

Et c'est aussi ainsi que nous étions devenu plus connus dans ce pays qu'en France. Les émissions intitulées "Fantastico" avaient lieu les dimanches et étaient véritablement fantastiques, déjà de par leur durée  qui était de cinq heures sans aucune interruption à part évidemment les séquences publicitaires inévitables, mais aussi dans des conditions de tournages incroyables, restées mystérieuses à mes yeux.

En effet le studio d'enregistrement était immense, près d'une centaine de mètres de longueur et doté d'une scène à chaque extrémité. C'est ainsi que toutes les caméras, pointées sur l'une d'elles,  filmaient sans interruption une séquence d'environ une heure pendant qu'à l'autre extrémité de la salle la mise en place de l'heure de tournage suivante se mettait en place.

C'était un enchaînement incroyable, hallucinant et sans aucune erreur.

Je n'ai jamais compris comment le brouhaha d'une scène en installation ne perturbait pas la scène en cours de tournage. De plus, ces émissions avaient lieu en public et l'on sait combien les Sud-Américains sont chaleureux. Ils ne ménageaient pas leurs applaudissements qui ne perturbaient aucunement les prises de son. Animateurs, artistes en tous genres, conteurs, chanteurs, humoristes, donnaient leur prestation en toute quiétude, sans aucune contrainte. Le déroulement apparaissait comme magique.

VILLAREJO LETTRE.jpgBlondine et moi avons travaillé en parfait accord avec Tonio Villaréjo pendant près de dix années.

 

 

La dernière lettre de notre ami pour une proposition de travail... en Espagne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Carlos Sacco et son frère, créateurs et producteurs de la plus prestigieuse émission de variété du Vénézuela nommée "Fantastico", sont connus et reconnus pour accueillir les artistes avec le plus grand respect.

Qu'il s'agisse des plus énormes vedettes comme Julio Iglésias ou Jerry Lewis ou des moins connues, comme nous l'étions au début de notre collaboration : tous sont choyés de la même façon.

Les meilleures compagnies aériennes sont privilégiées, l'accueil à l'aéroport est assuré par un chauffeur particulier toujours très sympathique et une voiture reste à disposition de chaque artiste qui le souhaite pendant toute la durée du séjour pratiquement immuable :  arrivée un jeudi ou vendredi, durée quinze jours, répétition toute la journée du samedi, tournage en direct le dimanche, repos toute la semaine (en général à l'hôtel-palace Hilton dans l'attente du samedi suivant et de la prochaine émission dominicale).

En cas de déplacement collectif, par exemple à l'occasion d'un tournage de documentaire ou d'un spot publicitaire en extérieur, le voyage se fait en car pullman avec une place allouée nommément à chaque artiste. Même Zippi,  un chimpanzé hilarant  souvent engagé pour ses numéros déjantés, en tee shirt de marin et monté sur patins à roulettes, occupe un siège, scotché derrière une vitre, ce qui lui permet de gratifier les piétons de ses grimaces inénarrables.

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Mon arrivée dans les studios

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et celle de Blondine

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Je demande à Blondine de jouer les stars afin d'égayer tous ces jeunes qui s'accrochent aux artistes, mais dont les visages reflètent souvent une tristesse et un mal de vivre dus au contexte politique.

Caracas, c'est la ville-type des "très pauvres", témoins ces espaces de survies où les habitants habitent des baraquements couverts de tôle ondulée, et des "très riches" où, pour exemple, un journal comme EL MUNDO est propriétaire d'une tour de 24 étages.

 

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Les conditions de survie épouvantables des Vénézuéliens et ci-dessous le siège du journal El Mundo.

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Blondine, femme conviviale et très attachante, prend la pose avec deux de nos chauffeurs transportés de joie.

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Après une émission, distribution d'affiches dédicacées.

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Ranky et ses "fans"

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 La sortie des studios.

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 Je garde un souvenir ému de tous ces gens chaleureux, rencontrés au cours de nos nombreux tournages.

Et nos visites de la ville et de ses alentours sont inoubliables, malgré quelques images de la misère du peuple qui nous ont laissé un goût de tristesse au fond de nous même.

Nous avons aussi déploré n'avoir pu ramener en France aucune image de nos prestations, le système d'enregistrement étant, pour excuse, différent du système français mais la réalité étant que les gens de télé Sud-Américains sont surtout des hommes d'affaires intransigeants. Mais ils nous ont donné tellement de bonheur que nous ne leur en voudrons pas !

 QUELQUES IMAGES DE NOS BALADES.

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Rien n'est plus beau que l'amour. Qu'en-pensez-vous?

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Cet épisode est dédié à la plus belle des femmes, la plus lumineuse : la mienne.

 

Pour raison de santé l'écriture en direct  sur son blog privé du livre de Ranky :

Ma vie de saltimbanque

est momentanément interrompue.

Le chapitre 20 est volontairement mis en première page. Le déroulement normal du livre démarre de suite après celui-ci.

Notre ami Ranky ne voulait pas publier ces lignes atroces, mais devant l'horrible, l'insoutenable réalité de certaines pratiques médicales, le calvaire qu'a subit son épouse, le calvaire que subissent plusieurs de ses amis intimes et malheureusement aussi actuellement lui-même, il en a décidé autrement dans le seul but d'éclairer le public sur les agissements de certains individus et les disfonctionnement quelquefois monstrueux d'un service de santé mafieux dans lequel quelques hommes et femmes semblent ceints d'une auréole de sainteté tellement ils croient en leur mission d'aide envers leurs prochains.

 LA MORT DE BLONDINE.

DANS LES GRIFFES DE LA BANDE

A RITON MANDAR

Souffrante depuis plusieurs mois et suite à des chutes successives qui lui ont valu une fracture de l’omoplate puis du fémur j'appelle les pompiers qui  conduisent ma femme à la clinique Motivet. L’accident étant survenu un premier novembre il est évidemment hors de question pour le personnel dit soignant de gâcher ce week-end. Le lendemain, un "intérimaire" réussi tout de même à plâtrer la jambe cassée du pied jusqu’à l’aine, dans l’attente aléatoire d’une prothèse sur mesure. L’opération aura lieu huit jours plus tard.

Après quinze jours de séjour à Motivet qui porte si mal son nom, Blondine est transférée à la clinique “Concordia” qui n’est pas mieux baptisée. Cet établissement et très spécialisé en rééducation de tout ce qui tombe dans son escarcelle, du poivrot aux camés en passant par les Alzheimer, les parkinson, les dépressifs, les hypocondriaques, les personnes en fin de vie et, chance inouïe, les fémurs cassés.
Je suis reçu sur le champ par une pin-up qui me prodigue ses conseils accompagnés d’oeillades suggestives et de prix avantageux pour l’occupation d’une chambre individuelle : 98 où 120 euros par jour, au choix, non remboursés par la mutuelle. Je demeure réticent bien que sachant qu’à 120 euros ma femme aurait droit à une séance de pédicure, une boite de chocolat, une trousse de toilette contenant une brosse à dents souple, un tube de dentifrice de grande marque et un peigne imitation corne. Prétextant que je n’ai pas les moyens je me vois offrir la même chambre au prix imbattable de 50 euros la journée, à condition de régler celle-ci en liquide. Le “Concordia” ne fera pas affaire mais Blondine bénéficiera néanmoins pendant quatre jours d’une chambre "solo" gratuite étant donné que toutes les autres remboursées par la SS sont occupées et qu’il est hors de question de perdre la cliente.
Le calvaire de Blondine s’aggrave lors de sa mutation dans une chambre dont la voisine de lit pousse des hurlements car elle voit des petits bonshommes bleus et verts partout et passe ses nuits toutes lumières allumées.
Le service est assuré par deux antillaises qui auraient préféré devenir, pour l’une, star de la chanson et pour l’autre star de cinéma, et d’une africaine dont le leitmotiv quotidien tient dans la formule qu’elle ne cesse de clamer aux patients : je ne suis pas là pour vider votre merde.
Il y a bien un black qui semble être de sexe masculin, charmant, ce qui n’est pas incompatible, surnommé malgré sa couleur, “l’homme invisible”, ses interventions étant limitées à quelques minutes par chambre. Personne n’a jamais pu identifier les fonctions exactes pour lesquelles il est employé.
Lors de mes visites journalières à mon épouse je  tente aussi de converser avec la préposée aux repas du soir mais l’entreprise s' avère particulièrement compliquée, la personne apparemment d’origine autrichienne à moins que ce ne soit allemande ou peut-être alsacienne, ne connaissant que trois mots : bonsoir- bon appétit- bonsoir- (oui, finalement ça fait bien trois mots !) Quand au seul médecin de l’étage, il occupe largement les conversations des ”patients” (patient étant bien le terme exact) partagées sur ses origines. Est-il turc, hongrois, yougoslave, migrant syrien ? Le mystère n’est toujours pas résolu. Blondine dont on connait l’humour parfois foudroyant, malgré ses misères, s’est au début un peu amusée de l’ambiance générale (seulement au début, et un peu seulement) C’est elle qui l’a surnommé “docteur Baragouin” à cause d’une impossibilité à articuler correctement un seul nom de médicament. Il court sans arrêt, est partout à la fois et principalement nulle part. Des bruits de couloirs courent aussi, laissant supposer que “Baragoin” n’est peut-être même pas médecin.
Je suis malheureux de savoir mon épouse dans un tel milieu et demande à nouveau un changement de chambre ou un transfert dans une maison de rééducation mieux adaptée à la condition humaine mais il n’y a aucune place disponible, ni pour l’une ni pour l’autre supplique. Il faut donc faire avec. (comme on dit)
Blondine trouve bien parfois quelques petits filets de sang dans son mouchoir mais d’après Baragouin, et les autres d’ailleurs, c’est dû aux courants d’air des chambres et des couloirs du “Concordia” ainsi qu’au fonctionnement défectueux du chauffage électrique. Je finis par exiger qu’une radio des poumons soit prise et au grand soulagement de tous, celle-ci ne révèle aucune pathologie.
Blondine subit avec un courage exemplaire les défaillances chroniques des “spécialistes rééducateurs”. Une volonté incroyable l’anime pour se sortir de ce guêpier et rentrer enfin chez elle, auprès de son mari. Le temps passe et rien ne se passe au niveau de l’amélioration attendue. Je me fâche alors et exige la sortie de mon épouse persuadé qu’elle sera mieux chez elle que dans ce centre commercial.
Deux jours après, ma femme rentre chez elle, heureuse, dans un fauteuil roulant mais heureuse. Elle a retrouvé son petit chien, Houdini, les roses de son jardin et son mari. Je la couvre de baisers et lui répéte qu’elle est la plus jolie, plus que ça, la plus belle des femmes. Blondine est transfigurée.
La huitième nuit de nos retrouvailles Blondine se réveille en pleine nuit en proie à de fortes difficultés respiratoires. Il faut se résoudre à faire appel, une fois encore, au secours des pompiers. De nouvelles épreuves, plus terribles encore que les précédentes se préparent.
Le lendemain de son transfert à l’hôpital Riton Mandar, en service cardiologique, Blondine fait une nouvelle chute, s’ouvrant l’arcade sourcilière ce qui éclaire les médecins sur son état de santé, du moins son état cardiologique, car on est en cardiologie et on ne s’occupe de rien d’autre que de cardiologie. J'ai bien fourni un dossier complet comportant, suite aux petits filets de sang, la fameuse radiographie des poumons mais ça n’intéresse personne vu qu’on est en cardiologie. On place donc dès le lendemain matin un pacemaker, un appareil destiné à palier aux fonctions défaillantes du coeur. Les examens montrent immédiatement une amélioration cardiologique due indéniablement au pacemaker et on envisage déjà le retour de la patiente à son domicile. Mais ce n'est pas pour lui être agréable, c'est pour se débarrasser d'elle.
Autant j'avais exigé la sortie de Blondine de la maison de rééducation, autant j'insiste pour que l’on s’occupe des problèmes respiratoires de mon épouse.
On trouve un lit au même étage, dans un service baptisé rythmologie. Enfin vas-t'on savoir ce qu’il en est exactement de cette radiographie des poumons qui est examinée près de dix secondes par un individu d’une suffisance insupportable  et qui annonce péremptoirement : -Il n’y a rien aux poumons.

Cependant les spécialistes décident de transférer pour un examen fibroscopique Blondine à l’hôpital parisien Tenonbon dans le 20 ème arrondissement, un établissement de bas-fonds alors que le CHU Riton Mandar possèdent un service capable d’effectuer cette prestation de routine.
Il existe aussi l’Intercommunal de Créteil situé à cinq cent mètres (à vol d’oiseau) où parait-il le service pneumologie est à la pointe ? Non, il faut que Blondine soit trimballée dans ce qui ne doit être au départ qu’un aller et retour pour cet examen parait-il infaisable chez Riton Mandar. Le mensonge est éhonté : pourquoi partir avec toutes ses affaires personnelles si c’est juste un aller et retour ?
L’examen est prévu pour le lendemain matin à neuf heures, puis à onze heures, enfin à coup sûr à 15 heures. Je me rends donc sur place pour ces quinze heures. Mais à dix sept heures Blondine n’est toujours pas arrivée. Inquiet, je téléphone à Mandar et apprend qu’elle n’est pas encore partie mais que cela ne va pas tarder. A chaque appel téléphonique on me répond n’importe quoi. Incroyable! On ne sait plus où est mon épouse. Elle est peut être dans l’ambulance mais on ne peut pas joindre celle-ci. L’attente est insupportable. Enfin, vers dix neuf heures la patiente serait enfin arrivée à l'hôpital Tenonbon, en pneumo, chambre 64 ou je me précipite immédiatement.

Je découvre une chambre sordide, dans un désordre indescriptible, vaguement éclairée par une fenêtre de guingois aux vitres encrassées. Lorsque je pénètre dans cet antre moyenâgeux un étudiant en deuxième année de médecine s’acharne à interroger Blondine qui apparemment n’est plus disposée à répondre à des interrogatoires toujours recommencés, toujours les mêmes à chaque intervention d’un nouvel adepte d’Esculape. De plus, blondine souffre maintenant par moments de légère confusion mentale principalement à la vue des tenants du corps médical qu’elle qualifie à présent de monstres froids. Curieusement cette confusion s’estompe lorsqu’elle est en ma présence. Le potache cesse de s’adresser à elle lorsqu’il apprend de ma bouche cette “particularité”.
-Ah! bon ? dit-il. Je note. Depuis combien de temps ?
-Une quinzaine de jours.
Pensant aider le médecin du futur, je lui remet une grande enveloppe contenant les radiographies du poumon et du fémur. Dans un geste désinvolte l’enveloppe atterrit sur une table déjà fortement encombrée et disparaît dans la pile de paperasse. Entre alors dans la chambre une nana faussement décontractée qui se présente comme étudiante en deuxième année (elle aussi) et entame un conciliabule inaudible avec son complice. Je tente bien de parler de ma préoccupation générée par les radios des poumons et du fémur mais je suis stoppé dans mon élan.
-Ca ne m’intéresse pas, dit-elle. Je ne suis pas ici pour ça.
Les deux ostrogoth poursuivent pendant cinq minutes leur conciliabule toujours aussi inaudible puis disparaissent de la chambre. On ne les reverra plus.
Blondine se retrouve seule avec moi et c’est pour elle, l’essentiel. Un sourire lumineux irradie son visage malgré un poids qu’elle dit ressentir sur les pieds. En fait il s’agit d’une couverture roulée en boule qui pèse sur ses jambes. Le lit est dans un état lamentable. Je m’aperçois qu’il y a trois paires de draps les unes sur les autres. Je replie donc quatre draps et entreprend de refaire le lit correctement. Une femme à la démarche lourde, au visage visiblement fatigué et à la motivation apparemment défaillante apporte un plateau de nourriture qu’elle reprend une demi-heure plus tard dans le même état d’esprit et le même état physique. La “patiente” n’a pas mangé, ce n’est pas de son ressort.
L’examen urgent qui doit être pratiqué aujourd'hui ne le sera pas. C'est trop tard. Le lendemain non plus.
-Impossible à réaliser, m'annonce t-on.
Aucune autre explication ne m'est donnée sauf qu’il est envisagé de retrimballer Blondine à Riton Mandar. Il est presque vingt heures et aujourd’hui c’est encore trop tard. On verra ça demain. Je me résous alors, sur les conseils d’une infirmière, à rentrer chez moi.

Empruntant l’ascenseur afin de descendre les deux étages j'appuie sur le bouton qui déclenche un grésillement et l’extinction de la lumière : l’appareil est en panne. Me voila enfermé avec pour tout éclairage une ampoule jaunâtre alimentée par une batterie de secours. J'appuie sur le bouton prévu afin d’appeler du secours et une voix électronique se fait entendre : batterie faible. Il me reste encore un espoir, celui de me faire entendre en tambourinant sur la porte. Je tambourine pendant un quart d’heure. Mais personne ne m'entend. je tente bien de garder mon calme mais une peur panique commence à m’étreindre.
Heureusement, l’après-midi même j' avais entré le numéro du service pneumo sur mon portable et il me faudra bien dix minutes avant de réussir à le composer à cause évidemment du peu d’éclairage. Une femme décroche enfin.
-Je suis coincé dans l’ascenseur à votre étage, dit-je.
-Qu’est-ce que vous faites la dedans?
-Je vous dis que l’ascenseur est en panne et que j’y suis prisonnier.
-Je vais appeler des secours répond-elle. Mais à cette heure-ci il n’y a sans doute plus personne dans le service.
Et elle coupe la conversation sans autre commentaire.
Dix bonnes minutes s’écoulent avant que j' entende une voix de l’autre côté de la porte.
-Il n’y a plus personne au service des secours, répète la voix.
-Appuyez au moins sur le bouton d’ouverture de la porte, on ne sait jamais !
-Oh! vous croyez ?
-Essayez au moins.
Et la porte s’ouvre

- Eh bien, ça vous apprendra. La prochaine fois, vous utiliserez l’escalier, conclue t-elle.


Après plus d’une heure de bus et métro j' arrive chez moi et consulte mes messages téléphoniques dont un me demande de revenir à l’hôpital car ma femme me réclame. Elle veut dormir avec moi. Je repars dans l’autre sens et quand j' arrive à son chevet Blondine est sous oxygène. Il est plus de vingt deux heures.
Ainsi que je l' avais fait l’après-midi, je supplie le personnel soignant d’appeler un médecin.-Il va venir. Il est occupé.
Mais il ne vient pas.
Et puis je suis enfin reçu par deux hommes dont l’un, plus âgé, semble nettement plus occupé à former son externe que de  me prendre  en considération.
-C’est grave, dit-il.
J’en ai conscience mais s’il-vous plaît, donnez-moi des explications.
-C’est grave, répète l’autre.
-Mais encore ?
-Sur un scanner effectué à l’hôpital Riton Mandar on voit trois masses cancéreuses occupant les poumons. Le bobo que votre femme a depuis quelque temps sous le sein est une métastase. Les glandes surrénales sont aussi atteintes. C’est très grave.
Je pense immédiatement à cette radio des poumons que personne n’avait su ou voulu interpréter. L’annonce est terrible, insoutenable. Je suis assommé, impuissant et me réfugie dans le silence. Je parviens à peine à articuler une sorte de remerciement et quitte la pièce pour rejoindre ma femme.

L’ensemble des prestations de tous ces génies médicaux a fini par installer chez moi, un formidable sentiment de culpabilité. Je m'en veux maintenant d’avoir manqué de lucidité afin d’enlever mon épouse de leurs griffes.
Après une dizaine de demandes, un lit d’appoint est enfin installé vers vingt trois heures près de celui de mon épouse.

Nous sommes maintenant allongés, bras et jambes entremêlées. J'embrasse ma femme, lui caresse les épaules, le cou, la poitrine, le ventre, lui dit des mots d’amour. Et je lui ment pour la première fois de ma vie : demain tu passes cet examen et je t’emmène aussitôt à la maison. La respiration de Blondine est courte, un peu rauque. Elle ne parle plus mais je suis persuadé qu’elle m’entend.
Nous allons dormir ensemble, lui dit-je en lui tenant la main. Et je perd insensiblement la notion du temps et des choses. Je suis avec ma femme. Rien d’autre n’existe. Je ne mesure même plus la gravité du moment. Le temps est suspendu.
Et puis, soudainement, je sens une pression sur ma main, comme si Blondine voulait me prévenir de quelque chose. Je sens alors sa main s’éloigner de la mienne mais il y a une sorte d’élastique qui les relient attachées l’une à l’autre. Le fil de caoutchouc s’étire, résiste, et soudainement se rompt. Dans la même seconde la respiration de Blondine s’arrête. Je reprends subitement conscience. Mon épouse est partie.

 Merci à ceux qui m'ont suivi jusque là.

François Ranky

Où la réalité rejoint le rêve et le cauchemar !

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 à suivre..........